Résistance polonaise en Saône-et-Loire

Résistance polonaise en Saône-et-Loire

Boleslaw Krupczak, étudiant mathématicien et convoyeur d'armes

 

 

 

Itinéraire de Boleslaw KRUPCZAK

 

 

 

Le nom d'un des hommes ayant livré ses premières mitraillettes à la POWN de Montceau m'avait été indiqué par Edmond Koclejda, le fils, aujourd'hui décédé, du tailleur Idzi Koclejda de la rue de la République. Il se nommait Boleslaw Krupczak et ils s'étaient croisés au lycée polonais de Villard-de-Lans ; je pus lui rendre visite, chez lui à Cracovie, en mars 2010, un an avant sa mort (le 12 avril 2011) ! Ce qu'il me livra était assez stupéfiant, un de ces trajets incroyables vécus par les Polonais durant ces années-là. Vous trouvez ci-dessous la retranscription partielle de notre entretien...

 

 

En chemin vers la France pour rejoindre l'armée polonaise

 

Boleslaw Krupczak (BK) : Je suis né en Pologne en 1923, près de Lwów, dans un village qui s’appelait Sokal - il se trouve maintenant en Ukraine - ; mes parents étaient enseignants (moi aussi, après, j’ai enseigné pendant 50 ans). Quand la guerre a commencé, une partie de la Pologne a été occupée par les Russes, à partir du 17 septembre 1939. Chez nous, c’était l’occupation russe. Nous avions à la maison un poste de radio - c'était bien sûr défendu, on ne pouvait pas avoir de radio - ; mais un jour, on a entendu le général Sikorski qui parlait depuis la France. Il était à Paris et il parlait aux Polonais, en Pologne. Il disait qu’il fallait venir le rejoindre en France parce que la guerre n'était pas finie et qu’on commençait à y créer une armée polonaise. Nous étions quatre amis, nous avions 16 ans, tous les quatre étudiants. En entendant cet appel, sans hésiter on est parti deux jours plus tard. Par le train d’abord, puis à pied, jusqu’en Roumanie. En Roumanie, on se dirigeait vers une ville appelée Czernowitz, mais on nous a arrêtés juste après la frontière, évidemment, et on nous a mis mois dans une prison.

Il y avait beaucoup de Polonais dans cette prison, arrêtés comme nous. Nous sommes passés en procès et on nous a emmenés dans un centre près de Bucarest, qui s’appelait Bisau. Comme nous étions des étrangers, on nous payait ! Probablement le gouvernement, mais je ne sais pas qui, en tout cas nous recevions 100 ley par jour. Nous logions chez des habitants. Ce n'était donc pas un camp, mais on devait se présenter régulièrement à la police, pour faire pointer une carte. Dans cet endroit, ville ou village je ne me rappelle pas, il y avait un restaurant polonais, une école polonaise… Un jour, on a entendu dire qu’on recrutait pour l’armée polonaise. On y est allé là, tous les quatre. Malheureusement pour moi, mes trois collègues, qui étaient d'un an plus âgés, ont été acceptés ; mais moi, on m’a dit : "Vous devez aller à l’école, car vous êtes trop jeune". Cela ne me convenait pas, alors j’ai écrit au consulat de Pologne à Czernowietz, là où on avait été en prison

 

Gérard Soufflet (GS) : Il y avait donc un Consulat Polonais ?

 

BK : Oui, il y avait un Consulat, c'était une dame qui venait souvent nous voir en prison ; elle apportait du ravitaillement. Comme l’armée ne voulait pas de moi, j’ai donc écrit à cette dame en lui expliquant la situation et j'ai joint mon passeport… ce n’était pas un passeport comme aujourd'hui, c’était une simple feuille. Une semaine plus tard, je recevais une lettre de Mme le Consul ; j’ouvre la lettre et je trouve le passeport avec une nouvelle date de naissance. Je n'étais plus né en 1923 mais le passeport indiquait 1922 ! Alors on m’a pris dans l’armée. Nous avons donc quitté la Roumanie ; ce pays n’était pas occupé par les Allemands mais il y avait la Gestapo partout. Tout ce que nous faisions était clandestin. Même le bureau de recrutement où on nous a donné des billets de train. On nous a envoyés en Grèce, au Pirée. Le voyage a été très difficile. On est arrivé au Pirée, où on a été logés dans un hôtel. Il y avait beaucoup de Polonais, partout, qui attendaient. Un jour, un bateau est arrivé, le "Pulaski". On y a d'abord dormi, puis le bateau est parti par la Méditerranée, jusqu’à Marseille. A Marseille, on nous a mis dans des casernes françaises. On avait à manger, à boire…

