Michal Kokot, de la mine à la pêche en mer...

 

La vie surprenante de Michal Kokot

 

 

 

 

 

 Cette page n'est pas destinée à présenter un leader du combat résistant, mais plutôt à mettre la lumière sur un homme de la base, dont le trajet de vie est cependant particulièrement intéressant. Chacune de ses étapes correspond au vécu de milliers de Polonais, mais notre personnage a ceci de remarquable qu'il a enchainé sans cesse de nouveau défis, faisant preuve d'un courage et d'une opiniâtreté rares, jusqu'à conduire toute sa famille en Pologne, dans un cadre bien inattendu…

 

 

On connaît la trame grâce au texte de la biographie qu'il remit aux autorités communistes polonaises en 1952…

 

"Je soussigné, Michał Kokot, suis née le 8 septembre 1894 à Krotoszyn, powiat de Krotoszyn, voïvodie de Poznań, de  Marcin et de Marianna Giesełka. Mon père était ouvrier. J’ai commencé ma scolarité à
six ans. (…) En 1909, j’ai participé à une grève à l’école pour revendiquer le droit à l’enseignement en polonais. J’ai commencé mon apprentissage chez un maréchal-ferrant en 1909. Maltraité par mon patron allemand, je l’ai quitté pour rejoindre mon frère en Allemagne. La même année, j’ai commencé à travailler comme mineur. En 1912, j’ai activement participé à une grève. J’ai été mobilisé en 1914. Prisonnier des Russes en 1916, j'ai été libéré en 1918.
En 1922, je suis parti en France où j’ai travaillé comme mineur jusqu’en 1944. J’ai été membre des FTP. En juin 1944, j’ai dû rejoindre le maquis. Après la fin des hostilités, en 1945, je suis rentré avec l’armée à Varsovie. Démobilisé, je me suis installé dans la commune de Wolin, à Wiselka. J’y ai travaillé comme pêcheur. Membre du Parti communiste français (PCF) en 1943".
  Signe : Kokot Michał

 

- La famille vers 1930 -

 

Précisons quelque peu : C'est le 3 février 1922 que Michal Kokot est embauché aux mines de Blanzy, au sein d'un groupe de 103 immigrés polonais arrivés ce jour-là ; il est affecté à la division du Magny. Le 30 juin 1924, il prend sa carte à la CGT.

Sa famille l'a rejoint rapidement et ils ont obtenu un logement dans la cité des Gautherets, commune de Saint-Vallier. Les enfants fréquentent l'école polono-française de la mine ; ce sont Zofia, née en 1922, Mieczyslaw (1923) et Wladislaw (1925). Ce dernier mourra quelques années plus tard…

La famille est classée "à gauche", certainement alors influencée par le parti socialiste polonais (P.P.S.) : le père fréquente la section polonaise de la CGT, père et mère participent aux activités de l'Université Ouvrière T.U.R ; les enfants sont inscrits aux "scouts rouges"...

Le temps de l'occupation allemande venu, Michal est reconnu comme militant de confiance car il entre en contact avec les premiers envoyés de la MOI venus de Paris ; c'est sous leur influence qu'il entre alors au parti communiste clandestin. Il met son appartement à leur disposition lors de leurs missions. Sa fille Zofia leur sert d'agent de liaison et son fils Mietek rejoint un des groupe de jeunes qu'ils organisent dans le bassin minier - voir l'histoire de la résistance FTP-MOI dans le bassin montcellien. La maison dissimule bientôt le duplicateur manuel qui sert à tirer les tracts et la maison Kokot devient centre du colportage…

  

Au lendemain du Débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, Michal Kokot rejoint le maquis polonais de Bargiel installé sur les contreforts d'Uchon ; rapidement, il y trouve une responsabilité précieuse en rapport avec son âge (il a 50 ans) : il devient cuisinier de sa compagnie. Après la Libération, il reste avec le bataillon lorsque celui-ci est intégré dans la 1ère Armée française et prend naturellement le poste de cuisinier en chef de la 5ème compagnie du 19ème GIP, qui regroupe les Montcelliens.

