20 novembre 1943 - Mieczyslaw Skoczek, le tué d’Ecuelles

GS 2016-05-29

 

 

 

Le 20 novembre 1943, le cadavre d’un inconnu est trouvé à Ecuelles, commune du nord de la Saône-et-Loire, à plus de 80 km du bassin minier montcellien…

Parmi les différentes archives de police qui relatent le fait, citons le PV de l’inspecteur principal Georges BON à son chef, le commissaire principal de la XIème brigade de Police de Sûreté de Dijon, en date du 23 janvier 1944.

 

« … Dans la matinée du 20 novembre 1943, vers 9 heures du matin, le jeune THOMAS Maurice, âgé de 18 ans, cultivateur, demeurant chez ses parents à MOLAISE, commune d’Ecuelles (S&L), découvrait dans un pré, à proximité de la ferme exploitée par ses parents, le cadavre d’un jeune homme portant plusieurs traces de blessures par balles. La gendarmerie de Chalon-sur-Saône immédiatement informée fit les premières constatations. Aucune pièce permettant d’identifier la victime ne fut alors découverte, les auteurs de cet homicide semblant avoir pris un soin tout particulier à dévaliser leur victime et à ne laisser aucun écrit ou objet pouvant permettre son identification.

Au hameau de MOLAISE où ce drame s’est déroulé, aucune personne n’a été à même de nous donner des détails intéressants ; chacun prétend n’avoir entendu aucun coup de feu et cependant les mêmes gens prétendent avoir été réveillés par l’aboiement de chiens vers 3 heures du matin, ce qui permet de situer le drame à peu près à cette heure. En vain nous avons essayé d’identifier la victime en présentant la photographie de son cadavre, mais personne ne connaît ce jeune homme et ne l’a vu quelque fois en quelque circonstance que ce fût. D’ailleurs M. GUYENOT, conseiller municipal d’Ecuelles, a dit, au cours de son audition, que beaucoup de personnes avaient vu le cadavre au cours de la journée du 20 novembre et que personne ne l’avait reconnu : en conséquence, il ne s’agit vraisemblablement pas d’un individu de la région…. »

 

Retrouvé aux archives départementales de Côte d’Or (cote 1072W06), ce document est accompagné de la photographie que l’inspecteur BON utilisait pour l’identification, macabre mise en scène où le cadavre est installé en position assise, au pied d’un arbre, les bras accrochés à un fil barbelé, avec le réalisme d’une sinistre embrassade…

 

 

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(AD Côte d'Or -  1072W06)

 

 

C’est le seul portrait que nous possédions de Mieczyslaw Skoczek, né à Saint-Vallier le 17 décembre 1924, dans les premières années de l’immigration polonaise. L’identité de l’inconnu d’Ecuelles sera révélée après la Libération, quand sa famille, qui connaissait son sort,  procéda à un transfert du corps, ré-inhumé à Saint-Vallier, le 25 octobre 1944.

 

Son histoire : La famille Skoczek s’était précocement engagée dans la Résistance ; Mieczyslaw appartenait au premier groupe de combat FTP-MOI dirigé depuis septembre 1943 par Henri Pawlowski, « Gaston », dont nous avons raconté l’histoire sur ce site - voir L'affaire GASTON .

Ayant échappé aux arrestations du 7 octobre 1943, au cours desquelles « Gaston » et quatre Polonais allaient être capturés par les gendarmes français, il allait faire partie du groupe de quatre rescapés qui, par mesure de sécurité, prirent le maquis. Ils avaient emmené avec eux quelques Soviétiques évadés de camps de prisonniers allemands, que la MOI abritait dans les cités autour du puits Darcy.  Ils allaient ainsi constituer le maquis russo-polonais qui allait cantonner dans des fermes isolées de  Saint-Loup-de-la-Salle (son histoire détaillée fait l’objet du livre Maquisards russes en Bourgogne, histoire du détachement Léningrad 1943-1944, publié aux éditions de l’Armançon, en avril 2016 - voir ICI ).

Des documents retrouvés, il ressort que Mieczyslaw Skoczek avait été tué au cours d’une altercation entre maquisards polonais et soviétiques, survenue durant une expédition qui tournait dangereusement au gangstérisme, sous l’influence du Russe « Vasil » qui dirigeait le groupe.

 

C’est ainsi qu’à 19 ans Mieczyslaw Skoczek fut le premier maquisard polonais tué ; il ne l’avait été ni par les Allemands, ni par la police ou la milice de Pétain, mais par un maquisard soviétique !

 

Remarquons, qu’une semaine plus tôt, le 13 novembre 1943, son chef de l’éphémère groupe de combat FTP-MOI du bassin-minier, Henri Pawlowski, décédait entre les mains des Allemands qui le détenaient à Chalon-sur-Saône.

 

 

 

 

 

 



29/05/2016
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