Résistance polonaise en Saône-et-Loire

Résistance polonaise en Saône-et-Loire

La Sainte-Barbe 1934 : la présence syndicale polonaise face aux pressions policières.

 

 

Cet article est construit autour de longs rapports de police, adressés par le commissaire de Montceau-les-Mines au préfet de Saône-et-Loire. On les trouve sous la cote M274 aux archives départementales.

 

 

Rapport du 1er décembre 1934

 

Le commissaire rend compte de la préparation des manifestations ouvrières du 4 décembre, à l'occasion de la Sainte-Barbe, la patronne des mineurs : un traditionnel défilé syndical suivi d'une réunion publique à l'immeuble du syndicat des mineurs, rue Jean-Jaurès (ex rue de l'Est). On voit que les deux organisations concurrentes, la CGT "confédérale" (majoritaire) et la petite CGTU communiste ("unitaire") seront rassemblées et prendront la parole. En application de directives préfectorales, et sans doute gouvernementales, le leader polonais Edward Labedz - il était le chef des sections polonaises de la CGT "confédérée" - a été menacé d'expulsion s'il prenait la parole ! 

( Voir biographie de Labedz - ICI )

 

 

 

 

Rapport du 4 décembre 1934

 

Le jour-même des événements, le commissaire en rend compte en détail au préfet. La précision de ce rapport vaut de le publier en entier ci-dessous.

Le récit de la manifestation du matin  fait bien ressortir les particularités d'alors, manifestation unitaire des deux obédiences CGT et CGTU, importance des fanfares, bannières et drapeaux, présence d'une délégation de la Libre-Pensée, et surtout existence d'un cortège concurrent, celui des cadres de la Mine, conduits par leur propre musique (l'Harmonie des Mines) et se rendant à l'église.

 

On peut rapprocher ce texte du récit que nous a fait Casimir Kajetanek, à propos de la Sainte-Barbe 1938,  où il était membre de la fanfare polonaise Frederic Chopin - Lire ICI .

 

 

 

 

 

Lors du meeting du syndicat, on remarque la place que prend l'interdiction faite au représentant polonais de prendre la parole. Marius Mathus, pour la CGT, et Antoine Tissier, pour la CGTU, marquent leur opposition. Puis, à l'issue des discours en langue française, Mathus, pour tourner l'interdiction préfectorale, donne la parole à un Polonais naturalisé français. Astuce supplémentaire pour éviter des rétorsions de la direction des Mines, on découvrira que l'homme choisi n'est plus employé par la compagnie...  L'enquête immédiatement diligentée contre l'orateur, Stanislas Michalczak, révèle qu'il a été licencié de la Mine 3 mois plus tôt !

 

Voir ci-dessous le rapport adressé au préfet deux jours-plus tard (6 décembre)...

 

Autre fait notable, la présence en tant que représentant du secrétariat de la fédération CGT, de Kléber Legay, responsable qui allait devenir célèbre après un voyage en URSS (octobre 1936) et le récit implacable qu'il publia au retour sous le titre Un mineur français chez les Russes. La nature du régime soviétique et le sort réel réservé aux ouvriers étaient ainsi portés à la connaissance de tous, sous la plume d'un authentique dirigeant syndical de premier plan.

 

 

 

 

Conclusion - Ces rapports de police de 1934 sont révélateurs du contrôle tâtillon exercé sur la population polonaise et sur ses associations d'autant plus qu'elles pouvaient avoir un caractère social ou politique.

 

On ne sait ce qu'il advint du camarade Michalczak (peut-être un lecteur de respol71 est-il apparenté à sa famille ?) . On constate seulement que le syndicat CGT des mineurs de Marius Mathus ne cessa jamais de se préoccuper de sa composante polonaise. Un symbole marquant, que nous détaillerons dans un prochain article, sera l'embauche par le syndicat, le 1er janvier 1937, d'un permanent "technique", chargé de faciliter la participation des syndiqués polonais. Il se nommait Marius Jacek et allait marquer les années tragiques qui allaient venir... (à suivre)

 

 

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Un document, l'affiche apposée l'année précédente (1933) appelant à la célébration de la même fête de la Sainte-Barbe. Cette année-là l'orateur national de la fédération du sous-sol n'était pas Kléber Legay, mais René Bard ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 



02/09/2021
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