Antoine GOSZKA, chef régional adjoint POWN

 

 

En suivant la vie d'Antoine Goszka, on saisit comment, progressivement, et par le bouleversement de la Résistance et de la Déportation, un pur patriote polonais s'intègrera finalement à la société française. Comme il le disait lui-même, il aura finalement troqué Pilsudski contre de Gaulle...

 

(La plupart des photos s'agrandissent en cliquant dessus)

 

Antoni Goszka est né le 15 juillet 1914 à Gelsenkirchen (Allemagne). Sa famille était établie dans cette ville du bassin houiller westphalien depuis 1895. Son père, prénommé lui-aussi Antoni, est venu y travailler à l'âge de 19 ans (il était né le 13 novembre 1876 à Gleboczek-Maly, entre Torun et Olsztyn). L'année suivante, sa jeune épouse Mariana est venue l'y rejoindre et la famille s'est fixée à Gelsenkirchen où allaient naître leurs six enfants.

 

Au lendemain de la première guerre mondiale, alors que la Pologne venait de recouvrer son indépendance, les Goszka firent le choix de quitter l'Allemagne, pour éviter aux enfants de recevoir la nationalité allemande. Après 27 années de travail dans les mines de Westphalie, ne pouvant retrouver un travail dans la nouvelle Pologne, ils reprirent le chemin de l'émigration, vers la France cette fois, qui recrutait alors les Polonais en grand nombre.

 

Le 19 janvier 1923, le père et son fils aîné Boleslaw (né le 22 septembre 1904 à Gelsenkirchen) sont embauchés aux mines de Blanzy, division du Magny. Les puits principaux (Magny 1 et 2 et Lucy) fonctionent depuis le milieu du siècle précédent ; en comparaison de la situation allemande, les conditions d'exploitation et le contexte social de la société des mines de Blanzy constituent aux yeux des mineurs westphaliens une profonde régression, prix payé au patriotisme polonais.

La famille, qui a pu ramener tous ses biens, reçoit une des maisons qui viennent d'être construites dans le nouveau quartier des Gautherets. Deux des filles, déjà mariées en Allemagne, suivent avec leur époux. Le petit Antoni, le dernier-né, a alors 8 ans ; il va fréquenter l'école privée polono-française de garçons, qui s'ouvre à la rentrée de septembre 1923, avec deux moniteurs arrivés l'un de Cracovie (Tadeusz Grzebienowski), l'autre de Westphalie (Stanislaw Dabrowski).

Dans le recensement 1926 de la commune de St-Vallier, que les Archives départementales de S&L ont mis en ligne, on retrouve au logement n°40 de la nouvelle cité, Antoine et Marianne Goszka, avec quatre de leurs enfants (aller en page 74/144, en cliquant ici).

Ces mineurs arrivés de Westphalie sont nombreux à rejoindre le syndicat CGT dont les sections polonaises sont animées par des militants du parti socialiste polonais (P.P.S.), c'est ce que fait Antoni-père, qui prend sa carte le 30 juin 1924, en même temps que de nombreux camarades des Gautherets.

Sans doute désireux de voir son fils cadet exercer un travail moins pénible, il l'envoie apprendre le métier de tourneur sur métaux ; mais le destin en décidera autrement : vers 1930, le père est renvoyé de son travail, alors qu'il a perdu le bénéfice des années de cotisation-retraite accumulées en Allemagne ; Antoine-fils se fait alors embaucher à la mine afin d'assurer un revenu décent à la famille.

 

 

Cadre des Francs-Tireurs - Strzelcy

 

Aux Gautherets, la famille est très intégrée au milieu associatif. Le jeune Antoine est membre des scouts et du cercle théâtral. Surtout, sous l'influence de son père, fervent patriote et admirateur du maréchal Pilsudski, il adhère à l'Union des  Francs-Tireurs Zwiazek Strzelecki (ZS), dont le président sur le bassin minier est Stanislaw Rychlik, du quartier de la Saule.

Antoine devient rapidement entraîneur sportif des Strzelcy, initiant les jeunes du quartier à l'athlétisme, au basket et à la boxe. Très engagé dans le mouvement, il participe à plusieurs rassemblements nationaux.