GS : C’était à quelles dates tout ça :

BK : Nous sommes descendus à Marseille le 1er décembre 1939 ; nous étions partis de Pologne le 13 octobre. A Marseille, on est resté deux jours dans une caserne puis, on nous a mis dans des camions et on nous a emmenés à Coëtquidan. On a traversé toute la France! A Coëtquidan, c’était déjà l’armée Polonaise qui était installée. La situation politique était telle que les Allemands venaient d’occuper la Norvège. En créant l’armée polonaise, on avait créé aussi un commando pour aller en Norvège. Il y avait toujours beaucoup de Polonais, mais nous, nous étions toujours restés tous les quatre. On était quatre en prison, à Bisau ; on est resté tous les quatre dans l'armée polonaise.

 

 

De Coëtquidan à Narwik

 

GS : Comment s'appelaient-ils vos copains ?

BK : Ils sont morts. C’était Dlugosz Romek, Tarnowski Stanislaw, Bajurny Jurek. Donc de Coëtquidan, on a été envoyé en Norvège… Au début, on était dans la 2ème division polonaise, ensuite, dans une autre unité qui s’appelait Brigada Strzelców Podlhalanski… une brigade de chasseurs alpins.

Mais ça a été compliqué pour moi de partir. Parce qu’encore une fois, j’étais trop jeune. Mes collègue ont été pris dans ce commando, mais à moi, on a dit : "Vous êtes trop jeune".

GS : Pourtant, vous aviez le faux passeport ?

BK : Oui, mais j’étais très faible, maigre… alors, je suis allé trouver un prêtre qui était militaire, un aumônier. Je lui ai raconté mon histoire, et il a promis de m'aider… Je ne sais pas ce qu'il a fait ; il a peut-être parlé au colonel, mais à la fin on m'a admis à la brigade. Et nous sommes partis de Brest.

 

 

 

C’était un grand bateau, le De Grasse, un bateau de passagers, pas un bateau militaire. Il emmenait 3000 "marines" français et la brigade Polonaise, et nous sommes partis vers la Norvège, on dormait dans le corridor. (…) On est descendu près de Narvik, de l’autre côté car Narvik est sur un fjord, et on nous a fait descendre de l’autre côté du fjord. On nous a emmenés dans les montagnes. C’était presque l'hiver encore, le début du mois de mai. On nous a amené de la nourriture, des boissons, tout ça. Il y avait une équipe qui nous ravitaillait. Mais l’autre côté de la montagne était occupé par les Allemands, et Narvik aussi ! Je me rappelle que c’étaient des montagnes, avec beaucoup de neige, le froid… et en bas de ces montagnes, il y avait un village qui s’appelait Ankenes, juste en face de Narvik.

Donc, nous étions quatre bataillons sur cette montagne. Chaque bataillon lançait des attaques contre les Allemands. Moi, j’étais dans le 2ème bataillon. Premier bataillon : attaque pas réussie, 3ème bataillon : attaque pas réussie, 4ème bataillon : attaque pas réussie. Enfin, c’était au tour du 2ème bataillon. On a attaqué, on a perdu beaucoup de copains mais on a rejeté les Allemands et on est descendu jusqu’à Ankenes. C’était un petit village de pêcheurs. Les maisons étaient vides et on nous a mis dans ces maisons pour nous reposer. On était à la fin du mois de mai (1940). De l’autre côté du fjord, il y avait l’armée française qui avait pris Narvik. (…) Mais alors, on nous a donné l’ordre de nous retirer de Norvège ! Nous avons marché jour et nuit, jusqu'à un petit port où il y avait de petits bateaux de pêcheurs ; là, on nous a embarqués et on est parti de Norvège.

 on a rejoint de grands bateaux, des torpilleurs anglais sur lesquels on nous a donné à manger ; mais en peu de temps, on s’est retrouvé sur un autre bateau, c’était un bateau Polonais qui s’appelait le Sobieski, sur lequel nous sommes rentrés de Norvège.

 (…)  On est arrivé à Glasgow en quelques jours, et après, on est revenu en France, à Brest.

Les Allemands avaient déjà attaqué l’armée Française, l’armée Polonaise, c’était déjà la défaite.

