NETTOYAGE AU PAYS… la fin des ADAMSKI

29 novembre 2016

 

 

NETTOYAGE  AU  PAYS…   

 

 

 

 

Eté 1944

 

 

Parmi les nombreuses exécutions sommaires de l'été 1944, nous nous arrêtons sur ce cas qui visa une famille polonaise (le père, un fils et une fille) car il va nous éclairer sur la mécanique  criminelle ; cette fois, on n'a pas seulement retrouvé un constat de la Police, ce qui est presque banal dans la période, mais aussi les mémoires d'un résistant qui a trempé dans l'assassinat…

  

Le document manuscrit fait partie d'archives familiales ; le texte comporte une vingtaine de pages retraçant l'histoire résistante, globalement glorieuse, d'un jeune homme dont le nom de guerre était "l'Etudiant". Les meurtres en question y tiennent une place infime, les "exécutions de traitres" constituant de toute évidence une action routinière de son groupe .  

 

 

Extrait :               "Le 10 juillet : nous prenons liaison avec le P.C. établi chez Boucaut (Morin et moi-même), d'où nous rapportons une liste de N.A.P. – Exécution immédiate – Nous arrêtons Adamski  père et fils, immédiatement passés par les armes et enterrés près du campement. Deux jours après, c'est le tour de la fille… "

 

Décryptage :      L'auteur est alors l'adjoint du lieutenant "Morin", chef d'une des compagnies du 6ème bataillon du régiment FTPF Valmy. La compagnie est cantonnée à la Combe aux Loups, un bois de la commune de Saint-Bérain-sous-Sanvignes, voisine de Montceau-les-Mines. Ce jour-là, "Morin" et "l'Etudiant" se rendent au P.C. du maquis, alors installé dans une ferme proche. Ils en ramènent une liste de gens à abattre.

… car N.A.P signifie "Nettoyage au Pays" (notons la même connotation que le terme  épuration). A l'approche de la Libération, il apparaît ainsi logique à certains de faire disparaître ceux qui auraient collaboré avec l'occupant. Dans le Valmy, les listes N.A.P. étaient donc élaborées centralement, sur la foi des informations qui remontent des quartiers, et transmise aux exécutants, signe que l'épuration sauvage pouvait avoir ses propres procédures…

 

Des dizaines de personnes ont ainsi eu leur destin fixé, sans jugement, sans défense possible…  Qu'avait commis véritablement la pauvre Gertrude dont il est question ici ? Quelles motivations animaient le dénonciateur ? Sans vraiment se fatiguer, le policier écrira dans son rapport qu'elle avait eu des relations avec les Allemands…  

 

On découvre aussi dans le texte de "l'Etudiant" que le père ADAMSKI et son fils étaient aussi portés sur la liste N.A.P. et avaient été exécutés 2 jours auparavant, vers le 18 juillet donc…

 

GREVISTE DE 1941 - Nous n'avons pas encore élucidé ces deux meurtres, mais un recoupement des identités révèle une réalité troublante : le père Antoine ADAMSKI, né le 24 décembre 1888 à Ignacow, en Pologne était l'un des courageux mineurs grévistes de décembre 1941, arrêté et détenu quelques jours à la prison de Chalon-sur-Saône  (voir article…) ; le fils pourrait donc être Léon, lui aussi gréviste et emprisonné.   

La "justice" du maquis Valmy ne semblait pas connaître les circonstances atténuantes.

                                                                                                           (A suivre)

 

 

 

 

 

Montceau-les-Mines, le 27 juillet 1944

 

Le Commissaire de Police CHALLON Léopold, chef de

la Section de Police de Sûreté de Montceau-les-Mines

 

à Monsieur le COMMISSAIRE DIVISIONNAIRE,  Chef du

Service Régional de Police de Sûreté à DIJON

 

 

                OBJET :  Assassinat de la nommée BLASZCZYK née ADAMSKA Gertrude, commis le 21 juillet 1944

 

                   J’ai l’honneur de vous rendre compte comme suit des résultats de l’enquête effectuée au sujet de l'assassinat commis dans la nuit du 20 au 21 juillet 1944 sur la personne de Madame BLASZCZYK Gertrude.

 

LES FAITS

 

                   Le 21 juillet à 1 heure du matin, trois individus armés se sont présentés au domicile de Monsieur MARLAK Marcelin, au lieu-dit "Bois du Leu" à Montceau-les-Mines et, après avoir fait lever sa belle-sœur BLASZCZYK Gertrude, l'ont emmenée avec eux et l'ont abattue de plusieurs coups de feu rue de Brest.

 

L'ENQUETE

 

                   Le cadavre a été découvert rue de Brest au lieu-dit "MAGNY", à trois kilomètres environ du domicile de MARLAK où la victime a été enlevée. Cette rue est bordée d'aubépine et l'endroit où se trouve le corps est distant de 400 mètres de toute habitation.              

                   Madame BLASZCZYK se trouvait chez elle, c'est-à-dire au domicile de son beau-frère chez lequel elle possède une chambre, quand, à 1 heure du matin, trois individus se firent ouvrir la porte en se présentant comme membres de la "Résistance".

Ils étaient armés de mitraillettes et ont exigé que la femme BLASZCZYK se lève et les suive, disant qu'ils avaient des renseignements à prendre sur elle. Sans faire aucune opposition, elle s'éloigna avec eux en direction du "Magny".

   A 2 heures du matin plusieurs détonations ont été entendues par MM. GODIN et GANGIN, tous deux domiciliés rue de Brest, non loin du lieu où fut découvert le corps vers 6 heures du matin. La mort avait été immédiate et plusieurs douilles de calibre 9mm ainsi qu'une douille de 12mm furent découvertes à proximité.

 

CONCLUSION

 

Malgré d'actives recherches il n'a pas été possible d'identifier les agresseurs, le meurtre n'a pas eu de témoin et les parents de la victime n'ont pu donner qu'un très vague signalement, ce qui s'explique aisément en raison du réveil brutal qui leur a été fait en pleine nuit.

Madame BLASZCZYK passe pour avoir eu des relations avec les soldats des troupes d'occupation. Som mari est actuellement travailleur en Allemagne. Elle ne se livrait à aucun travail et vivait dans le ménage de sa sœur.

Tout fait nouveau de nature à orienter les recherches sera, le cas échént, l'objet d'un rapport complémentaire.

 

ETAT-CIVIL DE LA VICTIME

 

BLASZCZYK née ADAMSKA Gertrude le 6 juin 1919 à Viehwling (Allemagne) de Antoine et de ZOBCZAK Maria, sans profession, domiciliée à Montceau-les-Mines "Bois-du-Leu", mariée, sans enfant.

 

                     Le Commissaire de Police

 

 

 

 

 Appel aux lecteurs du bassin minier de Montceau : je recherche tout renseignement complémentaire sur cette affaire.

 

 

 

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29/11/2016
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