L'engagement et la mort des frères Swedrowski

 

Gérard Soufflet – août 2015

  

 

 

Coetquidan 1939 Swedrowski Jozef.jpg
Joseph   Swedrowski

1922   - 1942

 

Swedrowski (2b).jpg
François Swedrowski

1924 - 1944

 

 

 

Au cours de notre plongée dans la communauté polonaise du bassin minier de Montceau à travers la guerre, nous avons croisé maints exemples de familles très éprouvées, le patriotisme ayant souvent conduit des familles entières à s'engager. La rencontre récente avec plusieurs membres de la famille Swedrowski nous permet de retracer l'histoire qui suit.

 

 

Environnement familial

 

Au départ se trouvaient deux frères, Franciszek et Feliks Swędrowski, nés respectivement en 1898 et en 1904 dans un village de la région de Kalisz, dans la partie occidentale de la Pologne alors sous occupation allemande. La première guerre mondiale terminée, la Pologne ayant retrouvé son indépendance et favorisant l'émigration économique, Franciszek fut le premier à partir pour la France ; il fut embauché aux mines de Montceau au milieu des années vingt, en qualité de mineur de fond, toujours affecté à des chantiers "au rocher", travaillant au perçage des galeries joignant les secteurs d'extraction du charbon, métier harassant et générateur de la silicose. Il était marié et père de deux fils, nés tous deux en Pologne avant son départ, alors qu'il habitait la commune de Blizanow, d'où était originaire son épouse Jozefa. En 1922 naquit Jozef l'aîné, et deux ans plus tard (en 1924) le cadet Franciszek, qu'on appelait curieusement Hiniu (rappelant le diminutif d'Henryk), peut-être simplement pour le distinguer de son père. Franciszek fit rapidement venir femme et enfants à Montceau et décida de prendre la gérance d'un petit café ; ce commerce était au nom de Jozefa, alors que lui-même poursuivait son travail de mineur. Il était installé au bas de la rue du Plessis, au numéro 25, pas loin du centre-ville et à proximité de la prise d'eau qui alimente le canal du Centre à partir de la retenue de l'étang du Plessis, à proximité aussi de l'hôpital des Mines et du pont de la neuvième écluse qui conduit aux puits des Alouettes et au quartier ouvrier du même nom. D'un point de vue commercial, on peut dire que le café était bien situé, même s'il s'agissait d'un débit des plus modestes, à la clientèle presqu'exclusivement polonaise. Son voisin le plus proche, au n° 27, était Idzi Koclejda, dont l'échoppe de tailleur d'habits n'était séparée du café que par un couloir. Respol71 a déjà publié la biographie de ce personnage, qui sera un homme-clé de l'organisation résistante POWN. C'était aussi un joyeux drille, violoniste habile, qui allait souvent mettre l'ambiance au café Swedrowski (témoignage de son fils Edmond). On peut dire qu'en quelques années Franciszek avait acquis une situation enviée parmi ses collègues mineurs. Il songea rapidement à faire venir à Montceau son frère cadet Feliks, alors que celui-ci vivotait dans une mine de Lorraine. Il arriva à Montceau en 1929, se fit embaucher à la mine, au puits des Alouettes. Il fit aussitôt venir de Pologne sa femme et leur premier enfant (Irena, née cette même année 1929) ; ils obtinrent un logement dans le quartier voisin de la Sablière, rue du Stade. Les deux familles étaient très proches et la petite cousine, puis ses frères et soeurs, étaient remplis d'admiration pour les grands cousins Joseph et François. Pourtant les deux pères de famille professaient des opinions politiques opposées, autant Feliks restait dans les cadres polonais classiques, autant Franciszek se disait communiste, sur un mode volontiers provocateur ; il n'allait bien évidemment jamais à l'église, mais il tentait aussi d'en dissuader ses neveux en leur promettant un bon repas ou des friandises…