 

 

Errance jusqu'au lycée polonais de Villard-de-Lans

 

A Brest, nous avons débarqué nous quatre, et aussi d'autres copains ; nous étions 18. Dans le port, on a pris une voiture militaire. C’était notre chef qui nous avait donné cette voiture avec de l’essence. On devait quitter Brest et aller jusque dans les Pyrénées pour passer en Espagne. (…) Ceux qui devaient partir vers l’Espagne laissaient leur argent aux Polonais de France pour que ceux-ci puissent rentrer chez eux. Il y en avait beaucoup. Donc, on a donné tout notre argent à ces gens et on est parti avec cette voiture vers l’Espagne.

Le collègue qui conduisait la voiture était malheureusement le chauffeur de notre général. Il n’était donc pas habitué à conduire de gros véhicules… Et dans un village aux rues étroites, il a eu un accident, il a cassé le réservoir. Parce que notre camion avait deux réservoirs à droite et deux à gauche. Il a coupé les deux de gauche. On est donc parti chercher des militaires pour trouver de l’essence parce qu’on en n'avait plus assez. On a finalement trouvé un camp militaire où le chef nous a donné des jerricanes. Le voyage a duré longtemps encore. Au départ de Brest, on avait déjà trouvé des Allemands qui étaient arrivés jusque là. Nous allions vers le midi mais les Allemands avançaient aussi vers le midi.

GS : Vous étiez en uniforme ?

BK : Oui, en uniforme de l’armée. Mais les Allemands ne nous ont pas remarqués, je ne sais pas pourquoi et on a pu passer. Nous sommes arrivés comme ça à Lourdes, où il y avait la Croix Rouge polonaise. On nous a mis dans un hôtel, où on est resté quelques jours. Un jour on nous a demandé de nous rassembler. On nous a mis dans un camion de l’armée française et on est parti. On est parti, nous ne savions pas où, seulement vers la frontière Espagnole…

 

Le groupe passe la frontière, réussit à se faire héberger quelque temps dans un village mais est rapidement refoulé vers la France. Les jeunes soldats sont alors emmenés au camp militaire de Caylus (Tarn-et-Garonne, au nord de Toulouse) où ils sont finalement démobilisés.

 

… On nous a payé la solde militaire, et on a été démobilisé par les Français (j'ai toujours gardé le papier) ; c'était fin octobre 1940.

Dans ce camp il y avait des Français, des Polonais dont nous, les 18 qui venions de Brest, et beaucoup d'autres qui étaient là avant.

 

Un jour, dans le camp, on a rencontré un prêtre, un aumônier militaire Polonais. Il s'appelait Sadowski et il était lieutenant ; il nous a dit qu’il pourrait nous transférer à Villard-de-Lans (*). Il a fait les démarches auprès du Commandant Legrand. Il a préparé les billets, l’argent et il nous a envoyés en train à Grenoble puis à Villard-de-Lans. Enfin nous quatre seulement car nous étions les plus jeunes.

Donc les quatre copains de Sokal se retrouvent à Villard-de-Lans, dont le lycée polonais venait de s'ouvrir. C’était le début du lycée Cyprian Norwid.

On y a rencontré quatre autres garçons de Sokal, qui étaient avec nous au "gymnase" (= collège), en Pologne. Pour nous répartir dans les classes, on nous a fait passer un examen de math. Mes collègues ont triché. Moi, je n’ai pas triché. Alors, on m’a envoyé en 4ème classe et les autres, ils ont été mis dans la 1ere classe du lycée. Il y avait 4 classes de gymnase puis le lycée. On étudiait.

L’école était financée par Londres ; il y avait quelques garçons plus âgés que nous qui partaient de temps en temps en Suisse parce que l’argent venait de Suisse. Londres envoyait de l’argent en Suisse…

On avait aussi un champ que la direction louait. On plantait des pommes de terre. Villard-de-Lans était sous l’occupation italienne, mais ils ne s’occupaient pas de nous.

Je suis donc resté à l’école, 4ème, 1ère lycée, 2ème lycée, bac.

Je suis resté trois ans ; c'était un enseignement totalement en Polonais, mais avec beaucoup de langue française, c’est là qu’on a commencé à apprendre le français.

Il y avait des Polonais de France, des Polonais de Pologne… Il y avait des professeurs polonais mondialement connus : le professeur Zaleski a été le premier directeur ; il écrivait des poésies en français et en polonais. Il était renommé comme professeur à la Sorbonne avant la guerre. Et il y en avait un autre, le professeur Godlewski qui était historien, professeur d'histoire du Moyen-Âge à l'université de Lille, avant la guerre.

GS : Vous avez eu le bac en quelle année ?

BK : En 1943.

