17 octobre 1944 - La messe aux victimes de Varsovie insurgée

Le tract reproduit ci-dessous a été distribué fin octobre 1944 dans les quartiers polonais du bassin minier montcellien. Il est le compte-rendu de la messe appelée le 17 octobre par les organisations catholiques polonaises et la résistance POWN en hommage aux combattants de l'insurrection de Varsovie. Lancée le 1er août 44 par l'armée nationale (Armia Krajowa = AK), principale force de la résistance intérieure, dans le but de libérer la capitale dont l'armée soviétique était proche, l'insurrection dut supporter seule le poids des forces allemandes et succomba le 2 octobre, après 63 jours de combats acharnés. L'état-major soviétique avait retenu l'avance de l'Armée rouge et empêché l'appui de l'aviation occidentale, permettant cyniquement à la Wehrmacht d'écraser la résistance intérieure polonaise... Parallèle saisissant avec Paris, dont l'insurrection – pratiquement aux mêmes dates – allait, elle, être relayée par l'arrivée dans la bataille des armées alliées. (voir article détaillé sur le site //www.polishresistance-ak.org/)

 

La défaite de l'insurrection varsovienne allait avoir des conséquences politiques déterminantes dans la l'instauration du régime communiste en Pologne.

Ce fut aussi un gigantesque carnage : on dénombra environ 170.000 morts dont une immense majorité de civils et une masse innombrable de déportations…

 

(cliquer pour agrandir) 

 

Comme un pendant à la messe patriotique du 12 novembre 1939 (voir article "le Noël des aviateurs"), c'est par un grand office religieux que les Polonais du bassin de Montceau marquèrent le tragique évènement.

 

Seulement cette fois, la communauté n'était plus unie. Le compte-rendu souligne la présence du bataillon Topor, alors cantonné à l'école de la Sablière et dont les soldats étaient en train de s'engager dans l'armée polonaise d'Italie (armée Anders), mais il n'évoque bien sûr pas le bataillon Mickiewicz des FTP-MOI polonais, cantonné lui à l'école du Bois-du-Verne et dont les commissaires politiques menaient la propagande contre la résistance intérieure polonaise, en soutien à l'Union-Soviétique… Restant uniquement sur le terrain de la compassion et de la ferveur patriotique, ce tract n'évoque à aucun moment la responsabilité soviétique. Bien vite cependant le clivage deviendra radical au sein de la communauté émigrée.

 

Simples événements de la vie bourguignonne, ces deux messes en l'église de Montceau-les-Mines, celle du 12 novembre 1939 et celle du 17 octobre 1944, marquent le temps de la tragédie polonaise dans la seconde guerre mondiale.

 

 

---------------   Traduction   --------------

 

Montceau-les-Mines (S&L)

 

Hommage à Varsovie martyrisée

 

 

La tragédie de Varsovie, la ville héroïque, a provoqué une grande douleur parmi la population émigrée polonaise.

Cette douleur et l'hommage rendu à Varsovie martyrisée et à ses héroïques défenseurs se sont exprimés à l'occasion d'une messe solennelle donnée à leur intention le 17 octobre dans notre église paroissiale.

Bien avant 10h00, l'église était archi-pleine ; les autorités civiles locales, françaises et polonaises, les membres de POWN, les autorités militaires, le corps des officiers ainsi que les soldats polonais du bataillon local avec le commandant Topor à leur tête, les représentants des houillères, du corps enseignant, les religieuses, les mineurs, les travailleurs, ainsi que la population civile française et polonaise venue en grand nombre de la ville et des colonies voisines, tous ceux-là ont participé à cet office solennel. Le consulat était représenté par M. Chelminski, délégué du consulat de la République de Pologne. Un représentant du clergé français avait pris place dans le chœur.

Au centre de l'église, les soldats avaient installé un catafalque, symbole de deuil. Eclairé, recouvert d'un drapeau polonais et de crêpes noirs, il attirait l'attention de tous. Une garde d'honneur se tenait près du catafalque.

 

A 10h00 précises, la messe solennelle a commencé. C'est

le curé A. Sobieski, l'aumônier militaire tant aimé de ses soldats, qui a célébré cette messe. Le chœur militaire a chanté le requiem et, tout au long de la messe, a interprété d'autres chants funèbres polonais.

Ces chants si émouvants ont profondément touché l'assistance, faisant surgir des larmes de tristesse et de regret. Le moment le plus impressionnant a été quand plus de 200 soldats se sont approchés de la sainte table. La veille de la cérémonie, en leur donnant le sacrement de la pénitence, le curé Sobieski avait fait de son mieux pour soulager, apaiser, consoler et réconcilier avec Dieu ces soldats qui ont tant souffert, dont l'âme est remplie de la nostalgie de la patrie et de leurs proches.

Après la messe, le recteur de la mission polonaise à Paris,

le père WEDZIOCH, est monté en chaire. Ce noble orateur s'est d'abord adressé en Français aux représentants de la population française en les remerciant de leur présence et de leur commisération et en rappelant les liens entre les deux pays alliés ; il a ajouté que les Polonais ne lâcheraient pas pied tant que leur patrie bien-aimée ne serait pas libre et indépendante. Ensuite, dans un discours long et pathétique prononcé dans sa langue maternelle, il a décrit l'effort surhumain et l'héroïsme des défenseurs de Varsovie, soulignant que leurs efforts, leur héroïsme et le sang versé par ces martyrs ne seront pas oubliés. La tragédie de Varsovie a traumatisé le cœur des Polonais mais a aussi touché le cœur de toutes les nations.

Il a évoqué le bel acte  de foi de tous les soldats présents qui ont reçu la communion. En terminant, il a demandé de faire une prière pour le repos des âmes de tous les héros morts pour la libération de Varsovie.

 

 

Andrzej SOBIESKI, curé polonais de la paroisse des Baudras. Militant clandestin POWN, engagé comme aumônier militaire en septembre 1944

(Cliquer pour accéder à sa biographie)

 

 Pour terminer, le représentant du clergé, accompagné du chœur militaire a entonné la prière "Libera". Tous les regards se sont tournés vers le catafalque comme si l'on allait voir en surgir l'esprit des frères et des proches qui, sur les décombres de Varsovie détruite, après les combats acharnés, se sont éteints à jamais.

A la fin, l'hymne "Boze cos Polske" a été entonné et les militaires, les civils, les soldats, les mineurs, les femmes et les jeunes ont repris ce chant déchirant qui dit  "Rend-nous, mon Dieu, notre patrie libre."

 

 

 

 

 

Ecoutez un enregistrement de "Boze cos Polske" 

 

 

 

 

 

 



12/12/2010
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