 

 

- Michal Kokot avec ses camarades de l'intendance -19ème GIP - 5ème Cie -

(Cliquer sur la photo pour agrandir - voir aussi la photo de groupe de la 5ème Cie )

 

Démobilisé à Varsovie en novembre 1945, il rentre un temps en France, mais bientôt toute la famille répond à la campagne de rapatriement qu'organise le gouvernement polonais. Alors que la plupart des hommes de sa génération qui ont fait le même choix reprennent en Pologne le métier de mineur, la famille Kokot est envoyée au Nord-Ouest de la Pologne, dans l'embouchure de l'Oder, sur l'ile de Wolin… où le mineur se transforme en marin pêcheur !

 

Le texte ci-dessous s'appuie sur un témoignage du fils, Mieczyslaw Kokot ; il est tiré d'un livre édité en 1991 par les autorités régionales de Szczecin  (Szczecinskie Towarzystwo Kultury, Wspomnienia  Mieszkancow Pomorza Zachodniego – T.I. w Sluzbie Polskiego Morza, Szczecin 1991).

 

"La base de pêche « Certy » se trouve au bord de la mer, dans la partie nord de l’île de Wolin. Elle est cachée dans la forêt de Woliński Parc Narodowy. Pour y accéder à partir de Wisełka, il faut parcourir
près de 2 km par une route forestière, sableuse, parmi les pins magnifiques. Une partie de la plage abrite la base de pêche « Certy ». On y aperçoit des bateaux de pêche de couleur jaune, avec inscription WIS et des chiffres. La plage sert de port aux pêcheurs de Wisełka. L’histoire de cette base commence en 1945, l’année où le père de Mieczysław Kokot est arrivé de France et s’y est installé. Il y a avait à l’époque des pêcheurs allemands – Gerhard Pump et Grull – qui pêchaient des poissons pour la WOP et la population locale. Le père de Mietek s’est joint à eux, bientôt suivi par son fils.

(…) Il s’y est installé définitivement ce qui lui a valu beaucoup d’ennuis. Ils avaient un bateau à rames allemand qu’ils ont baptisé fièrement Błyskawica [l'Eclair]. Tel était le début de la base de pêche polonaise et de l’activité de pêche à Wisełka. Né en 1923 en France, Mieczysław Kokot était mineur et il avait parfois pêcher dans la Loire. Ici, à Wisełka, en 1946, il ne savait pas qu’il allait écrire l’histoire de cette région. Et pourtant …

 

 

En 1950 – se souvient Mieczysław Kokot – les pêcheurs allemands ont été renvoyés en Allemagne. Nous sommes restés seuls et nous avons poursuivi la pêche jusqu’en 1952. Rentrés au petit matin, nous laissions notre Błyskawica sur la plage pour le reprendre l’après-midi et aller en mer installer les filets ou les hameçons pour pêcher l’anguille. Le bateau était poussé à la force des muscles, il fallait faire une quinzaine de mètres pour qu’il se retrouve dans l’eau. Il fallait ramer fort et en cadence, car c’était le seul moyen de propulsion de Błyskawica. Au printemps, on pêchait le sandre, le lavaret, la perche, la morue, entre 50 et 150 kg, et en automne s’y ajoutait le carrelet, entre 100 et 300 kg en une seule fois. Il y avait beaucoup de problèmes avec les poissons. L’activité n’était pas organisée. Il fallait livrer les poissons à un centre de collecte de Międzyzdroje. En vélo, en charrette, en voiture militaire ou civile. On ne pouvait pas gaspiller ces poissons précieux quand le pays en reconstruction réclamait des protéines animales.

En été on pêchait l’anguille. On installait en moyenne 2 mille hameçons par jour. Les résultats étaient variables : entre 30 et 100 kg d’anguille par jour. La transformation ne posait pas de problème : une
fois fumés, les poissons étaient vendus à Międzyzdroje, parfois à Świnoujście. C’était plus difficile avec les poissons à chair blanche, qui ne pouvaient restés sans glace même quelques heures".

 

La base de pêche va de développer avec la venue de nouveaux pêcheurs et la dotation de nouveaux bateaux, qui ne seront motorisés que vers 1970…

A partir de 1952, Michal Kokot arrêta les activités en mer et continua à travailler pour la base à terre… Il vécut ainsi ses dernières années dans un coin paradisiaque de Pologne, entouré de ses enfants et de leur famille. Il mourut à Wiselka en 1968…

 

 

 

Nota - Les photos couleur sont celles de la plage de Wiselka aujourd'hui (de Google-Images).

 

Grand merci à Daniela, la petite fille de Michal Kokot, qui nous a donné accès aux documents jalonnant sa vie...

 



10/12/2012
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