Bataille d'Autun - La 1ère Cie se bat où il n'était pas prévu...

 

 

 

 

Conseil au lecteur - lisez d'abord la page générale sur la bataille d'Autun en cliquant ici

 

 

 

Le texte qui suit est de compréhension difficile, car écrit au cœur d'un groupe au combat, il ne donne pas une vue d'ensemble de la bataille en cours. Lu et relu, ligne à ligne, en comparant à la chronologie détaillée établie par Michel Villard, on peut finalement reconstituer les évènements vécus par ce détachement de la 1ère compagnie du bataillon Mickiewicz. On comprend que celle-ci n'a pas participé à l'attaque de la ville par le régiment Valmy, le 8 septembre 1944 au petit-matin ; son itinéraire d'approche de la ville prévoyait de passer par Etang-sur-Arroux pour participer à sa libération. Mais les combats y faisaient rage, entre les groupes allemands en retraite qui continuaient d'arriver par Luzy et d'autres unités de la résistance, en particulier le maquis AS "Lucien" formé majoritairement de jeunes de l'endroit. La 1ère compagnie du bataillon Mickiewicz fut donc associée à ces combats, dans ce qu'on appelle parfois la bataille de Laizy, aux côtés des premiers éléments blindés de l'armée régulière qui arrivaient enfin. Si l'on en croit ce récit, elle n'entra dans Autun qu'à la fin des opérations, probablement seulement le 10 septembre, après l'écrasement de la "colonne Bauer".

 

 

Autun - approche B.jpgL'approche d'Autun par les trois compagnies du bataillon Mickiewicz

(selon le récit de Bargiel in Nasz Batalion)

 

 

La bataille de Laizy 

Combats de la première compagnie du bataillon Mickiewicz

 

Vers Etang-sur-Arroux, par la-Chapelle-sous-Uchon, Mesvres

 

Sur l’ordre du commandant du bataillon (= Mieczyslaw Bargiel), nous sommes partis pour dresser un barrage un kilomètre avant Etang. Le chemin pour y aller a été très difficile, depuis la Chapelle (= la Chapelle-sous-Uchon) jusqu'à Mesvres, car il y avait là quarante camions de boches, avec des mortiers.

Ils nous ont aperçus et ont commencé à tirer sur la route que nous devions traverser. Le sous-lieutenant BABSKI, commandant de notre détachement de la première compagnie, a ordonné à ses soldats de se cacher dans un fossé, en laissant deux hommes pour surveiller ; et lui, commandant du détachement, accompagné de deux soldats, il a traversé en vitesse la route pour voir d’où tirait l’ennemi. Avec ses jumelles, il a vu un grand nombre de soldats, et, après les avoirs bien observés, il a constaté que ce n’était pas des allemands, mais des maquisards français, appartenant à un autre bataillon qui venait de la Chapelle. BABSKI est alors allé voir le commandant de ce bataillon pour établir le contact et savoir ce qu’ils envisageaient de faire et où étaient les allemands, car on nous tirait toujours fortement dessus et nous ne savions pas depuis où.

Babski apprit ainsi que ce bataillon français voulait attaquer (Mesvres) à la tombée de la nuit. Après avoir parlé aux Français, il est revenu vers nos positions, en laissant deux agents de liaison tous les cinq cents mètres. Il a séparé les trois groupes qui formaient le détachement et, profitant des moments où le feu ennemi cessait, il a fait traverser la route à tout le monde. Nous avons donc pu avancer plus loin ; avec les allemands qui occupaient Mesvres, soit à deux kilomètres de nous, nous avons ainsi dépassé la Chapelle, en laissant le bataillon français sur place.

Notre détachement, toujours commandé par le sous-lieutenant BABSKI, s'est alors dirigé vers Mesvres, là où il y avait des Allemands. Sur la route, on rencontrait beaucoup de civils, dont les maisons avaient été incendiées par les Allemands. Ces gens nous ont bombardés de questions pour savoir où nous allions. Nous leur avons demandé si les allemands étaient nombreux en ville ; ils nous ont répondu qu’il y avait seulement 40 camions de boches et de nombreux véhicules à cheval. Nous avons alors obliqué en prenant la route de gauche, en direction d’Etang. Là, le rire nous a saisi, nous nous sommes regardés : sous un feu aussi violent des Allemands, nous avions tous réussi, pratiquement sans perte, à arriver sous leur nez, malgré les tirs des fusils mitrailleurs et des mortiers – c’était assez étonnant. J’en ris encore aujourd’hui et on se dit que les allemands ne sont pas si dangereux qu’on le dit.