Rapidement, les affaires prospérant, le café de la rue du Plessis fut abandonné et les Swedrowski prirent en gérance un établissement plus vaste et mieux situé encore, au n° 18 de la rue de la République, la grande artère commerçante de Montceau. Les recensements montrent que le déménagement eut lieu avant 1936. Ils logeaient au-dessus du café et retrouvèrent pour proches voisins les Koclejda qui, prospérant eux-aussi, occupèrent en 1938 un vaste magasin leur faisant face, au 17 de la rue de la République. Signe constant de son non-conformisme, Franciszek se lia alors d'amitié avec un vieux Français, Jacques Prioux, marchand de vin installé un peu plus loin dans la rue (au n°33), avec qui il passait de longues heures à discuter. Au printemps 1944, à 71 ans, le père Prioux allait participer à la résistance gaulliste en mettant à son service son camion de livraison, pour réceptionner les premiers parachutages. Il sera arrêté par la police allemande le 1er août 1944 et déporté. Il mourra à Dachau peu après son arrivée…

Franciszek ne put s'engager dans la Résistance ; la cause en fut la silicose qui le frappa avec une telle intensité qu'il allait devoir cesser le travail, et dès 1942 rester de plus en plus souvent alité à la maison, dans sa chambre au-dessus du café. C'est là que les Allemands se présentèrent pour l'arrêter en même temps que son ami Prioux, le 1er août 1944. Ils y renoncèrent tant la maladie était déjà avancée ; Franciszek Swedrowski allait en mourir le 19 juillet 1945 et connaître un enterrement mémorable, qui se passa des sacrements de l'église et fut conduit jusqu'au cimetière par un orchestre…

Son frère Feliks par contre, patriote fervent attaché au gouvernement en exil à Londres, s'engagea dans l'organisation POWN et participa au maquis POWN de Marigny, sous les ordres de Stanislaw Kawa-Topor.

 

 

Les deux fils de Franciszek, emportés par la guerre...

 

Ayant grandi au centre-ville, les deux frères Joseph et François n'avaient pas connu la vie repliée des quartiers ouvriers polonais. Ils fréquentaient l'école publique de garçons de la rue Jean-Jaurès, au milieu de copains en majorité français. Leurs cousins et cousines de la Sablière se trouvaient dans une situation voisine, tant ce quartier de mineurs était composite, familles polonaises, françaises et italiennes y vivant côte-à-côte… Ainsi les plus proches voisins et copains de jeux de la rue du Stade étaient les enfants de la famille Binet, qui allait aussi connaître les douleurs de la guerre.

L'école terminée, l'ainé Joseph travailla probablement à la mine (à vérifier) ; son frère François fut mis en apprentissage au garage Citroën installé sur le quai du canal du Centre, au droit du café paternel. Il se rendait au travail en un instant, en empruntant le couloir qui traversait les immeubles d'en face, entre le tailleur Koclejda et son voisin, le miroitier Moreau. Cet emploi était bien avantageux, déjà parce qu'il permettait d'éviter le lourd destin du mineur, mais aussi parce qu'il amena François à apprendre à conduire une auto, privilège rare chez les jeunes ouvriers de l'époque !

  

 

Le destin de Joseph Swedrowski

 

On sait qu'après la défaite militaire de la Pologne face aux armées allemandes et soviétiques, le gouvernement polonais vint se réfugier en France en octobre 1939 et y reconstitua une armée qui allait combattre aux côtés de l'armée française lors de la campagne de 1940. La plus grande partie de cette armée fut formée par la mobilisation de l'immigration polonaise en France.

 

Affiche recensement.JPG

 

Dès la décision connue, des Polonais se portèrent volontaires, avant même que l'organisation de la mobilisation soit structurée. Celle-ci commencera vraiment le 29 septembre 1939 par un recensement des hommes de 17 à 45 ans, qui fut organisé par l'ambassade de Pologne dans la plupart des communes de résidence (affiche ci-dessus).  A Montceau, le recensement se prolongea jusqu'au 2 octobre. Il y aura 1203 recensés, 440 à Sanvignes… Dans la foulée, se tint un conseil de révision, activement encadré par les responsables du mouvement associatif ;  il commença le 20 octobre. Les résidents de la commune étaient convoqués à la mairie, où les appelés se succédèrent jusqu'au 24 ; ceux des communes voisines (Blanzy, Saint-Vallier…) étaient jaugés au syndicat des mineurs, où l'affaire fut expédiée en deux jours. Quant aux Polonais de Sanvignes, ils étaient convoqués au chef lieu de leur canton, à Toulon-sur-Arroux…  (Archives départementales de Saône-et-Loire, ADSL PR 13/202). Les groupes de nouvelles recrues partirent aussitôt au centre de regroupement principal qui avait été mis à la disposition de l'armée polonaise en France, au camp militaire de Coëtquidan, dans le Morbihan.

