Polska zbrojna, nov. 1945 - interview de B. Maslankiewicz

 

Construction de la légende

 

Un maquisard polonais au bord de la Seine

 

 

 

 

Cet article est paru dans le numéro du 25 novembre 1945  du journal édité à Lodz, "la Pologne en armes" (Polska zbrojna), au lendemain de l'arrivée triomphale des maquisards FTP-MOI polonais à Varsovie - cliquer ici -(source Biblioteka Wojskowa-Varsovie).

Au fil de l'entretien avec Boleslaw Maslankiewicz apparaissent la plupart des éléments de la propagande de la résistance communiste polonaise de l'époque, avec en particulier cette incroyable prétention d'avoir été toute la Résistance ! 

Beaucoup des anecdotes qu'il cite concernent les FTP-MOI du bassin de Montceau...

 

 Voir la biographie de B. Maslankiewicz (cliquer)

 

Le commandant Maslankiewicz témoigne des luttes menées par les Polonais dans la résistance française.

 

 

DANS UNE CASERNE A PRAGA

Fatigués, après leur dur voyage depuis la France, les soldats du 19e bataillon se reposent dans une caserne à Praga[1]. Le chef du bataillon, le commandant Maslankiewicz, et son état-major logent dans des conditions simples, comme de vrais soldats. Ils sont tous très heureux d’être rentrés en Pologne et touchés par l’accueil qu’ils ont reçu à la capitale. Pleins d’énergie, ils s’enthousiasment à la perspective de travailler. Ils attendent impatiemment les ordres et entre temps ils découvrent le pays, ils font des projets pour l’avenir, en se rappelant du temps du maquis et de la lutte dans les rangs du 201e régiment marocain.

Le commandant Maslankiewicz évoque souvent ses souvenirs de combat en Espagne, lorsqu’il était chef du bataillon Adam Mickiewicz[2]. Nous regardons des photographies de cette période, sa carte d’officier et d’autres précieux documents. Je lui demande pourquoi sur toutes les photographies il est sans lunettes alors qu’aujourd’hui il en porte une paire avec des lentilles épaisses. Le commandant Maslankiewicz pointe une cicatrice peu visible au coin de son œil gauche. « J’ai été blessé en Espagne, la balle est entrée tout près de l’œil et a légèrement touché le nerf optique. Jusqu'à ce jour, on n’a pas réussi à l’enlever. C’est précisément à cause de cette blessure que j’ai été obligé de me retirer du combat. Le commandant Jelen a alors pris ma place. Plus tard, au temps du maquis nous avons tous eu des pseudonymes : Jelen s’appelait « Tigre », le commandant Gerhard qui avait une petite taille - « Petit » et moi - « l'Aveugle ».

 

TROIS ORIENTATIONS

On accable le commandant de questions auxquelles il répond peu à peu, en contant l’histoire de la lutte des Polonais dans le maquis français :

« La société française se divisait en trois orientations principales. Il y avait donc la Résistance, les supporters de de Gaulle avec leur organisation A.S. (Armé Secrète) et les collaborateurs, partisans de Pétain. Peu à peu nous avons gagné la confiance des gens. La société s’est rendue compte que seule l’action armée pouvait s’avérer efficace dans la lutte contre l’occupant. A chaque crime allemand nous répondions par un acte de terreur. Pour chaque Polonais ou Français tué nous supprimions plusieurs Allemands. Ces premiers succès ont donné confiance dans la Résistance. Nous avons gagné de plus en plus de partisans car les gens voyaient que non seulement nous ne commettions pas de pillages mais que nous payions en liquide pour toutes nos réquisitions[3], que nous fournissions les biens nécessaires aux familles des victimes, que nous apportions de l’aide aux pauvres et que nous prenions soin des familles des membres du maquis.

Les armes, nous les reprenions aux Allemands. Au départ, nous avons utilisé des pistolets faits à partir de fusils de guerre auxquels nous avons coupé les crosses et les canons. Nous avons souvent volé des armes dans les cachettes de l’A.S. L’armée secrète avait des réserves d’armes car pendant longtemps elle a suivi la consigne de « veiller l’arme au pied ». Le lieutenant Nowak, le voilà-ici, nous fournissait en argent. Ce disant, le commandant Maslankiewicz montre le visage souriant d’un officier assis à côté de lui, qui ne ressemble pas du tout à cette vraie terreur des caisses allemandes, alors qu'il était le meilleur spécialiste de ce genre d'expédition en France[4].

 

D’ELEGANTES MAQUISARDES

Nous avons souvent exécuté des traitres, ce qui nous a rendu populaires aux yeux de toute la société française. Des femmes exceptionnelles nous aidaient. Une dame habillée de manière élégante marchait d’habitude à côté de l’exécuteur et, au moment décisif, elle lui passait son arme. Elle la reprenait aussitôt, et elle disparaissait en profitant du désordre. La femme de mon adjoint, le lieutenant Czekala qui est présent ici, exerçait souvent cette fonction. Le docteur Astman était médecin de la Résistance, ce disant le commandant Maslankiewicz montre un capitaine couché sur un lit à cause d’une grippe, la première attrapée depuis des années. Dans le sous-sol d’une école parisienne, il avait aménagé un excellent hôpital pour les maquisards blessés. Le docteur Astman - qui avant la guerre était un skieur connu de Przemysl – se rendait lui-même auprès des blessés et les soignait sur place.