 

 

Résistance

 

Et juste après le bac, alors que nous étions encore à Villard, deux messieurs sont venus de Lyon. Ils nous ont raconté l’histoire de la Résistance et tout ça. Ils nous ont proposé de rentrer dans la Résistance (ce n’était pas la résistance communiste, c’était la résistance de Londres) … et on est devenu des Résistants.

GS : Tous les élèves ?

BK : Non, nous quatre ! Les autres, on n'en ne savait rien parce que c’était tout clandestin... Mais nous quatre; on était ensemble pour faire le serment et tout ça… Combien ont fait la même chose ? on ne savait pas. C'était en septembre 1943.

Nous avons alors quitté Villard-de-Lans et nous sommes allés à Lyon pour étudier à l’université ; il y avait évidemment des Français, beaucoup de Polonais, et des Alsaciens réfugiés, et des Belges.

GS : Ca consistait en quoi, votre Résistance ?

BK : La Résistance… A Lyon, j’étudiais les mathématiques et en même temps je travaillais dans l’imprimerie de la Résistance.

Elle était cachée rue St Jacques, à Lyon, au 6eme étage. C’était quelque chose comme un appartement. Je ne me rappelle plus du numéro. Etant en France, un jour, j’ai cherché et trouvé la rue St Jacques ; j’ai visité le bâtiment mais c’était devenu normal.

GS : Et dans cet appartement, vous étiez beaucoup à travailler ?

BK : Quatre, le chef de l’imprimerie, un monsieur plus âgé que nous, et nous trois. Nous trois, c’étaient moi, Rulka, et un collègue appelé Jarmula.

Habituellement, on imprimait les tracts en polonais. Nous faisions ça bénévolement bien sûr…

Avec Rulka et Jarmula, nous habitions ensemble dans un garni, rue Montgolfier. Ce bâtiment n’existe plus.

Un soir, un jeune homme est venu chez nous. Et il nous a dit que le lendemain, nous allions imprimer de la monnaie française. Le lendemain, on s’est retrouvé à l’imprimerie ; le jeune homme est arrivé avec un stock de papier, des clichés, tout ça, et il nous a montré comment faire. C’était des bank-notes de 5000 FRF. C’étaient des billets français, mais ils n’étaient pas faux parce que les clichés, le papier, (les encres) tout était vrai.

GS : Votre matériel d’imprimerie était donc un matériel professionnel.

BK : Oui, on avait deux ou trois machines qui pouvaient imprimer ça. Il y avait toujours un monsieur qui venait chez nous et qui prenait l’argent imprimé. Mais on n’a pas fait ça très longtemps. On a fait je ne sais pas combien de millions. Après, on a reçu l’ordre d’arrêter. Et on a recommencé à travailler normalement, en imprimant des tracts.

GS : Vous faisiez des journaux ou seulement des tracts ?

BK : Pas de journaux, seulement des tracts, en quantités énormes. Chaque jour, un monsieur venait, emballait ça dans une valise… je ne sais pas où ça allait.

(…) On mangeait sur place ; il n’y avait pas de repos, rien. Parallèlement, j’étudiais les math à l’université.

 

Un passage à Clermont-Ferrant : BK évoque un autre épisode qu'il a du mal à situer dans la période : pendant quelque temps toute l'imprimerie, matériel et opérateurs a été transférée de Lyon à Clermont-Ferrand… Lui-même eut le temps de suivre à nouveau des cours à l'université de Strasbourg qui avait été déplacée là. Lors d'une rafle des Allemands parmi les étudiants, deux de ses amis furent arrêtés puis déportés : Hanka Kisiel et Roman Dlugosz (venu avec lui de Sokal et retrouvé à Clarmont).

 

Au retour à Lyon, … un jour, juste avant les vacances, l'administration a rassemblé les étudiants étrangers. Ils nous ont dit que nous allions partir en Allemagne, à Buchenwald pour "faire la pratique". Un train devait nous attendre à Lyon-Perrache deux jours plus tard. On ne savait pas de quoi il s’agissait. Ils nous ont distribué les billets de train pour aller à Buchenwald. Nous quatre, nous avons pris les billets et nous sommes partis à Lyon-Perrache pour voir ce qui se passait. Bien sûr, nous ne sommes pas partis.

