Résistance polonaise en Saône-et-Loire

Résistance polonaise en Saône-et-Loire

Edward ZBORALA - La Saule, la Wehrmacht, l'Armée Anders en Italie, une vie en Angleterre

Souvenirs de Edward Zborala,

 

Un destin polonais à travers l’Europe en guerre

 

 

 

 

ORIGINE DE CE TEXTE : A leur arrivée en France au début des années 20, deux familles polonaises, les Zborala et les Kierszkowski, étaient proches voisins dans le quartier de la Saule. Les pères, tous deux mineurs, avaient une commune passion pour la musique et jouaient ensemble dans la fanfare polonaise du bassin minier. Les enfants, d'âges voisins, garçons et filles, qui fréquentaient la même école polonaise et la même paroisse Sainte-Marie, étaient aussi très proches.

La guerre leur imposa des trajets différents, mais un lien ne cessa d'en unir certains ; ainsi Edward Zborala installé en Angleterre ne cessa de correspondre avec sa copine d'enfance Maria Kierszkowska. L'un et l'autre devaient mourir à peu d'intervalle, il y a une dizaine d'année...

Mais le lien ne se brisa pas pour autant, et Michael Burton, fils d'Edward Zborala, fit parvenir cette année à Jan Szmatula, fils de Maria Kierszkowska, les souvenirs que son père avait rédigés dans ses dernières années.

C'est ce texte que nous vous proposons ici (il paraîtra en deux fois).

 

Grand merci à Jan et Michael de l'avoir confié à respol71. 

 

 

 

Le texte d'Edward Zborala

 

Emigration

 

Mon père, Jan Zborala, m'a toujours dit que le nom Zborala provenait des Magyars de Hongrie.

Il était né le 24 octobre 1898 à Wolsztyn, dans la voïvodie de Poznan, alors occupée par l'Allemagne. Ma mère, Helena, dont le nom de jeune fille était Dolata, était née à Herne, en Westphalie, le 8 mai 1902. Après la Première guerre mondiale et l’Indépendance de la Pologne, le 11 novembre 1918, mon père a émigré en Allemagne pour travailler dans les mines de charbon de Herne. C’est là qu’il a fait la connaissance d’un collègue de travail, Jan Dolata (qui allait devenir mon grand-père). Souvent invité chez lui, il fut vite attiré par l'une de ses filles (Helena), qu’il épousa le 21 octobre 1921.

L'année suivante, le 30 juillet 1922, une fille leur est née, qu’ils ont appelée Helena elle-aussi. Dès qu’elle eut quelques mois, ils quittèrent l'Allemagne pour Bydgoszcz (en Pologne). Mon père y travailla quelques mois dans une usine de caoutchouc, puis lui et son beau-père ont décidé d'aller travailler en France à Montceau-les-Mines, où ils avaient un contrat de trois ans aux mines de Blanzy. Mon père prit rapidement la décision de rester à Montceau et d’y faire venir sa famille. C'est ce qu'ils firent en janvier 1924, et ils s'installèrent au n° 1 de la rue de Varsovie, à La Saule, commune de Montceau-les-Mines.

J’y suis né le 22 novembre 1924. Au terme de son contrat, mon grand-père a décidé de retourner auprès de sa famille en Pologne, ce qu'il fit en 1926. Ma sœur Irena est née le 14 janvier 1928 et Wanda le 25 février 1929.

En 1930, j'ai commencé l'école polonaise, où nous apprenions le Polonais et le Français. Je pense qu'en 1932, nous avons déménagé dans une autre maison, plus grande, au bout de la rue. La nouvelle adresse était le n° 1 de la rue Mickiewicz.

J'avais environ neuf ans lorsque mon père a commencé à m'apprendre la musique et à jouer de la trompette.

J'ai bientôt rejoint une fanfare de mineurs qui s’appelait le cercle musical Frédéric Chopin.

Fanfare Chopin003 légende

Jan Zborala dirige la fanfare, à sa gauche son voisin et ami Jan Kierszkowski.

Au premier rang son fils Edward et à sa droite Kazimierz Kajetanek,

qui le premier nous confia cette photo.