 

 Coetquidan 1939 BU Rennes - OPTIMUM B.jpg

Bien que n'ayant pas encore formellement atteint ses 17 ans (il trichera sur sa date de naissance), Joseph Swedrowski les y avait devancés car il avait fait partie des premiers engagés volontaires du bassin minier. Une photo du 1er octobre 1939 (ci-dessus) le montre à Coëtquidan, avec un groupe de Montcelliens, alors qu'ils viennent de recevoir leur uniforme…

 

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Joseph est alors versé dans la marine (quelques navires de guerre et bâtiments civils ont en effet échappé au désastre et se sont rangés sous l'autorité du gouvernement polonais en exil). A ce jour, on ne connaît pas les détails de sa première année de service. Il est cependant assuré qu'il quitta les ports français en juin 1940 et gagna l'Angleterre, où le gouvernement polonais allait finalement trouver refuge. Il y sera affecté sur l'escorteur ORP Kujawiak (ORP = Okręt Rzeczypospolitej Polskiej = Bateau de la République de Pologne), probablement à son armement en juin 1941.

Jozef Swedrowski trouva la mort le 21 mars 1942, lors d'une attaque aérienne du navire par des avions allemands, alors qu'il patrouillait le long des côtes britanniques. Des recherches sont lancées pour en connaître les conditions exactes, ce qui peut demander bien du temps…

Sa tombe (photo ci-contre) a été retrouvée grâce à un site anglais spécialisé, au cimetière militaire de Plymouth.

 

 

 

 

ORP Kujawiak copie.jpg

 

Source Wikipedia - L'ORP Kujawiak était un destroyer d'escorte britannique de la classe Hunt primitivement nommé HMS Oakley (HMS = His Majesty Ship). Il avait été construit par la firme Vickers-Armstrongs sur les chantiers de la Tyne à Newcastle. Lancé le 30 octobre 1940, il fut d'abord intégré à la Royal Navy avant d'être transféré en juin 1941 à la Marine polonaise.

Long de 85 mètres, déplaçant 1500 tonnes en charge, il était propulsé par deux turbines à vapeur lui permettant d'atteindre 27 nœuds (50 km/h). Son armement principal était constitué de 6 canons de 102 mm montés sur 3 tourelles jumelées, d'une tourelle anti-aérienne munie de 4 tubes 40mm, de 2 canons de 20mm Oerlikon et de 3 lanceurs de charges sous-marines. Son équipage comptait 168 hommes.

D'abord employé à assurer la protection des convois au large des côtes anglaises, il fut intégré en juin 1942 aux forces de la Royal Navy envoyées ravitailler l'île de Malte depuis Gibraltar (opération Harpoon).

Le 16 juin 1942, il sombra après avoir heurté une mine près de Malte, causant la mort de 13 marins polonais. Son épave a été explorée par des plongeurs polonais en 2014, à près de 100 mètres de profondeur ...

  ORP Kujawiak maquette httpwww.bismarck3d.pl - Copie.jpg

 

 

 

Le combat de François Swedrowski

 

Dès l'automne 1943, François eut des contacts avec les premiers résistants FTP français  actifs dans son secteur géographique (centre-ville, nord du bassin-minier) ; on ne possède pas de preuve de sa participations directe aux actions d'alors, qui consistaient surtout en des sabotages du canal du Centre (écluses, aqueducs) et du chemin de fer Paray-Montchanin, actions menées alors et à cet endroit par le groupe de l'éclusier Fort ; nulle trace non plus de sa participation aux différents groupes du Front Uni de la Jeunesse Patriotique, groupes moins structurés qui se spécialisaient dans les opérations plus légères (réquisitions à main armée, actions symboliques…). Cependant un témoignage précieux de sa cousine Irena (avril 2015) indique qu'il était en contact avec Léon Allain ("Hector"), un personnage pivot de l'organisation FTPF dans la ville, fameux pour les coups de main qu'il réalisa personnellement avant le Débarquement afin de récupérer des armes sur les soldats allemands. Irena avait en mémoire que François avait organisé une telle opération dans le café familial, fréquenté régulièrement par les militaires de l'armée d'occupation, ravis sans doute de trouver un établissement moderne où les patrons connaissaient leur langue.

