8 - 10 sept. 1944 - La bataille d'Autun - Résumé...

 

 

  

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Ce que fut la bataille d'Autun

 

La bataille d'Autun a été un évènement marquant et tragique de la Libération de la Saône-et-Loire.

 

Capitale des Eduens, perle du Morvan, riche de nombreux vestiges gallo-romains, la ville est sous-préfecture , siège de l'évêché et d'une importante école militaire. En 1940, la mise en place de la ligne de démarcation allait en faire la préfecture de la partie occupée du département, structure administrative qui sera maintenue jusqu'à la fin de l'occupation.

 

Autun sera un enjeu majeur au moment de la Libération, dans les premiers jours de septembre 1944 :

 

  • Enjeu politique pour les mouvements résistants d'abord : les autres villes importantes et centres administratifs de Saône-et-Loire venaient d'être libérés, principalement par les forces de l'AS ; elles les occupèrent, souvent avec la participation de détachements FTP, en livrant combat ou non, juste avant l'arrivée de l'Armée du général de Lattre de Tassigny qui montait de Provence où elle avait débarqué le 15 août précédent et dont l'approche sonnait la retraite des Allemands. La préfecture de Mâcon était ainsi libérée le 4 septembre, les sous-préfectures de Chalon-sur-Saône (5 septembre), Louhans, Charolles allaient suivre. Même chose pour les gros centres industriels du Creusot et de Montceau-les-Mines (6 septembre). Une nouvelle administration préfectorale, globalement gaulliste, était ainsi progressivement mise en place par l'AS. Restait donc Autun, dernière sous-préfecture à conquérir : Le parti communiste tenait à ce que ce soit les forces FTP, sous son contrôle, qui libèrent la ville et installent un sous-préfet de leur bord. Militairement cela n'avait rien d'absurde car la ville se trouvait dans la zone d'influence du gros maquis FTP Valmy (devenu récemment "régiment"), formé pour l'essentiel de mineurs de Montceau et de jeunes des villes et villages de l'Ouest du département ; en outre, d'autres maquis FTP étaient présents dans le reste du Morvan…

 

  • Enjeu militaire stratégique pour  le commandement allemand : depuis le débarquement allié en Provence, qui s'ajoutait à celui de Normandie, voyant désormais la France perdue, les Allemands cherchaient à replier la totalité de leurs troupes d'occupation dans le quart Nord-Est du pays, frontalier de l'Allemagne, afin d'établir un nouveau front et  bloquer l'avance des alliés. Les semaines passant, les forces allemandes qui occupaient l'Ouest de la France avaient de plus en plus de mal à s'échapper, prises comme dans une nasse entre les deux armées alliées, celle qui descendait de Normandie, et celle qui montait du Midi. Et c'est la ville d'Autun qui formait la lèvre sud du dernier goulot, vers laquelle se concentraient toutes les colonnes venant du S-O…

 

Autun n'était donc plus seulement une petite ville de garnison du département de Saône-et-Loire ; c'était devenu un carrefour du front Ouest, où fourmillaient des milliers de soldats des dernières unités allemandes en retraite, bien armés et sur leurs gardes . C'est contre eux que le  maquis Valmy fut envoyé…

 

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- Les fusillés de la Cie Morin -

(coll. privée)

 

Sans attendre l'appui des blindés de l'armée régulière qui n'étaient qu'à quelques dizaines de kilomètres, sans véritable coordination avec eux, ni avec les forces de l'AS qui venaient de libérer Montceau, poussé par l'aveuglement de son commissaire politique envoyé récemment par la direction régionale FTP de Dijon, le régiment Valmy attaquait Autun au petit-matin du 8 septembre, sous la pluie. Ses quatre bataillons s'infiltraient dans la ville par tout son secteur Sud, de la route de Mesvres à l'Ouest (bataillon "Pietro") à celle de Fragny et Marmagne à l'Est (bataillon polonais "Mickiewicz"). L'attaque échoua, les Allemands, professionnels de la guerre, nombreux et bien dotés en mitrailleuses et mortiers, repoussant ces volontaires qui n'avaient à leur opposer que l'enthousiasme de leur jeunesse et leur récente expérience de guérilla dans les campagnes. A 11 heures tout était réglé et les Allemands fusillaient les 25 prisonniers du bataillon "Pietro" - compagnie "Morin" qu'ils avaient capturés à l'Ouest de la ville et qu'ils avaient ramenés à l'institution St-Lazare.