 

Ci-dessous photo de la baguette, conservée par Jan puis Edward Zborala

(envoi de Michael Burton)

 

 

J'avais environ onze ans lorsque j'ai rejoint le mouvement scout, le nom de la troupe était "Zawisza Czarny" (du nom d’un chevalier polonais du 15ème siècle). En 1935, j'ai eu encore un frère. Il est né le 29 août et s'appelait Jan. Bien sûr, comme c'était mon frère, je devais m'occuper de lui. Ma quatrième sœur, Bernadetta, est née le 9 septembre 1937. Quant à ma sœur ainée, Helena, elle a quitté l'école à l'âge de treize ans pour apprendre un métier, et bien sûr ce fut la couture. Au bout de deux ans, on lui a trouvé un emploi dans une usine de pantoufles et de chaussures légères, qui s’appelait l’usine Lacondemène.

Nous sortions souvent avec l'orchestre pour jouer dans différentes manifestations polonaises et je m'intéressais beaucoup au sport, en particulier à l'athlétisme, au football et au cyclisme. J'étais supporter de notre club sportif "Orion" ainsi que de l'équipe cycliste locale.

J'ai terminé l'école à l'âge de 14 ans, le 22 novembre 1938.

Quand la guerre est arrivée le 1er septembre 1939, j'étais toujours sans travail. A cette époque, nous allions régulièrement dans les vignobles pour les vendanges. Nous y avons eu de bons moments ! Mais le lundi 9 octobre, j'ai trouvé du travail et j'ai commencé à travailler au puits Plichon.

J'étais employé à la surface, comme trieur de charbon.

 

 

Les Allemands à Montceau, retour en Pologne

 

L'année suivante, en juin 1940, les armées allemandes sont entrées en France et ont pris notre ville et nos mines de charbon, sans aucune résistance. Les mines ont été fermées pendant une semaine car tous les cadres étaient partis pour échapper aux Allemands. Nous avons repris le travail environ une semaine plus tard, et tout a repris son cours, les Allemands ayant tout promis (de ne pas sévir).

Lorsque les Allemands se sont établis dans la ville, ils ont formé une « Kommandantur », une sorte de conseil dans la mairie, où chaque famille devait s'enregistrer. Bien sûr, ils voulaient savoir quand vous étiez arrivés en France et de quel pays. A la vue de nos origines, Herne en Allemagne et Poznan en Pologne alors occupée par l’Allemagne, ils nous ont fortement incités à y retourner, en Allemagne ou en Pologne, si nous le souhaitions. Nous, les enfants, nous avons compris nos parents lorsqu'ils ont dit « c'est une chance pour nous de retrouver toutes nos relations si nous retournons en Pologne ». Ma sœur Helena était très opposée à cette idée - nous savions pourquoi, c’est qu’elle avait un petit ami sympathique. Tout a été organisé par le bureau de la Kommandantur, et nous avons quitté la France en avril 1941 pour arriver à Bydgoszcz le samedi 3 mai, dans la maison de mes grands-parents que nous n'avions jamais rencontrés auparavant. Il y eut des larmes et de la joie. Nous avons été répartis entre nos relations, les uns chez l'oncle John (Jan, le frère de maman) et les autres chez tante Franie (la sœur de maman). Mon père, ma sœur aînée Helena et moi-même avons trouvé du travail dans l’usine où mon père travaillait avant de partir en France ; plus tard, mes sœurs Irena et Wanda y ont travaillé aussi (Après la guerre, on m'a dit que mes beaux-frères Bernard et Benedykt, les maris d'Irena et de Wanda, y travaillaient également, de même que mon frère Jan après avoir quitté l'armée). J'y ai travaillé pendant deux ans, apprenant le métier de charpentier.

 

 

Appelé dans la Wehmacht, envoi sur le front italien

 

En juin 1943, j'ai été appelé dans l'armée allemande à l'âge de 18 ans. Le recrutement a eu lieu à Wuppertal-Barmen en Westphalie. Mon bataillon était le 361 Ersatz Ausbildung Battalion (bataillon d’instruction). Pendant que j'étais dans l'armée, mon plus jeune frère Beniu est né le 20 août 1943.

Comme vous le voyez, mon père était né à Poznan sous le régime de l'occupation allemande, son épouse Helena en Allemagne également, à Herne, comme leur première fille Helena. Edward (c'est moi) naquit en 1924 en France, à Montceau-les-Mines, comme Irena, Wanda, Janek. Et Beniu vit le jour à Bydgoszcz.