 

Un procès-verbal du commissariat de police de Montceau, conservé aux AD de S&L (cote 3072W1), relate l'opération avec des détails fort intéressants sur la vie du café Swedrowski – reproduction partielle ci-dessous…

 

 

 

 

17 décembre 1943

 

Marcel DIVES, Commissaire Principal de Police de la circonscription de Montceau-les-Mines

 

     Ce jour à 21h30, le brigadier CHANDAT de notre service en tenue nous avise que vers 20h45, trois individus masqués et armés, l'un d'une mitraillette et les deux autres de révolvers ont fait irruption au café SWEDROWSKI, 18 rue de la République à Montceau-les-Mines, et sous la menace de leurs armes se sont emparés de 3 pistolets automatiques appartenant à trois militaires de l'armée d'occupation qui se trouvaient dans le débit.

 

     Ouvrons immédiatement une enquête sur les circonstances de cette agression au cours de laquelle nous entendons :

     1° - Mademoiselle BRAYER Marie, âgée de 28 ans, bonne au café SWEDROWSKI (…).

     Vers 20h45 je me trouvais dans la salle du café, tandis que ma patronne, Mme SWEDROWSKI se trouvait dans la cuisine. Son mari qui est malade se trouvait dans sa chambre au premier étage.

     Dans la salle du débit se trouvaient 5 ou 6 clients. Quatre étaient installés à jouer aux cartes sur la table à côté de la porte de la cuisine. Deux jeunes gens buvaient au comptoir. En plus il y avait trois militaires allemands portant l'uniforme de l'aviation qui buvaient à la table voisine de celle des joueurs.

     La porte du débit s'est ouverte brusquement et 3 individus sont entrés. Le premier qui était armé d'une mitraillette a crié "haut les mains". Il était assez grand, 1m75 environ, plutôt mince. Il était vêtu d'un imperméable couleur mastic et coiffé d'un passe-montagne en laine couleur noire. Il avait le visage masqué par un loup d'étoffe noire et le bas du visage par un cache-nez noir à points blancs. Il était chaussé d'espadrilles.

     Les deux autres individus étaient sensiblement de la même taille (1m65 environ) et de la même corpulence. Ils étaient vêtus tous deux de vêtements de couleurs sombres, sans pardessus, chaussés d'espadrilles, coiffés de passe-montagnes et masqués de la même manière que le premier.

     L'un d'eux était armé d'un seul révolver tandis que son complice en tenait un à chaque main. Il s'agit je crois de pistolets automatiques.

     A l'injonction de l'individu armé de la mitraillette personne n'a bougé. Celui-ci qui paraissait le chef de l'expédition a commandé à celui qui possédait un seul révolver de s'emparer des armes des militaires allemands. Celui-ci s'est exécuté et a saisi les 3 pistolets. Il a également palpé les poches des autres consommateurs sans doute pour voir s'ils ne possédaient pas des armes.

     Ceci fait et sans ajouter aucune autre parole, ils se sont retirés tous les trois en fermant la porte du débit derrière eux.

     Je n'ai pas entendu de bruit d'automobile en dehors.

     Je ne peux vous donner aucun renseignement sur l'identité de ces individus.

     Lecture faite, persiste et signe. 

 

 

 

 

La patronne, Mme Swedrowski Josepha, 39 ans, confirme point par point, de même que deux des joueurs de cartes. On voit que ce sont des clients polonais ; le premier, Joseph Szamotulik, mineur de 45 ans, déclare être pensionnaire au café Swedrowski depuis une douzaine d'années ; l'autre Kazimierz Makara, mineur de 39 ans, est un voisin de la rue du Plessis.

