ZWIAZKOWIEC, journal MOI de septembre 1943

 

 

La Main d'Oeuvre  Immigrée (MOI) est d'abord un mouvement politique, dans la galaxie de l'Internationale communiste. Sa section polonaise vise à étendre son influence sur la totalité de la communauté polonaise de France, et à y supplanter les associations d'inspiration catholique ou nationaliste. L'action résistante des FTP-MOI est seulement une branche de ses activités ; la MOI s'efforce parallèlement de bâtir des associations de jeunes et de femmes, concurrençant l'influence qu'avaient avant guerre la jeunesse catholique du SMP et les Scouts ainsi que les Femmes du Rosaire, dont les activités sont devenues clandestines. Sur les lieux de travail, à l'égal des communistes français, elle cherche à faire apparaître une CGT clandestine, espérant par là briser l'influence historique du PPS (parti socialiste polonais).

Chacun de ces terrains va progressivement voir se mettre en place une presse dédiée dont les titres les plus connus sont Zwiazkowiec (le Syndicaliste), Glos Kobiet (la  Voix des Femmes) et Grunwald (pour les jeunes).

Bien entendu, les groupes locaux n'ont en général pas la force de disposer de leur propre édition, aussi c'est la section nationale qui va rédiger ces titres et diffuser les stencils dans les différentes colonies polonaises de France où la MOI cherche à se développer. Afin de donner à chaque titre une couleur locale et de crédibiliser son implantation, elle va inclure des nouvelles régionales signalées par ses correspondants.

C'est à ce titre que les mineurs de Montceau vont bénéficier d'un privilège rare, signe probablement de la priorité dont ils jouissent à ce moment-là au sein du mouvement : ils vont bénéficier d'une édition spéciale de Zwiazkowiec, toute entière consacrée à leur bassin. Ce numéro, dont vous trouverez la reproduction et la traduction ci-dessous, porte le numéro 5 de septembre 1943. Cela ne signifie pas qu'il y en eut quatre autres du même type, comme je l'ai cru d'abord, car les numéros précédents de Zwiazkowiec n'avaient rien de montcellien et étaient de toute évidence des numéros nationaux.

 

Remarque : seul le recto original vous est présenté ci-dessous, le verso étant de qualité insuffisante (source BNF). Cliquer sur chaque page pour agrandir et faciliter la lecture.

 

 

Traduction

 

 

  

 

 

Commentaires

 

  • De façon générale on note la ligne défendue : il faut réinvestir les sections polonaises de la
    CGT ; pour les revendications (uniquement matérielles), préparons la grève. Effectivement, c'est le mois suivant qu'éclatera une grève mémorable, où les Polonais furent particulièrement remarqués. Ce tract en aura certainement été un élément préparatoire… Contre les Allemands, la lutte économique passe par le sabotage.

 

  • 1ère page, sur la présence des mineurs Polonais dans la CGT et  l'assassinat de Marius Mathus (l'article semble être la traduction d'un texte français).

Avant la guerre, le puissant syndicat CGT des mineurs de Montceau était organisé par sections de quartier ; les Polonais, qui étaient nombreux à y adhérer, disposaient dans la plupart des quartiers d'une section polonaise, qui côtoyait la section française.

 

 

 Les étendards de deux sections polonaises de quartier

(Gautherets 1924, Rouvrat-Chagot 1932)

Source : syndicat CGT des mineurs de Montceau

 

Le syndicat était alors dirigé par Marius Mathus, militant socialiste. Depuis 1936 et la réunification avec la CGTU communiste (qui avait scissionné en 1921), le secrétaire adjoint était le communiste Antoine Tissier.
La plupart des sections polonaises étaient dirigées par des militants du parti socialiste polonais PPS.

Après la signature du pacte germano-soviétique et la dissolution des organisations communistes, l'Union départementale CGT et le syndicat des mineurs avaient exclu les membres qui suivaient le parti et refusaient de dénoncer le pacte (voir ce contexte dans l'article le Noël des aviateurs). A cette occasion, Mathus avait rédigé plusieurs articles tonitruants prenant la défense de la  Pologne dépecée entre Allemagne et URSS.

Pendant l'Occupation, Marius Mathus avait fait le choix de continuer à faire vivre le syndicat, afin de sauvegarder ce qui pouvait l'être de la défense des mineurs (un représentant des sections polonaises
continuait de siéger au bureau). Il s'était compromis directement en participant aux organismes de la
Charte du Travail, réglementation corporatiste des relations sociales, en appui au socialiste pacifiste et dirigeant de la CGT, René Belin, devenu ministre du travail du maréchal Pétain de 1940 à 1942.

Insulte suprême aux communistes, Mathus avait aussi convaincu le populaire Antoine Tissier de signer avec lui un "appel aux mineurs", soutenant la  Charte du Travail !

Détesté des communistes, Marius Mathus sera assassiné (on dira "exécuté par la Résistance") en juillet 1943 ; blessé de deux balles, le 3 juillet à 20h, il mourra à l'hôpital de Montceau le 9.

 

 

  • A la fin de la 2ème page,  l'article "Les malades ont le droit de se soigner" vise l'ingénieur divisionnaire de Darcy, André Olivier. Il sera lui aussi assassiné le 15 juillet 1944. Notre recherche en cours tend à prouver que ce fut par des FTP-MOI polonais (à suivre).


01/09/2012
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