J'ai terminé l’instruction militaire à Noël, et à la fin du mois de janvier 1944 nous avons été envoyés sur le front italien. Nous sommes arrivés le 2 février à un endroit appelé Cecina Marina sur la côte méditerranéenne, en face de l'île d'Elbe. Je faisais partie de la 272e division, du 992e régiment et du bataillon Berkman. Notre division a été déplacée d'une côte à l'autre car nous étions une division de ravitaillement. En mars, nous nous sommes arrêtés dans la péninsule de Pula, qui est aujourd'hui en Yougoslavie. C’est là que j'ai rejoint le groupe de danse du bataillon appelé Berkman Shpacen. Nous n'étions que deux Polonais, moi et le violoniste - il s'appelait Grygul et venait de Naklo, à 28 km de Bydgoszcz. Le groupe comptait 7 membres. Le chef du groupe était le sergent Horn qui jouait du piano, de l'accordéon, de trois saxophones, de deux trompettes et d'un violon. L'orchestre a du s’arrêter lorsque nous avons déménagé à la fin du mois d'avril 1944 au sud de la côte adriatique, à environ 4 km à l'intérieur des terres de Pescara, dans une ville appelée Chieti. C'est là que nous avons appris que le 18 mai, Monte Cassino avait été pris par la 8e armée britannique (bien sûr, ils ne nous ont pas dit alors que les Polonais avaient pris le monastère). Nous sommes ensuite repartis en remontant la côte adriatique vers le nord, quittant les villages et les villes de Pinneto - St. Benedetto - Giulianova - Rosseto - Loreto, le lieu saint, jusqu'à ce que nous nous arrêtions dans une vallée, près d'une rivière à sec, entre Lore et Castelfilardo, c'était au mois de juin 1944.

Lorsque ma sœur Helena s'est mariée le samedi 1er juillet 1944, j'étais stationné en dessous de la ville de Castelfilardo avec notre 3e groupe de mortiers. Nous étions deux Polonais, mon ami s'appelait Josef Kosater et venait de Starogard, dans la Pologne occupée.

 

 

Désertion pour rejoindre l’armée polonaise en Italie (armée Anders)

 

Ce jour-là, le 1er juillet, l'artillerie allemande a tiré quelques obus de l'autre côté de la ligne, mais ce n’était que des tracts, dont certains nous sont revenus avec le vent, et à notre grande surprise, ils étaient en polonais, disant aux soldats de la 8e armée de se rendre aux Allemands, et qu'ils seraient les bienvenus. C'est ainsi que nous avons su que nous nous battions contre des soldats polonais. Nous avons donc commencé à réfléchir à un moyen de nous échapper pour rejoindre ces Polonais. Jozef m'a dit qu'il était temps d'en finir avec les Allemands, mais il m'a prévenu de ne rien faire de stupide, d'attendre son signal. Ce signal est arrivé le lundi 3 juillet dans l'après-midi. Les forces polonaises ont commencé à attaquer et nous avons eu une chance pendant le bombardement de leur artillerie. Nous avions dû reculer  sur la colline en laissant nos mortiers en position ; nous avons essayé de nous abriter dans une maison. Il y avait des tas de gerbes dans le champ, car une partie du maïs avait déjà été coupée. Jozef et moi étions restés un peu en retrait et il me dit en polonais : « Je pense qu’on ferait bien de regarder, c'est peut-être notre chance », et ce fut le cas. Nous avions presque atteint la maison où notre sergent se trouvait avec les autres ; soudain, une nouvelle pluie de bombes est arrivée en sifflant. J'ai entendu le sergent appeler « Zborala, mets-toi à l'abri » et au même moment Jozef a crié « ne fais pas attention, saute dans le tas », ce que j'ai fait. Tout s'est passé très vite et il y avait beaucoup de fumée. Peu après, j'ai rampé jusqu'à la maison en contre-bas, à côté de laquelle se trouvait un abri. Je suis monté à l'intérieur et j'ai tâté mon corps - il était douloureux. J'ai attendu un peu plus longtemps, j'ai regardé autour de moi ; il y avait un tonneau de vin et beaucoup d'œufs. Quand tout est devenu calme, je me suis dit que je ferais mieux de sortir en rampant pour voir où était Jozef et ce qui s'était passé. J'ai rampé derrière la maison et j'ai crié « Jozef, Jozef ». Pas de réponse. Mon esprit s'est dit : « Il a dû se faire avoir quelque part ». J'ai crié encore une fois et, à mon grand soulagement, il a répondu et s'est assis dans l'étable. Nous avons rampé jusqu'à l'abri, nous avons mangé un œuf chacun et bu du vin. Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés là, peut-être une heure, puis nous avons entendu des voix polonaises. L'une d'elles disait : « Vous allez par ici, je vais par là ». Nous avons dit « Bonjour, nous sommes polonais ». Ils ont dit : « Eh bien, la guerre est finie pour vous ». Nous nous sommes tous accroupis derrière une monture, nous avons échangé des cigarettes et nous avons commencé à parler. Un sergent est arrivé et a dit, en polonais : « Pourquoi parlez-vous à ces Allemands - faites-les sortir d'ici ». Mais il a ajouté : « Bien joué, mais nous ne pouvons pas rester là ». Nous sommes donc allés sur une route secondaire où se trouvaient les blindés légers de transport (brenguns carriers). On nous a dit de monter à bord et nous sommes allés à Loreto. Le soir, nous étions au quartier général du bataillon polonais, à Loreto, en train de parler au commandant du 5e bataillon de la 3e division CARP, le colonel Pilate.