Bien sûr, ce soir-là, Franciszek n'était pas resté sur place, il avait seulement soigneusement indiqué le chemin à ses trois compères qui étaient arrivés discrètement à la porte du café en traversant le magasin du voisin, le glacier Ripol. La description ne laisse guère de doute sur la personne du chef du commando, dont la grande taille correspond à Léon Allain… Il racontera lui-même une opération similaire accomplie quelque temps plus tard au restaurant Courtois de Ciry-le-Noble. Signalons que cette même nuit du 17 au 18 décembre 1943, deux attentats contre la voie ferrée étaient signalés, l'un entraînant le déraillement d'un train de permissionnaires allemands.

 

Le maquis, la mort de François

 

Documents d'archives comme souvenirs familiaux nous donnent peu d'indications sur son action dans les premiers mois de 1944. Son dossier personnel au Service Historique de la Défense (BAVCC de Caen) indique seulement qu'il est considéré comme faisant officiellement partie des FTPF à la date du 15 mai 1944, attestée par Louis Boussin, futur commandant du maquis Valmy. C'est la période qui précède le Débarquement, où plusieurs embryons de maquis FTPF existent aux alentours de Montceau, soutenus et ravitaillés par de nombreux sédentaires restés en ville. C'est parmi eux qu'agissait alors François Swedrowski, qui n'appartenait donc pas au groupe spécifiquement polonais rattaché à la MOI...

Selon toute vraisemblance, il dut rejoindre le regroupement des maquis FTP à Uchon au lendemain du Débarquement et regagner momentanément Montceau après les combats des 15 et 16 juin, qui permirent aux Allemands de disperser le maquis. Sa cousine Irène évoque sa participation aux obsèques d'André Binet, le jeune voisin de la rue du Stade, tué à 17 ans, le 15 juin, au combat d'Uchon...

 

Si sa vie laisse en définitive peu de traces, sa mort, le 25 juin 1944, aura marqué les esprits...

Le quotidien Le Journal de Saône-et-Loire a ainsi publié, les 16 et 17 août 1994, le témoignage d'un habitant du village de Saint-Eugène, Robert Verniau, qui avait été un observateur attentif des évènements de l'Occupation :

 

"(Après le Débarquement), la libération paraissait tellement proche que l'on s'y croyait déjà et que la méfiance se relâchait. Erreur, l'occupant était toujours présent, de plus en plus acharné  et toujours aussi bien informé.

Le 25 juin fut le rappel de cette triste réalité ! Vers 8 heures du matin une colonne importante de soldats allemands s'arrêtait au lieu-dit "La Praye", juste au croisement de la route Sanvignes-St-Eugène. Au même moment arrivait de Sanvignes une voiture avec à l'intérieur quatre maquisards.

Une seule issue s'offrait à eux : abandonner le véhicule et fuir à travers les prés pour rejoindre le bois en face. Cependant une parcelle de pré était visible de la route. Le mitraillage des Allemands ne leur laissa pas beaucoup de chance.

L'un fut tué sur le coup, Henri Seurre (dit "Riquet") ; un autre François Swedrowski, blessé, restait sur place ; un 3ème Richard, blessé à la main, réussissait à rejoindre le bois. Seul le 4ème, Bar, dit "le Barbu", passait indemne à travers les balles..."

Hypothèse : Dix jours auparavant le regroupement des maquis FTP a été dispersé à Uchon ; une partie des hommes est restée avec les principaux chefs Louis Boussin, Paul Dessolin, Léon Allain, qui les ont conduits aux confins de la Nièvre à proximité du Mont-Beuvray. Les autres sont revenus dans le bassin minier (beaucoup pour y reprendre momentanément le travail), mais les responsables préparent déjà le retour au maquis et les relations sont restées constantes avec les exilés du Beuvray. Cette voiture partie tôt de Sanvignes participait sans aucun doute à ces liaisons ; pour preuve, elle convoyait un responsable important, "le Barbu", qui avait levé précocement des maquisards... Henri Seurre était aussi chef de groupe, menuisier à Paray-le-Monial. François Swedrowski avait selon toute probabilité été sollicité pour conduire la voiture...