 

En arrivant sur la route de Toulon-Etang,  nous avons encore trouvé des Allemands. On ne savait pas qui c’était, c'est seulement après que nous avons compris qu’ils avaient fui Mesvres, car ils pensaient qu’on était des renforts, venus rejoindre les Français de La Chapelle. Il faisait déjà nuit et ils pensaient qu’on était plus nombreux et ils avaient peur d’être encerclés. Nous avons commencé à dresser deux barrages : nous avons fait des tranchées sur la route principale, nous avons abattu sept chênes sur la route et, au petit matin, fatigués, nous sommes allés prendre un petit-déjeuner à la ferme la plus proche.

Après une marche de 5 heures, nous avons rejoint notre compagnie dirigée par le lieutenant PINIARSKI (ps. August). Malgré notre fatigue, le commandant a ordonné à la première compagnie d’aller sur Autun. Cela nous convient, nous partons sur Etang, nous arrivons à Etang dans la nuit du 6 (je dirais plutôt le 7 ?), nous nous reposons jusqu’à l’aube, fatigués et trempés jusqu’à l’os.

 

BABSKI Jan - PINIARSKI Wincenty.jpgJan Babski et Wincenty Piniarski "August", le chef de la 1ère Cie

 

La bataille

 

Le matin, notre compagnie obtient la liaison avec l’armée régulière de de Gaulle ou, plus précisément, avec une avant-garde où il n’y avait que trois chars (cela doit en réalité se situer le 8 septembre, alors que le bataillon Valmy vient de lancer l'attaque pour tenter d'investir Autun, action où sont engagés des 2ème et 3ème compagnies polonaises). Le capitaine des chars ordonne au commandant de la première compagnie, le lieutenant PINIARSKI d’aller directement à Laizy. Nous y allons ; les combats ont déjà commencé, les allemands se battent avec les maquisards français. Nous avons pris position aux côtés de nos collègues français et nous avons commencé notre travail préféré, à savoir tirer sur les boches. Les allemands résistent bien, se préparent à donner l’assaut à la baïonnette. N’ayant pas de baïonnettes, nous avons dû nous retirer, pour aller occuper des positions plus avantageuses et y attendre les renforts. Quelques minutes plus tard arrivent les trois chars dont j’ai parlé ; ils foncent au milieu des boches, en les écrasant sans pitié. Le commandant PINIARSKI donne alors l’ordre d’aller sur les boches. A  cet ordre de PINIARSKI, nous attaquons une nouvelle fois, protégés par les trois chars de l’armée régulière. Les allemands, surpris de tous les côtés, perdent la tête. Nous en profitons pour investir leurs positions, et notre première compagnie fait prisonnier 136 allemands, dont quelques officiers. Nous leur avons pris leurs armes et les munitions, au profit du bataillon Mickiewicz. Grâce aux manœuvres intelligentes des officiers de la première compagnie, nous n’avons perdu aucun homme.

 

Les cadavres allemands gisaient massivement par terre ; après quatre heures de combat, un détachement allemand de 2 500 hommes a ainsi été anéanti par nous et par nos camarades français. Nous avons remis nos prisonniers à l’armée régulière et nous sommes allés nous reposer. Endormis depuis une heure, nos gars ont été réveillés par des canons, qui tiraient à proximité. Le commandant de la première compagnie a donné l’alarme. Nos hommes étaient déjà prêts. Mais la nuit est tombée et le sous-lieutenant BABSKI a perdu la liaison avec le commandant de la compagnie. A la tête d’un petit groupe, issu de son détachement, il est allé vers l’endroit où l’on tirait. Il a rétabli la liaison avec les maquisards français et a pris position. Les obus volaient au-dessus de nos têtes, et nous avons appris qu’on devait affronter une colonne de 3 500 allemands (la colonne Bauer). Nous les avons tenus en respect jusqu’au matin, à Laizy, et le matin 18 chars sont venues. La veille, ces troupes avaient participé au combat d’Autun. Nous avons vécu la même chose que la veille. Les allemands ont été écrasés. Ils n’ont pas pu nous reprendre Autun que nous avions investi le matin, la colonne allemande a été totalement écrasée. Le  sous-lieutenant BABSKI a pris 16 soldats et 6 officiers. Suivant l’ordre d'un capitaine de l’armée régulière, il les a amenés à Autun et les a remis aux détachements français. Il a ensuite rejoint, avec ses hommes, le bataillon Mickiewicz.

 

Signé : Commission [illisible] du Bataillon

 

 

 

Autres articles sur le sujet :

 

- Ce qu'il faut savoir sur la bataille d'Autun - contexte :       cliquer ici

- le rapport du lieutenant Orlowski (2ème compagnie) :      cliquer ici

- le récit de Simon Bakowski, combattant de la 3ème Cie :  cliquer ici

 - une page de photos inédites ECPAD : cliquer ici

 

 

 

Source - Archives nationales polonaise, Varsovie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



07/04/2014
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