 

Topor-03 Italie

A la même époque, dans la même zone du front italien :

photo des Montcelliens du maquis POWN Topor, assis sur un même "carrier"

(source : photos de Czeslaw Tomkowiak)

 

Le lendemain, nous avons été rassemblés dans la cour, et bien sûr, la plus grande partie de notre compagnie allemande était là, avec son commandant, le lieutenant Pokojewski, originaire de Torun (Pologne). Après deux jours dans un camp de prisonniers de guerre britannique, un camion est arrivé avec deux officiers polonais et au volant, une femme polonaise du camp. Tous les soldats allemands d'origine polonaise (et les autres aussi) ont été interrogés. L'un des officiers polonais a demandé aux Polonais s'ils voulaient s'engager comme volontaires dans les forces polonaises ou bien rester dans le camp, probablement pour être emmenés plus tard en Angleterre. Tous les garçons polonais se sont avancés et nous avons été emmenés dans un camion vers un centre de recrutement polonais à San Dominico, près de Tarente.

J'ai rejoint ainsi les forces polonaises, le 22 juillet 1944, après avoir été avec les Allemands pendant un peu plus d'un an.

 

 

Combats en Italie

 

Le 1er août, j'ai contracté le typhus et j'ai été envoyé au 3e hôpital polonais près de Tarente où j'ai passé plus de deux mois. En octobre, j'ai été renvoyé à la 7e division pour poursuivre mon entraînement. Fin octobre, j'étais prêt à rejoindre l'unité de combat. Je me suis alors foulé le poignet en jouant au football et j'ai eu le poignet dans le plâtre pendant 10 jours. Finalement, j'ai été envoyé avec d'autres dans une unité sur le front le 21 novembre. Nous sommes partis vers le nord en train à bestiaux, en buvant du vin de Marsala. Nous sommes arrivés à notre nouvelle unité le 23 novembre 1944, le 5e bataillon de la division Carpe - curieusement, c'est ce 5e bataillon qui m'avait fait prisonnier à Castelfilardo. Sa 2e compagnie a été mon nouveau foyer. Nous avons été accueillis par le commandant, le lieutenant Gornicki, qui nous a dit qu'il avait besoin de nous parce qu'il avait perdu quelques soldats lors de la dernière action sur le Monte Colino.

Après environ 4 jours, nous nous sommes installés près de Brisighela, dans les montagnes des Apennins. Nous y avons effectué des patrouilles jusqu'au 21 décembre, puis nous avons été relevés par les troupes de la 5e division polonaise et nous sommes retournés vers le sud, toujours dans les montagnes, jusqu'à Santa Sofia pour un mois de repos. Il y avait beaucoup de neige et Noël, bien sûr, était blanc. Après deux semaines de loisirs, de danse et de boisson, nous avons commencé les manœuvres - toujours avec beaucoup de neige.

