avril 2018 : Stefan Przygoda

 

 

De la cité des Quarts à Varsovie...

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- A droite, Stefan Przygoda, lors d'une cérémonie de Rhin-et-Danube Varsovie -

 

 

 

Le 11 avril 2018 est mort à Varsovie, à l'âge de 91 ans, Stefan Przygoda, ancien du maquis de Collonge-en-Charollais.

 

Nous avions fait connaissance, il y a presque 10 ans, et je garde le souvenir d'un homme extrêmement amical. Passée l'étrange impression de retrouver quelqu'un qui parlait avec les mêmes mots que moi, connaissait les mêmes lieux et avait côtoyé tant de ceux dont je cherchais à reconstituer l'histoire, il resta le copain que j'aimais à revoir trop rarement à Varsovie, ou bien dont les coups de fil venaient parfois me surprendre à Paris. Je garderai en mémoire cet après-midi passer chez lui autour de deux bouteilles de Montagny avec son copain de maquis Szcepan Bartosiak ; heureux comme des gamins, ils avaient repassé leurs souvenirs et même repris la chanson du camp Jean Pierson !

 

Stefan Przygoda est né le 25 mars 1927 près de Berlin où vivaient alors ses parents ; peu après sa naissance, la famille repart provisoirement vers la Pologne encore récemment indépendante, puis prend le chemin de la France. Il avait un an et demi quand ils arrivèrent en Saône-et-Loire ; le père était sous contrat des usines Schneider et la famille reçut un logement à la cité des Quarts qui venait d'être construite  à Saint-Laurent d'Andenay, à proximité de Montchanin.

 

C'est là que Stefan grandit avec ses deux frères aînés, Franciszek et Kazimierz,  au sein de la petite communauté polonaise dont il gardait quelques photos ; il participait au groupe de scouts de Montchanin…

 

 

- Les Polonais de Montchanin, le 3 mai 1936 -

 

 

L'occupation allemande venue, la cité des quarts se trouva être à proximité de la ligne de démarcation qui passait sur les hauteurs de Montchanin-le-Haut, la Galoche, Montsarin… Avec des copains Stefan aida souvent des inconnus qui aboutissaient là à traverser clandestinement la ligne, vers la zone non occupée.

 

Mais le temps de l'école et de l'enfance révolus, comme tous les garçons de son âge, il fut immédiatement embauché par Schneider et devint apprenti-mouleur à la fonderie Henri-Paul (1942). Il entra bientôt en contact avec un Polonais de Montceau-les-Mines, Jan Witucki, qui venait de se marier avec une jeune Polonaise de la cité des Quartz ; membre de la résistance communiste polonaise (la MOI) qui venait de s'implanter à Montceau, il cherchait à constituer un groupe à Montchanin. C'est en juin 1943 que Stefan Przygoda s'y joignit. Jan Witucki apportait des tracts à diffuser à l'usine et incitait les jeunes à tracer des inscriptions à la craie sur les murs. L'action la plus spectaculaire dont ils furent chargés fut de placer les pièces métalliques aux abords des fours Martin ; affolés les Allemands crurent d'abord qu'il s'agissait de bombes, ce qui provoqua un grand charivari dans les ateliers et ralentit ce jour-là la production.

 

C'est cependant l'année suivante, après le Débarquement en Normandie (6 juin 1944) que son engagement dans la résistance se précisa ; un petit groupe de copains polonais des Quarts rallia alors le maquis FTPF de Collonge. Parmi ses amis de cette période, il y avait donc Szczepan Bartosiak, Jan Leszek, Kazimierz Zmuda,  Kazimierz Szpryszynski. Certains avaient tenté de rejoindre le maquis gaulliste (AS) de Saint-Gengoux-le-National. Ainsi de K. Szpryszynski qui avait été arrêté le 3 avril 1944 par les gendarmes français et allait mourir en déportation..

 

Au maquis de Collonge, Stefan est placé dans le groupe des étrangers commandés par le capitaine "Baboin" ; il utilisa successivement deux pseudo "Chat" puis "Océan". Parmi les nombreuses actions de l'été 1944, il se souvenait d'avoir participé à plusieurs sabotages, son rôle se limitant alors à la protection de ceux qui opéraient. Il cite deux sabotages de voies de chemins de fer (voies Montchanin, Paray-le-Monial et Montchanin, Chalon-sur-Saône), trois sabotages d'écluses sur le canal du Centre, entre Montchanin et Montceau-les-Mines, deux plasticages de pylônes à haute tension près de Montchanin-le-Haut. Il participa également à la bataille de Saint-Micaud et à plusieurs autres combats.

 

 

- Jan Laszek et Stefan Przygoda posent au maquis de Collonge -

 

 

Début septembre, il s'engage au bataillon "Adam Mickiewicz", la grande unité polonaise des mineurs de Montceau, commandée par Mieczyslaw Bargiel "Roger" et par le capitaine Plonka, "le Type". Il participe à la bataille de Marmagne (5 septembre 1944) et à la libération d'Autun. Stefan Przygoda fait partie des maquisards FTP polonais de Saône-et-Loire qui restèrent groupés au sein du bataillon, lorsqu'il fut intégré à la 1ère armée française du général de Lattre de Tassigny, formant la 5ème compagnie du 19ème Groupement d'infanterie polonaise.

 

 

L'ordre général 1109, qui sert d'attestation aux soldats des 19ème et 29ème GIP (cliquer pour lire)

Stefan Przygoda, soldat du 19 Groupement d'Infanterie Polonaise (19e GIP)

  

Démobilisé à Varsovie en novembre 1945, il fut affecté aux troupes du ministère de la sûreté nationale et poursuivit durant huit années cette mission ingrate au sein de la police politique du nouveau régime. Il en sera finalement licencié lorsque les premières péripéties de la guerre froide vinrent secouer les relations polono-françaises et jeter le discrédit sur les Polonais arrivés de France (affaire du diplomate espion Robineau)…

 

Depuis lors, tout au long de sa vie familiale et professionnelle, Stefan Przygoda est resté fidèle au combat de sa jeunesse et a participé activement à l'association Rhin-et-Danube de Varsovie qui rassemble les anciens des 19ème et 29ème GIP rentrés en Pologne en novembre 1945.

 

 

Articles de ce site traitant d'épisodes de la vie de Stefan Przygoda :

Szczepan Bartosiak au Baronnet

Combat de Marmagne

Libération d'Autun

Histoire des GIP

 



17/04/2018
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