 

 

Convoyage à Montceau-les-Mines

 

Pendant les vacances (d'été 1944), la Résistance nous a alors envoyés dans une petite ville, à 25 km de Lyon, qui s’appelait Villefranche. On nous a loué deux chambres et on nous a mis en contact avec un monsieur qui vivait avec sa famille, dans une belle maison. Un monsieur Polonais naturalisé Français, qui habitait Villefranche depuis longtemps. Il avait peut-être 40-45 ans. Je ne me rappelle plus comment il s'appelait. Je crois qu'à Villefranche, on pourrait retrouver la maison, la famille et tout ça. Ils avaient une camionnette, il était chauffeur. Pendant l’occupation, on ne pouvait pas avoir d’essence facilement, alors c’était un véhicula à gazogène. Il s’occupait entre autres d’occultisme. Il avait des livres, il nous racontait pas mal de choses.

GS : Pendant toute cette période à Lyon, votre contact avec le mouvement de Résistance passait par qui ? Vous aviez une personne particulière qui vous donnait les consignes, par exemple pour partir à Villefranche ? Vous le contactiez comment ?

BK : C’était toujours le même jeune homme qui venait chez nous ; on l'appelait Jurek ou …. (?), je ne me rappelle pas bien. Mais on ne pouvait pas le contacter nous-mêmes.

GS : A Villefranche, qu’est-ce que vous faisiez ?

BK : Rien, on nous disait d’attendre. C’était peut-être en juin ou juillet 1944. Il faudrait retrouver les billets. J’ai toujours les billets. Mais pour retrouver ça, c’est difficile. (…) Ca a duré peut-être une ou deux semaines… on était au calme. Un jour le monsieur à la camionnette est venu chez nous et nous a dit : "Demain, nous partons à Montceau-les-Mines avec des armes". Donc, nous trois, on est devenu transporteurs d'armes !

Le jour dit, on est arrivé chez lui, à 6 heures du matin ; on était trois, Rulka, moi et Jarmula. La camionnette était prête. Il y avait des armes à l’intérieur ; je ne sais pas d’où elles provenaient. Elles étaient dans des caisses.

GS : Combien de caisses ?

BK : Je ne me rappelle pas. On était assis sur les caisses. Il nous a donné des mitraillettes pour protéger, an cas de difficultés le long de la route..

BK : Notre chauffeur choisissait toujours de petites routes, des routes rurales. Pas de route nationale, ni tout ça. Une fois, lors du deuxième voyage, on avançait sur une petite route, et en haut d'une côte, il y avait une église, une maison et, à côté, deux tanks avec les canons dirigés vers nous, des Allemands évidemment ! Le chauffeur a tourné en vitesse, il a trouvé une petite route dans les herbes et nous sommes partis par là. Mais ils ont tiré quand même, une fois. C’était sur la route de Montceau-les-Mines. Je ne me rappelle pas combien de temps a duré le voyage, mais ça a été long et on est arrivé le soir seulement. On nous a mis chez des Polonais pour manger et dormir ; le chauffeur est parti seul faire le déchargement. Et le lendemain, nous sommes repartis avec la camionnette.

GS : Vous n’avez donc connu personne, à Montceau les Mines. Vous y êtes retourné ensuite ??

BK : Personne, jamais…

C’était ainsi notre résistance, c’était bien organisé. Du début jusqu’à la fin, on ne connaissait personne sauf le monsieur qui venait chez nous à Lyon, le patron de l'imprimerie et le monsieur de Villefranche, avec sa camionnette.

On ne connaissait ni nom, ni prénom, rien.

GS : Celui qui a récupéré les armes, c’est donc le père d’Edmond Koclejda que j’ai rencontré et qui m’a donné votre nom ; vous l'avez peut-être côtoyé à Villard-de-Lans, mais il était plus jeune que vous. Je sais dans quel endroit les armes ont été déposée d'abord, dans un quartier de mineurs appelé "la Sablière", chez le grand-père d'Edmond.  Ensuite, son père les a emmenées depuis Montceau-les-Mines, jusqu’au village de Marigny où le groupe de Polonais était installé.

 

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(*) Villard-de-Lans : commune du département de l'Isère, sur le plateau du Vercors. Un lycée polonais y est fondé en octobre 1940 (lycée Cyprian Norwid), poursuivant l'activité de l'établissement du même nom de Paris. Il est destiné à accueillir les jeunes Polonais que la guerre a dispersés sur le sol français, leur offrant de poursuivre des études secondaires de qualité en cultivant l'idéal du patriotisme polonais. Lycée de résistance morale et militaire, il fournira durant toute l'occupation de nombreux combattants à la résistance polonaise, et aussi aux maquis français lorsque le Vercors sera attaqué par les Allemands en 1944.

Voir le site http://www.lycee-polonais.com/

 

 



06/04/2019
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