C'est là que j'ai rencontré mon bon ami Leon Antz et, bien sûr, le meilleur ami que j'ai connu à l'époque, Kazik Borysiewicz. À la fin du mois de janvier 1945, nous avions presque terminé les exercices et nous avons dû retourner au front pour remplacer la 5e division au début du mois de février. C'était presque le même endroit où nous avions été relevés avant Noël 1944. Nous y sommes restés jusqu'à la première semaine de mars, lorsque nous avons été remplacés par un régiment indien appelé Ghurkas. Cette fois, nous n'avons parcouru qu'une vingtaine de kilomètres jusqu'à une ville appelée Dovadola. C’est là que j’en ai terminé avec les fronts et que j'ai été affecté à St. Pierro-Bagno, dans une école de l'O.N.C. J'y suis resté jusqu'au 9 avril, puis j'ai déménagé vers le nord, à un endroit appelé Terra del Sole.

Lorsque la guerre s'est terminée le 8 mai 1945, j'étais encore en formation N.C.O. jusqu'au 21 mai.

 

 

La paix revenue, grandes vacances en Italie

 

Le 22 mai, ce fut le défilé final (la fin de l'école) devant le commandant de la division, le général Duch ! C'est là que j'ai été promu au grade de L/Cpl. Le lendemain 23 mai, je suis revenu à mon unité, la 2 Comp, à Monte-Fiore, près de Fermo. Le commandant de la compagnie, le lieutenant Moroz, nous a félicités et accueillis à notre retour dans l'unité, et j'ai été chargé du 4e groupe de la 2e section. J'avais maintenant onze soldats sous mon commandement, mais pas pour longtemps… Car à la fin du mois de mai, nous avons à nouveau déménagé à Rocca-san-Caciano, dans les montagnes. Là, d'autres soldats polonais sont venus rejoindre notre compagnie en provenance de l'armée allemande. La première section comptait un soldat du nom de Reinhold Laubach, un musicien qui jouait de l'accordéon. Vers la mi-juin, nous avons déménagé à nouveau à seulement 30 km de la route, dans un village appelé Premilcuore, où nous sommes restés environ une semaine. On m'a demandé d'accepter un poste de rédacteur dans la société H.Q., ce que j'ai fait. Au début du mois de juillet, nous avons de nouveau déménagé sur la côte adriatique, dans un village appelé Grottamare. J'y ai passé un été glorieux au soleil et à la mer. Un dimanche d'août, le sergent-major de ma compagnie m'a dit : « Zborala, tu as de la visite ». Il s'agissait de Piotr Kierszkowski, de La Saule à Montceau-Les-Mines [*], mon ami d'école et le meilleur ami de notre famille ! Il m'a informé que son frère Bernard faisait également partie de son unité. Bien sûr, le dimanche suivant, j'avais reçu une permission d'un jour pour rendre visite à mes amis dans leur unité, à environ 25 km de là, à un endroit appelé Civitanova Alta. C'est là que j'ai rencontré le frère de Piotr, Bernard. On m'a dit qu'il y avait d'autres amis d'école de Montceau, dans d'autres unités, c'était merveilleux. De nouveaux officiers sont arrivés dans notre compagnie, les lieutenants Holfeld et Klimas et le sous-lieutenant Grzywaczewski. Le lieutenant Holfeld a pris le commandement de la compagnie, mais je ne me souviens pas du mois. C'était à l'été 1945. En novembre, alors que j'avais presque 21 ans, nous avons déménagé à Monopoli, près de Bari, au sud de l'Adriatique. J'ai été promu caporal. Nous avons passé Noël à Monopoli sans neige et nous y sommes restés jusqu'en avril 1946. J'ai appris qu'il y avait deux autres musiciens dans notre bataillon. En avril, nous avons de nouveau traversé le pays pour nous rendre sur la côte méditerranéenne, près de Naples, dans un petit village appelé Cappodimonte. Un jour, nous avons reçu des visiteurs italiens qui jouaient du violon et de la trompette, ce qui m'a inspiré et j'ai discuté avec eux. Le lendemain, ils sont revenus, le trompettiste avait acheté deux trompettes, dont une pour moi, ce qui m'a coûté 200 gigs et 200 lires. J'ai donc parlé aux autres musiciens du bataillon et j'ai obtenu une autre trompette. Nous avons donc formé un groupe de danse avec R. Laubach - accordéon, L. Jantz - violon, K. Klakus - guitare et A. Lorenz - violon, et ma musique a recommencé. Le jour du deuxième anniversaire de la bataille de Monte Cassino, notre bataillon avait reçu l'ordre de former une compagnie de parade pour participer à la bénédiction du monument de la 3e division Carp. Division et du cimetière situé derrière le monastère de Monte Cassino, sur la colline 593, ainsi nommée pendant la bataille de Monte Cassino. J'ai été choisi pour le défilé et j'ai donc dû m'entraîner jusqu'à ce que nous soyons bons. La célébration a eu lieu le 18 mai, le jour de la prise du monastère. Elle était dirigée par notre évêque Gawlina.