 

 

 L'attaque reprit en fin d'après-midi, menée cette fois par les premiers éléments blindés du lieutenant-colonel Demetz, auxquels étaient joints le Corps Franc Pommies, formé de combattants FFI du Sud-Ouest, les troupes regroupées du régiment Valmy et d'autres unités de maquisards, AS de Montceau et FTP du Morvan…

A l'approche de la nuit, à court d'essence pour ses blindés, l'armée régulière se retira, ouvrant une future polémique au sein de son commandement ; elle laissa ainsi à leur sort certains éléments FTP trop avancés, dont la 3ème compagnie du bataillon Mickiewicz, et surtout offrit à la plupart des Allemands la possibilité de s'enfuir au fil de la nuit. Ce n'est finalement que le lendemain 9 septembre que les libérateurs pénétraient victorieusement dans Autun, abandonnée par ses occupants. Tout n'était pas fini pour autant, car une dernière colonne allemande en retraite, un convoi hypo-mobile fort de deux à trois mille hommes (Kampfgruppe Bauer), s'approchait de la ville par l'Ouest et menaçait de la réinvestir… Durement frappés par les chars et l'artillerie, ils se rendirent finalement le 10 septembre, marquant la libération définitive de la ville.

Ces trois journées furent très meurtrières (une centaine de tués, toutes unités confondues) ; le seul régiment FTP Valmy perdit près de 60 hommes.

 

 

Les Polonais à la bataille d'Autun

 

Le maquis Mickiewicz mettait alors en ligne un effectif de plus de 400 hommes, organisés en trois compagnies, la 1ère commandée par Piniarski ("Auguste"), la 2nde par Orlowski ("Jules"), la 3ème en cours de constitution, par Jan Kocik. Le capitaine Théodore Plonka ("le Type") dirigeait les opérations sur le terrain, alors que Mieczyslaw Bargiel ("Roger"), membre du triangle de commandement du régiment Valmy, se trouvait avec l'état-major.

Le bataillon polonais ne participa pas en entier à l'attaque de la ville, le 8 septembre ; sa première compagnie se retrouva à combattre alors près d'Etang-sur-Arroux, avec le maquis AS "Lucien", contre les éléments allemands qui continuaient de converger vers la ville. Seules les 2ème et 3ème compagnies furent réellement engagées avec le reste du régiment Valmy. Le bataillon eut 3 tués à Autun, tous de la 3ème compagnie, dont son chef, le lieutenant Jan Kocik, mineur du quartier du Magny (43 ans). Avec lui tombaient deux de ses hommes, Joseph Szwiec (41 ans) et Franciszek Warszaska (38 ans). Un quatrième Polonais mourra ce jour-là, Jan Grabania (17 ans), qui se battait avec les FTP Français de la compagnie Morin et fut fusillé dans les jardins de St-Lazare...

(Remarque : on trouve également dans certains documents le nom d'Edmond Dabrowski, il s'agit d'une confusion avec Edmond Delewski, tué quelques jours auparavant à Marmagne...) 

 

Les articles de ce site concernant la participation du bataillon polonais :

- le récit d'un combattant anonyme de la 1ère compagnie : cliquer ici

- le rapport du lieutenant Orlowski, commandant la 2ème compagnie : cliquer ici

- le récit de Simon Bakowski, combattant de la 3ème compagnie : cliquer ici

- une page de photos inédites de l'ECPAD : cliquer ici

 

 

 

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Sources - Le déroulement précis de la "bataille d'Autun" fait l'objet d'un livre, à la chronologie extrêmement détaillée, publié par Michel Villard (Ombres et lumières de l'occupation et la libération d'Autun, 1984). Un autre récit, sorte de reportage épique à la belle écriture, a été produit par Paul Cazin, écrivain autunois et grand traducteur de la littérature polonaise (Paul Cazin, la bataille d'Autun, 1946 - voir introduction ci-dessous). Il a été ré-édité en 1995 par "le Caractère en marche", éditeur à Génelard (S&L). On trouve parfois ces deux ouvrages en vente sur Internet. 

Intéressant aussi le site de la colonne Schneider (cliquer ici), qui reflète la vision de la bataille d'Autun par un participant au Corps Franc Pommies ; cette unité était formée de troupes FFI de la région toulousaine, lancées en appui à l'armée régulière dans la reconquête de la France. Il était intégré aux forces qui ont permis la libération finale de la ville. 

 

        Les premières lignes de l'ouvrage de Paul Cazin : 

 

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Louis PIERRE L-I  (55).jpg- Funérailles des morts d'Autun, à Montceau -

 

 



25/11/2013
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