 

 

Zwiazek Strzelecki - camp d'instructeurs - Hagondange (1935)

 

       Stage d'encadrement à Gueugnon (juil.1936)

 

Cours de boxe aux Gautherets 

 

Assemblée des Strzelcy du bassin minier, la Saule (1937 ou 1938)

1.  A. Goszka      2. S. Rychlik

 

 

Probablement pour compléter sa formation de cadre de mouvement de jeunesse, il prend part, en août-septembre 1937, à un voyage de jeunes émigrés en Pologne que propose l'Union Mondiale des Polonais à l'Etranger (SZPZ) ; c'est l'occasion de découvrir cette patrie idéalisée et d'y raviver son engagement.

 

27 août 1937, le camp S.Z.P.Z. à Gronik Koscielisko près de Zakopane

 

Excursions à Kasprowy Wierch (1988m) et à Cracovie, université Jagellonne

 

 

Dans l'Armée polonaise

 

La guerre éclatant, il est parmi les premiers volontaires du bassin de Montceau à s'engager, le 28 septembre 1939, dans les forces armées polonaises en France, plusieurs semaines avant que  la mobilisation des Polonais de France n'ait été véritablement organisée (17 novembre 1939). Il est envoyé au camp de Coetquidan, où il gagne rapidement quelques galons : caporal le 11 novembre 1939, caporal-chef le 30 mars 1940, il est promu sergent en juin 1940 ; il sert alors dans le 5ème Régiment d'infanterie au sein  de la 2ème Division de Chasseurs à pied de l'Armée polonaise reconstituée. Il est fait prisonnier dans les environs de Besançon le 20 juin 1940 et détenu au Stalag XVII-B à Krems (Autriche).

 

A  Coetquidan...

 

 ... et au Stalag XVII-B

 

 

Il s'en évade en avril 1941, en fabriquant des faux papiers qui lui permettent d'être rapatrié en France au sein d'un contingent d'agriculteurs alors libérés.

 

 

La résistance POWN

 

De retour dans le bassin de Montceau-les-Mines, il reprend son travail à la mine, comme boiseur au puits Darcy. Il participe alors à l'une des filières polonaises de passage de la ligne de démarcation, que Stanislaw Rychlik a mis en place en lien avec l'organisation présente à Lyon.  Au printemps 1942, avec le pseudo transparent de "Tonio", il rejoint l'organisation POWN et accueille en juillet Jan Kulpinski, chef régional nouvellement désigné qui vient s'installer dans le bassin minier. Jan Kulpinski le choisit pour adjoint ; il est particulièrement chargé du développement dans les autres colonies polonaises de la région (le Creusot, Gueugnon, Bourbon-Lancy, la Machine) et du commandement du "groupe d'assaut" qui, pendant cette période, s'occupe surtout de rassembler des armes dans des dépôts. On retrouve trace de son activité au Creusot, où il anime la réunion de création de la section POWN locale, le 5 octobre 1943, dans l'appartement de la famille Witkowski.

 

Il est arrêté le 31 mars 1944 par la police de sûreté de Dijon dans le cadre des rafles qui frappaient alors les organisations résistantes du bassin montcellien. Détenu dans les prisons de Chalon-sur-Saône et de Besançon (arrivée le 10 mai 44), il est déporté vers Dachau le 23 juin 1944 (arrivée le 26).

Libéré par les Américains le 26 avril 1945, il est rapatrié le 28 mai par les troupes françaises au centre d'accueil de Mulhouse.

 

 

 Portrait réalisé à la libération du camp

par un co-détenu, peintre polonais.

 

Après un bref séjour dans la région parisienne, il reprendra son travail au puits Darcy et fondera une nombreuse famille ; ayant adopté la nationalité française en 1948, il reste engagé dans le syndicat CFTC et dans les organisations d'anciens résistants et déportés. Antoine Goszka est mort le 9 décembre 1988 près d'Alès (Gard), où il s'était retiré après sa retraite.

 

 

 

Sources : SHD BAVCC Caen, ADS&L

 

Surtout, cet article n'existe que grâce aux informations, aux photographies et à la gentillesse de Sophie Goszka, immense merci à elle ! 

 

 

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En lien avec cette biographie, on peut consulter les pages suivantes : histoire résumée de la résistance POWN dans le bassin de Montceau - cliquer ici, biographie de Stanislaw Rychlik - ici, biographie de Jan Kulpinski - ici .

 



11/07/2012
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