 

GRABSKI Monte-Cassino-00

Même période, soldats polonais en visite à Monte Cassino

(ph de Jozef GRABSKI - Montceau-les-Mines)

 

En juin, nous avons déménagé de l'autre côté de Naples, dans un endroit appelé Resina, près de Pompéi. L'orchestre a été transféré au QG du bataillon, mais j'ai dû rester dans notre compagnie en tant qu'écrivain. Un batteur s'est joint à nous, le cpl Feliks Marszal. Nous avons joué presque tous les soirs au NAAFI et au N.C.O's club. Nous avons également célébré quelques mariages, trois officiers, le caporal Borczyk, le lieutenant Wesolowski et Grzywaczewski, un soldat à Resina et un autre qui a épousé une Italienne à Castel-Di-Sangro, à environ 80 km de Naples. J'ai visité Pompéi et une fois de plus Monte Cassino et Piedimonte où se s’étaient déroulées les plus grandes batailles.

 

[*] Les étranges retrouvailles - Piotr et Bernard Kierszkowski, les deux amis de la Saule, étaient restés en France alors que la famille Zborala regagnait la Pologne en 1941. Ils avaient appartenu à l’organisation de résistance POWN du bassin minier (rattachée au gouvernement de Londres) et à son maquis de Marigny. Après la libération de Montceau, ils s’étaient engagés dans l’armée polonaise et avaient rejoint l’armée Anders en Italie. Le récit de Czeslaw Tomkowiak (voir sa page sur ce site ICI) relate leurs combats et leur trajet, qui doit être proche de celui d’Edward Zborala, le montcellien déserteur de l’armée allemande !

 

 

Vers l’Angleterre...

 

Le QG avait reçu une lettre du gouvernement britannique, signée par le ministre des affaires étrangères de l'époque, Ernest Bevin. Tous les soldats du 2e Corps polonais [ce qu’on connaît sous le nom de l’Armée Anders], qui faisaient partie de la 8e Armée britannique, étaient invités à venir travailler en Grande-Bretagne et, bien sûr, à s'y installer s'ils le souhaitaient. Nous étions tous i m p a t i e n t s d 'aller dans un pays différent, après deux ans et demi passés en Italie, mais on nous avertit qu'il n'y aurait pas autant de soleil, plutôt de la pluie et du brouillard. Nous avons commencé à apprendre l'anglais mais nous ne sommes pas allés très loin parce que le soir nous parlions italien… et après neuf leçons nous avons terminé l'anglais. En septembre, nous avons quitté l'Italie ensoleillée pour l'Angleterre brumeuse. Nous avons embarqué sur le transporteur de troupes américain "Colorado Spring Victory", le lundi 23 septembre 1946.

Nous naviguons d’abord sur la mer Méditerranée, dont les eaux sont très calmes. Notre orchestre a joué sur le pont, mais seulement pendant deux jours. Lorsque nous avons passé le détroit de Gibraltar et que nous sommes arrivés en pleine mer, il est devenu impossible de jouer sur le pont car il était trop agité. Nous sommes arrivés à Liverpool le dimanche 29 septembre à 10 heures et sommes restés à bord jusqu'au lundi 30 septembre. Ce matin-là, nous avons quitté le bateau dans des bus à impériale pour nous rendre à la gare de Liverpool (c'est la première fois que je voyageais dans un bus à impériale.) Nous sommes arrivés à Halstead, dans l'Essex, le soir à 20 heures. J'ai goûté ma première bière anglaise, c'était de la Fremlins. Nous avons marché jusqu'au camp de Gosfield.

