1931, réunion syndicale à Blanzy...

 

 

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Le journal Prawo-Ludu (le Droit du Peuple) était un hebdomadaire en langue polonaise, publié par la CGT depuis 1925. Outre des articles généraux, il laissait une large place aux communications des sections locales, en provenance de toutes les colonies ouvrières polonaises de France. La plupart du temps ces correspondances concernaient les bassins miniers. Prawo-Ludu était d'orientation socialiste, la majorité du mouvement syndical polonais étant animée par des membres du PPS (parti socialiste polonais en France).

Dans ce numéro du 18 octobre 1931 figure le compte rendu d'une réunion de la section CGT polonaise de Blanzy, commune voisine de Montceau où a débuté l'exploitation minière. Dans cette période, le syndicat CGT des mineurs de Montceau était organisé par quartier, chacun possédant une section française et une section polonaise. Depuis 1926, les sections polonaises étaient regroupées en un district polonais pour l'ensemble du bassin minier, lui-même composante du "syndicat des mineurs et similaires de Montceau" (voir article : Les mineurs polonais et le syndicalisme). Les deux orateurs dont il est question, Krecina et Labedz, étaient les responsables du district...

 

La traduction a été faite par Iwona Bojadzijewa.

 

« PRAWO LUDU » du 18 octobre 1931

Page 3 : « Z ZYCIA ROBOTNICZEGO »

BLANZY-LES-MINES

 

La réunion de la Section Polonaise de la C.G.T. de Blanzy-les-Mines, avec la participation des camarades Krecina et Labedz, a eu lieu le 25 juillet  dernier. Après avoir discuté des premières questions de l’ordre du jour, le camarade Babski Jan, président, a invité le camarade Krecina à prendre la parole. Tout d’abord, le conférencier a fait un rapport du Congrès de St. Etienne. Ensuite il a parlé des congés payés qui seront bientôt à disposition de tous les ouvriers sans qu’ils soient obligés de faire des journées supplémentaires et sans porter atteinte à la journée de travail de 8h. Il s’est aussi prononcé sur la question de l’élection des délégués des caisses de maladie et des délégués mineurs. Ensuite, le conférencier a largement décrit la crise actuelle, présente dans tous les pays et dans tous les secteurs industriels. L’amélioration des moyens techniques qui a entrainé une augmentation considérable de la production pour laquelle il manque des acheteurs constitue la cause importante de la crise. Celui qui souffre le plus de cette situation anormale c’est bien évidemment l’ouvrier car il n’a pas les moyens de s’opposer à la crise. Une situation anormale sévit aussi en France dans l’industrie minière. C’est parce que 30 % du charbon en France provient de l’étranger. Toutes les mesures prises dans le but d’arrêter la crise n’ont pas eu de succès parce qu’il y a beaucoup de chômeurs dans l’industrie minière ; les « swietowki »  (= jours chômés) et les baisses des salaires sont d’usage dans tous les bassins. Face à cela, il faut considérer que les dividendes n’ont pas baissé et donc que tout le poids de la crise repose sur les bras des ouvriers envers lesquels on utilise des mesures de rationalisation de plus en plus dures.

L’ouvrier devrait être conscient de toutes ces questions et comprendre que le changement de ce régime ne peut être que son œuvre. C’est pourquoi les ouvriers devraient se rassembler autour des organisations professionnelles comme la C.G.T. et lutter, coude à coude avec l’ouvrier français, pour l’amélioration de leur condition.

Après l’intervention du camarade Krecina, la parole a été donnée au camarade Labedz. Il a parlé des questions organisationnelles, des avantages venant de notre organisation et des enjeux de la lutte pour l’amélioration de la condition de la classe laborieuse. Aucune organisation n’a réussi à avoir des succès comparables à ceux de la C.G.T, même pas cette organisation pseudo-professionnelle qu’est la Z.R.P. (Zwiazek Robotnikow Polskich – Union des Ouvriers Polonais), que les journaux réactionnaires et les bandes de fainéants considèrent comme un syndicat. Or elle ne peut pas s’appeler syndicat, tout d’abord parce que les étrangers n’ont pas le droit de créer des organisations professionnelles. C’est pourquoi il vaut mieux que nous, les ouvriers venant de l’étranger, nous nous associions dans des Sections Polonaises de la C.G.T. et luttions avec des ouvriers d’autres nationalités conformément au slogan : «  Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Par la suite, le conférencier a parlé de l’époque d’avant la constitution des organisations syndicales quand le capital et le clergé traitaient des ouvriers comme esclaves. Il a évoqué les répressions de toute sorte de révoltes contre le capital dans le but d’anéantir le mouvement ouvrier. Mais même aujourd’hui, malgré le développement de la civilisation, de pareilles méthodes sont encore d’usage contre les dirigeants du mouvement ouvrier et souvent aussi contre les fragiles chômeurs. Viendra tout de même le jour où les ouvriers mettront fin à ces abus capitalistes et fascistes. Mais il est nécessaire que les ouvriers soient conscients et rassemblés au sein d’une organisation professionnelle. Il existe une telle organisation en France et c’est bien la C.G.T ; notre place est là, et la lutte pour l’amélioration de la condition de toute la classe laborieuse aux côtés de l’ouvrier local (français) est notre devoir. En avant camarades, sous l’étendard rouge, arrosé du sang de nos anciens ! Prouvons que nous méritons bien ce que nos prédécesseurs ont acquis et continuons la lutte pour nous-mêmes et pour la génération future. Démasquons toutes les tentatives de fractionnement, toutes les démagogies, éloignons toutes les ambitions personnelles ; que l’entente et l’unité règnent parmi les ouvriers.

/signé/ Michalowski

 

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Remarques :

 

On notera la belle emphase d'Edward LABEDZ, connu pour ses dons d'orateur. Il était membre du PPS, et en 1947, il fut un des initiateurs du syndicat Force-Ouvrière des mineurs (scission de la CGT conquise par les communistes après la guerre). Il est mort en 1953.

Le président de la section de Blanzy, Jan Babski, habitait le quartier voisin de la Sablière. Il allait participer de façon active à la résistance au sein du maquis Mickiewicz (résistance communiste polonaise) ; il allait être l'adjoint du commissaire politique Jan Witkowski.

L'Union des ouvriers polonais ZRP dont il est question fut une tentative de créer une association d'inspiration patronale, rivale du syndicalisme polonais au sein de la CGT. Le ZRP ne réussit pas à s'implanter à Montceau... Le droit syndical était en effet interdit aux étrangers, et les syndicalistes polonais de la CGT utilisaient des stratagèmes pour agir. Ainsi, alors que les  interventions publiques lors des meetings ou des manifestations rituelles (Ste Barbe) étaient pourchassées par la police, la parole était prise alors par un interprète de nationalité française... La direction de la mine acceptait cependant que lors des rencontres périodiques avec le syndicat, un représentant polonais soit présent.

Enfin, on remarque avec intérêt que les ouvriers mineurs ont bénéficié des congés payés avant le Front populaire...

 

 

 

 



22/04/2015
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