Léon Jarmuzek, mon grand-oncle...

 

 Le résistant qui croyait à la France Libre 

 mais qui ne l’aura jamais vue ! 

  

   Le premier article de cette rubrique nous est envoyé par

   Elodie Jarmuzek, petite-nièce de Léon Jarmuzek,  tué à 20 ans,

   le 4 septembre 1944, dans les combats pour la libération

   de Sennecey-le-Grand.

 

 

Léon, quatrième d’une fratrie de 5 enfants et deuxième garçon, est né à Lwówek, petite ville près de Poznañ située à l’ouest de la Pologne, à une centaine de kilomètres de la frontière allemande.

En 1930 la famille vint s’installer en France, à Montceau-les-Mines (71), une ville qui prospérait à l’époque pour ses ressources souterraines en charbon. Jean, son père, y travailla comme mineur, tandis que Maria, sa mère, s’occupait de ses 5 enfants, trois garçons et deux filles.

Ces quelques phrases pourraient être le début d’un roman historique traitant de l’entre-deux guerres et de la seconde guerre mondiale à travers un héros. Le héros de cette histoire est mon héros, c’est mon grand oncle : Léon Jarmuzek. Voici ce que je sais sur lui :

Léon avait 6 ans quand il est arrivé en France. Il s’est vite adapté à ce pays d’adoption, si bien qu’il maîtrisa très bien la langue française et était un brillant élève à l’école. Il obtint son certificat d’études très aisément. Il ne voulait pas s’arrêter là et continua ses études dans une école supérieure dans le but d’obtenir le baccalauréat de l'enseignement du second degré, qui était à l’époque destiné à des familles aisées. Cependant la famille n’était pas très riche et, la guerre débutant, Léon arrêta ses études à contrecœur.

 

Au début de l’année 1943, alors appelé au STO (Service de Travail Obligatoire), Léon, réfractaire à cette obligation, à cette France « collabo » s’enfuit de Montceau le jour où la milice française vint le chercher pour l’emmener de force.

Il alla se réfugier à Genouilly, dans la zone libre, où il devint apprenti tuilier chez Margot.

 

                                                                                          (cliquer sur la photo pour l'agrandir)

 

- Léon (2ème à G) avec ses copains de Genouilly, un dimanche à « la Roche » -

 

En juillet 1944, il rejoint la compagnie « Bretagne » du maquis de Saint-Gengoux-le-National, une section des FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) avec mon grand-père François.

Même s’il avait quitté Montceau et avait laissé sa famille, il gardait des liens étroits, surtout avec mon grand-père avec qui il a été toujours été très proche.

En 1944, les deux frères Jarmuzek, nouvellement entrés dans la Résistance française, voulaient croire à une France libre et la fin de la guerre.

 

Léon, très impliqué dans les maquis, participa à nombre de parachutages dans les alentours de Saint Gengoux (Santagny, Saint Maurice-des-Champs, etc.). C’était un jeune homme très courageux et qui était de tous les engagements tels que des accrochages, sabotages. Il faisait tout son possible pour mener la vie dure aux soldats allemands.

Voici quelques exemples de batailles auxquelles il a participé : le 2 juin 1944 à Le Martrat, le 11 août à Cluny, le 16 août aux Coulons, 25 août à Saint julien, etc.

Malheureusement, le 4 septembre 1944, la bataille de Sennecey-le-Grand fut son ultime bataille. Elle avait pour but de libérer la ville de Sennecey-le-Grand des griffes germaniques (voir Bataille de Sennecey).

 

Après une embuscade sur la route Nationale 6 à Sennecey-le-Grand, Léon décida de se replier sur le village de Nanton et prit la route de Laives. Au cours de ce repli, il fût blessé par une balle. Gravement blessé au rein, il arrête sa course et se fait prendre par les Allemands. On ne saura pas vraiment ce qu’ils lui ont fait avant de le tuer d’une balle dans la tête mais quand ses collègues son venus récupérer son corps, celui-ci était recouvert de contusions. Son corps fut porté dans l’église de Laives.

                                  (cliquer pour agrandir)

- Repas à la compagnie "Bretagne" -

 

Mon grand-père, alors replié dans le camp de base des maquis, était en train de manger, lorsqu’un ami de Léon vint le prévenir que celui-ci était gravement blessé et qu’il avait été pris par les Allemands. Il fut emmené à Laives où il découvrit le corps sans vie de son frère, allongé dans l’église.

Cette bataille permit à Sennecey d’être libérée et 8 mois plus tard, à la France entière d’être libre et au monde entier d’enfin connaître la capitulation de l’Allemagne : c’était l’Armistice, le  8 mai 1945.

Néanmoins, une semaine plus tard, à savoir le 15 mai 1945, ma famille célébra un évènement très important, qui alliait hommage à la bravoure de mon grand-oncle et l’espoir d’un avenir meilleur : la naissance de mon père Léon Jarmuzek.

Une explication s’impose : peu de temps avant cette ultime bataille du 4 septembre 1944, Léon apprit qu’il allait être oncle. Ma grand-mère était tombée enceinte à la mi-août.

Suite à la mort de son frère, mon grand-père quitta les maquis, trop troublé par la mort de Léon,  ne voulant pas laisser ma grand-mère veuve et un enfant orphelin. Cependant, il promit que s’il avait un fils il l’appellerait Léon.

 

Voilà ce que je sais de mon grand-oncle, que je n’aurai jamais connu mais dont je suis très fière, tout comme de mon grand-père, qui est mort il y a douze ans, j’avais alors 14 ans.

 

 

Cette fierté, malheureusement, je ne la ressens que maintenant.

Quand j’étais petite, mon grand-père adorait me raconter son histoire, celle de sa vie durant la guerre, ses souvenirs de Pologne, sa vie de mineur. Malheureusement, ça rentrait par une oreille et ça ressortait de l’autre. Je regrette maintenant de ne pas l’avoir écouté d’une oreille plus attentive, de ne pas avoir retranscrit par écrit ses histoires.

Mis à part mon grand-père qui était très bavard à ce sujet, le reste de ma famille, comme mon père, ne s’intéressait pas à cet épisode de l’histoire, comme si nos racines et la guerre étaient un mauvais rêve qu’il fallait vite oublier.

Je ne peux pas leur en vouloir, je pense qu’être enfant d’immigré n’a pas été facile. Surtout qu’ils ont vécu dans une cité minière, à majorité polonaise.

 

 

 

 

Je pense que quand mon père était jeune, il valait mieux mettre ses origines de côté et aller de l’avant sans regarder en arrière.

 

Toutefois, je suis agréablement étonnée qu’il ait pu me donner des détails sur les circonstances de la mort de son oncle, alors qu’il me disait ne rien savoir et avoir tout oublié.

 

J’ai appris récemment qu’à Genouilly mon grand oncle est encore gravé dans le mémoire des habitants, et reste une icône de la résistance.

Je n’ai jamais été autant fière de porter le nom de JARMUZEK.

 

 

 

 

Sur la mort de Léon Jarmuzek, voir le témoignage rapporté par Mme Fontaine - cliquer ici

 

 

 

 

 



28/02/2011
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