 

LA TERREUR DES ALLEMANDS

Au début nous formions des groupes de 10 personnes (8 personnes, un commandant et son adjoint politique). Ensuite nous avons créé un vrai front : on a creusé des tranchées et gagné le contrôle de quasiment toute la province. La police française avait peur de nous. Une fois, j’ai été arrêté par la police dans la rue. J’ai sauvé ma peau en déclarant que j’étais membre du maquis et que la rue était pleine de maquisards. D’ailleurs vers la fin, les policiers ont rejoint en masse les rangs de nos divisions.

Une nuit, nous sommes arrivés chez un paysan pour lui demander de nous héberger. Sa femme avait l'air terrifiée et se comportait de manière si bizarre que nous nous sommes mis à l’observer. Par la suite nous avons appris qu’elle cachait deux parachutistes anglais. Effrayée, elle nous a conduits à eux. Voyant que nous causions en amis, elle est devenue dès lors notre meilleure protectrice. Elle nous a ensuite aidés plusieurs fois.

 

PREMIERES ACTIONS

Notre première action a eu lieu dans les environs de Montceau-les-Mines. Nous avons fait sauter plusieurs trains transportant des militaires. Ensuite nous avons fait sauter des ponts, des mines et des pylônes électriques. Pour l’action à la mine d’Autun nous sommes partis avec une voiture, empruntée à un collaborateur. La voiture étant tombée en panne, nous sommes imprudemment rentrés chez le propriétaire et lui avons demandé de la réparer. Puis nous avons enfermé tout le personnel de la mine dans une baraque afin qu’ils soient à l’abri des soupçons. Nous avons détruit les matériels si minutieusement que la presse a écrit que l’action avait été menée par des spécialistes exceptionnels – des ingénieurs. Nous avons jeté des charriots dans le tube de la cage, nous avons mis des barres de métal dans les machines. Quand nous les avons mises en route… il n’est resté que des débris.[5]

 

PENDANT LE TRAJET DE RETOUR

Je vais vous parler d’un événement qui illustre bien l'attitude de nos soldats. Quand, en revenant vers la Pologne, nous traversions la zone d’occupation américaine, notre train s’est arrêté près d’un camp polonais. Un tas de gens se sont réunis autour du train. Touchés par le malheureux sort de ces Polonais, qui restaient encore dans des camps, loin de la Pologne, les soldats se sont mis à distribuer des cigarettes, des bonbons et du chocolat qu’ils avaient reçus pour la route. Lorsque « les gens du camp » ont appris que nous rentrions en Pologne, certains d’entre eux ont commencé à faire de la propagande pour nous convaincre de ne pas aller en Pologne, en disant qu’on serait envoyés directement en Sibérie, que la Pologne était sous (une nouvelle) occupation, que le temps n’était pas encore venu etc… L’ambiance a tout de suite changé. Lorsque les soldats se sont rendus compte qu’ils avaient à faire non pas à de l’inconscience mais à une vraie propagande, ils ont tout simplement voulu frapper les provocateurs et c’est uniquement grâce à mon intervention personnelle que le charivari s’est calmé.

Nous savons très bien que notre arrivée a été précédée par une rumeur disant que nous avions du lutter contre l’Armée Rouge, qui aurait voulu nous désarmer etc. Je veux donc affirmer que c’est justement de la part des divisions de l’Armée Rouge stationnant en Allemagne que nous avons reçu le maximum d’aide et qu’ils nous ont même fourni de la nourriture, alors que là bas on n'en trouve pas facilement.

Nous sommes à la disposition du Gouvernement d’Unité Nationale afin de nous battre pour les idéaux démocratiques, ceux-là mêmes pour lesquels nous avons déjà lutté pendant tant d’années dans des pays étrangers, conclut le commandant Maslankiewicz.

Conversation mené par T. Urniaz.



[1] Praga : quartier de Varsovie, localisé sur la rive droite dela Vistule.

[2] Plutôt commissaire politique…

[3] En réponse à l'accusation courante que les maquis FTP, particulièrement polonais, s'étaient livrés à beaucoup de rapines dans les campagnes…

[4] Il s'agit de Julien Nowak, de Montceau-les-Mines, officier du maquis polonais de S&L, en charge de la compagnie de ravitaillement. Il est ensuite devenu commandant du bataillon Mickiewicz, puis commandant de la 5ème compagnie du 19ème GIP (voir sa photo cliquer ici).

[5] Récit d'une action contre la mine de schistes bitumineux des Télots ; l'affaire nous est inconnue…



09/04/2012
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