Mais écoutons la suite du récit de Robert Verniau :

 

"Après avoir récupéré le blessé resté sur place, les Allemands se déployaient en tirailleurs pour prendre d'assaut le bourg de St-Eugène. Sur la route au lieu-dit "Bornay", des soldats ont rencontré le jeune Robert Ledey, de St-Eugène, âgé de 22 ans, et le fusillaient sur place (…) "

Le bourg fut effectivement investi, presque toutes les maisons furent visitées et fouillées ; les deux cafés, soupçonnés de servir de points d'appui aux maquis, furent incendiés…

 

"Enfin, après cette bien longue et triste journée, les Allemands sont partis, laissant derrière eux les bâtiments fumants, les habitants soulagés mais complètement désemparés.

Par contre, il restait encore le blessé du matin, toujours vivant, que les soldats allemands emmenaient avec eux. Arrivés au lieu-dit "Le Gourmandoux" (entre Toulon et la Boulaye), les camions se sont arrêtés et là il fut torturé à mort, mais il n'a jamais parlé… "

C'est bien ce qu'allaient confirmer plusieurs témoins de la scène ; une habitante de Toulon rapporta que les Allemands voulaient obtenir de lui la localisation du camp du maquis vers lequel la voiture se dirigeait. Ils avaient barré la route de part et d'autre du Gourmandoux et arrétèrent les gens qui passaient par là. Parmi eux trois au moins, dont la présence devait paraître suspecte car ils habitaient le bassin minier, furent conduits à la prison d'Autun puis déportés. Ce sont deux Polonais, Stanislaw Pawlik (27 ans), Simon Biniek (18 ans) et un Français, Armand Langillier (22 ans)... Stanislaw Pawlik rapporta aux gendarmes après la guerre qu'il avait été confronté à François Swedrowski pendant les tortures, et que celui-ci déclara ne pas le connaître. Pourtant Pawlik habitait à proximité du café Swedrowski et appartenait lui-aussi aux sédentaires FTPF !

N'obtenant rien du malheureux François, ses tortionnaires l'achevèrent et poussèrent le corps dans le fossé.

 

 

 carte.jpg
(cliquer sur la carte pour agrandir)

 

 

François Swedrowski fut enterré à Montceau, au cimetière du Bois-Roulot ; malgré la présence allemande, plusieurs de ses camarades étaient présents ; dans la tombe encore ouverte, ils jetèrent discrètement sur le cercueil des petits drapeaux aux couleurs des alliés.

 

Sa mort sous la torture, aux yeux de tous, impressionna beaucoup. C'est sans doute la raison pour laquelle, plus que d'autres, on s'attacha dès la Libération à honorer sa mémoire. Une stèle fut érigée le long de la route qui mène de Toulon à Etang, en suivant la vallée de l'Arroux, au lieu-même où il fut martyrisé ; seul exemple connu, le bataillon Mickiewicz des FTP-MOI polonais, y apposa une plaque. Curieusement François Swedrowski est, là, prénommé Henri, en raison sans doute de son diminutif familial d'Hiniu, devenu "Niou" pour ses copains. C'est aussi la photo de son cadavre qui fut retenue pour illustrer une carte postale militante du C.A.D.I (Centre d'Action et de Défense des Immigrés), une nouvelle organisation que le parti communiste mit en place après la guerre.

 

Swedrowski (1).JPG


 

 

 

 

 

 

Carte CADI - comp copie.jpg

         (Cliquer pour agrandir)

 

 

 

-  Grand merci aux cousine et petites cousines, Irena, Lydia et Catherine, grâce à qui cet article a été écrit...  -

 

 

 

 

 

 APPEL AUX LECTEURS - La famille Swedrowski ne possède pas d'autres photos des deux frères que celles qui illustrent cet article. Sans doute des familles amies ont-elles des photos de groupe où ils figurent (mariages, école...). Peut-être celle de François qui fut insérée sur la stèle du Gourmandoux existe-t-elle encore quelque part... Merci à qui nous en fera parvenir une !

 

 

 

 



31/08/2015
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