Mardi matin, notre premier jour au camp, c'était le 1er octobre. L'orchestre a été transféré à la 1ère compagnie et nous sommes restés dans la même cabane pour nous entraîner, bien sûr, et essayer de nous améliorer dans l'espoir d'avoir des engagements. Une fois, je suis allé ramasser des pommes de terre, je n'aimais pas trop ça, mais je touchais 5 shillings, ce qui était suffisant pour la bière. C’est ici, à Gosfield, que nous avons commencé à prendre des cours d'anglais et à utiliser les enregistrements du « téléphone lingua », ce qui nous a beaucoup aidés, surtout parce que nous essayions de nous faire des amis au sein de la communauté anglaise. Aller danser et rencontrer des filles anglaises nous a bien sûr beaucoup aidés à apprendre la langue. Notre groupe musical a commencé à jouer des danses sur le camp et aussi à l'Institut Braintree, Silver End et Halstead.

Pour mon premier Noël en Angleterre, je n'ai pas fait grand-chose, car je n'avais rencontré personne de vraiment sérieux. Nous avons donc dû rester au camp, mais la veille de Noël, nous avons dansé dans la salle CO-OP d'Halstead. Après Noël, au début de l'année 1947, nous avons commencé à jouer au Braintree Corn Exchange, qui était le club d'accueil des forces armées, tous les jeudis. Après avoir découvert qu'il y avait des soirées dansantes dans la salle des fêtes de Bocking, j'ai commencé à m'y rendre tous les mardis soirs au début du mois de février 1947. Il y avait un bon groupe qui jouait là et qui s'appelait Beryl Harringtons Band. À partir de ce moment-là, nous sommes sortis tous les mardis. Il y avait une jolie fille aux cheveux auburn qui m'a séduit, et j'ai bien sûr commencé à l'inviter à danser ; et c’était vraiment une bonne danseuse. Dès ce moment, elle est restée dans mon cœur. J'étais vraiment amoureux de cette fille, Jean Rene Newton, et je ne pouvais pas rester loin d'elle. En 1947, nous avons également commencé à jouer dans notre NAAFI à Gosfield ; bien sûr des filles venaient au camp, dont Jean. L'année 1947 commençait donc très bien, mais elle a été très froide jusqu'à la fin du mois de mars. Avec Jean, nous avons connu des hauts et des bas, mais nous sortions toujours ensemble... Et nous avons eu un été merveilleux.

Le camp de regroupement polonais à Gosfield se réduisait peu à peu, de nombreux soldats partaient travailler dans différents autres endroits. Le 9 octobre, j'ai commencé à travailler avec mon ami Leon Jantz sur le chantier des Deanery Gardens avec la société Mowlem Co Ltd. Nous logions à Faggot Yard avec M. Trentor, mais ça n’a pas duré longtemps... Début décembre, avec l'aide de mon amour Jean et de son amie Eunice Tiffen, nous avons déménagé chez Ted Tiffen, le frère d'Eunice, au "Mendips" High Garrett. Ce Noël 1947, Leon et moi l'avons passé avec la famille de Jean. Après Noël, début janvier, nous sommes allés au mariage de nos amis Felix Marszal et Molly Scilitoe, de White Colne. Cela m'a certainement donné une petite idée, et j'ai donc demandé à Jean de m'épouser. Bien sûr j'ai été très heureux de sa réponse positive, mais j'ai dû demander sa main à sa mère, qui était veuve.

Tout s'est bien passé et nous avons décidé de nous marier en été, pendant notre semaine de vacances ; ce sera fait le vendredi 30 juillet, jour de l'anniversaire de ma sœur Helena.

Après cette grande décision, j'ai pris celle de me faire démobiliser du P.R.C. Cela se passa le 13 février 1948, ce fut ma libération définitive de l'armée.

 

1948-07-30  Mariage - Copie

Mariage  - 30 juillet 1948

 

 

 

Médailles Zborala copie

La tableau des médailles d'Edward Zborala

(photos reçues de son fils)

 

 

 

Fin de la première partie (à suivre)



24/06/2024
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