Roland PERRIN, un parisien tué au maquis Mickiewicz...

Avril 2018

 

Biographie de Roland Perrin

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Dans le bassin minier de Montceau, l'affaire du caviste Bolusset a marqué les esprits dans les semaines précédant la Libération. Elle a fait l'objet d'un des premiers articles de respol71, en 2011 - lien ici.

Résumé : Le 7 août 1944, une réquisition de vin par le maquis FTP-MOI polonais se termine en drame ; les Allemands étaient prévenus et attendaient les maquisards : deux jeunes sont tués, un Polonais de Montceau, Stanislaw Wolny, et un Français, Roland Perrin, parisien de surcroît, dont on se demanda toujours ce qu'il faisait avec le maquis polonais.

 

Une lectrice de respol71nous apporte enfin l'explication. Mme Gaudé, de Chalon-sur-Saône, est la nièce de Roland Perrin ! Immense remerciement à elle…

 

 

 

Itinéraire d'un jeune parisien : Paris, l'Allemagne, la Nièvre…

 

Roland Perrin est né le 9 août 1922 à la maternité de l'hôpital Esquirol à Saint-Maurice (département de la Seine). Ses parents habitent la commune voisine de Charenton-le-Pont, ville où il va passer son enfance, à proximité du bois de Vincennes et du 12ème arrondissement de Paris. A quatorze ans, le 1er février 1937, il est embauché comme ouvrier emballeur dans l'entreprise où travaille son père, un commerçant en gros de papèterie à l'enseigne de "la Maison du Papier Gommé", au 78 rue de Wattignies dans le 12ème arrondissement. Il gardera ce poste pendant cinq ans, jusqu'au 30 janvier 1942.

Il était bien sûr trop jeune pour avoir été mobilisé en 1939-1940. Cette année-là, il rencontra une jeune fille originaire de la Nièvre, Augustine Bernadat (qu'on appelait Simone). Ils trouvèrent un logement à Charenton-le Pont et s'y marièrent le 5 octobre 1940. On était dans les premiers mois de l'occupation allemande.

En 1941, Roland fait une formation technique à l'établissement de Fort-Girard à la Ville-au-Clerc (département du Loir-et-Cher) et reprend son travail au "Papier Gommé" en tant que mécanicien. Les mois passant, sans doutes bien ternes et avec des perspectives d'avenir sombres, le jeune couple prend une décision radicale et décide de partir travailler en Allemagne, comme l'y invitent les affiches de propagande.

Comme on l'a vu, Roland quitte alors son travail fin janvier 1942 et tous deux signent des contrats de travail, Simone pour six mois chez Siemens (contrat du 6 février 42, départ avec son passeport établi le 24 février)). Le trajet de Roland est moins documenté ; il a dû partir avec son épouse, car son passeport lui a été délivré le 20 février. Ils passent un certain temps ensemble à Berlin ; Simone en part à la fin de son contrat, Roland restant jusqu'à novembre 1943. Ses lettres à Simone, en provenance d'Allemagne durant l'année 1943, indiquent qu'il se retrouvera dans la région de Münich, employé dans une industrie du bois où travaillent également des prisonniers. Il y obtiendra son permis de conduire pour camions à gazogène. Il sera ensuite affecté dans le Haut-Palatinat près de la frontière tchèque.

Bénéficiant d'une permission, fin novembre 1943, il rentre en France et décide de ne pas repartir. Il se trouve dès lors en situation d'illégalité et le couple juge plus prudent de quitter la région parisienne ; ils partent alors dans la Nièvre pour se réfugier chez les parents de Simone. Ceux-ci résident dans la commune de Diennes-Aubigny, à quelques kilomètres de Cercy-la-Tour.  Le père de Simone travaille comme ouvrier agricole (charretier) à la ferme des Chaises, dépendance  d'un grand domaine.

 

Avec Simone, à la ferme des Chaises, dans la Nièvre...

 

 

 

Engagement au maquis FTP-MOI polonais

 

En juillet 1944, le maquis FTPF Valmy de Saône-et-Loire s'était réorganisé après avoir été dispersé par les Allemands peu après son rassemblement à Uchon, au lendemain du Débarquement. Devenu "régiment Valmy", il couvrait un large secteur de l'ouest du département et sa composition dépassait largement maintenant la population des mineurs de Montceau-les-Mines parmi lesquels il s'était formé. Il était organisé en trois bataillons, dont un bataillon polonais (qui en août allait devenir le bataillon "Adam Mickiewicz"). Celui-ci comportait en particulier un détachement soviétique, formé d'anciens soldats de l'Armée rouge, prisonniers des Allemands et évadés de camps de travail du Pas-de-Calais ou de Lorraine (1).

Ce détachement, renforcé des Polonais les plus combattifs, allait devenir une sorte de commando motorisé, chargé de missions aventureuses à distance des bases, au pied du massif d'Uchon. Sous le commandement en général du capitaine Théodore Plonka (biographie ici), à bord de quelques véhicules, voitures et camions, le détachement allait ainsi mener plusieurs actions dans la Nièvre (sabotage des mines de la Machine, actions à Moulins-Engilbert).

C'est probablement à l'occasion d'une de ces expéditions que Roland Perrin va rejoindre le commando polono-russe et donc se trouver enrôlé dans le maquis FTP-MOI polonais de Saône-et-Loire. La famille conserve un unique échange de courriers avec son épouse, quelques jours après ce ralliement. Il permet d'en fixer la date : aux environs du 26 juillet 1944, date correspondant au début des actions à Moulins-Engilbert.

Aucun élément ne renseigne sur les circonstances de ce ralliement ; on peut seulement supposer que la capacité de Roland à conduire des camions ait pu jouer un rôle, car il occupera immédiatement une fonction de chauffeur au sein du maquis. On sait aussi qu'il chargea un camarade du maquis, surnommé "Ramuntcho", d'aider son épouse à trouver un autre hébergement, rester chez ses parents semblant désormais potentiellement dangereux pour elle. Il se trouve qu'on a confirmation de la présence d'un "Ramuntcho" dans le maquis polonais, au sein du détachement de ravitaillement commandé par Julien Nowak '"Sûr", mais son identité est inconnue…

 

 

Brève présence au maquis.

 

Roland Perrin se distingua par une action d'éclat le 4 août 1944, quelques jours après être arrivé au cantonnement du maquis. Elle lui valut une citation à l'ordre du corps d'armée à titre posthume (datée du 5 janvier 1947), amenant l'attribution de la Croix de Guerre avec étoile de vermeil.

 

On y lit :               " … Conduisant un camion chargé de munitions destinées à un groupe de résistance, son camion fut attaqué par une patrouille allemande qui circulait sur la levée du canal du Centre, vers Montceau-les-Mines. Malgré les pneus crevés du camion, eut le courage et le sang-froid de passer à travers le feu et ainsi sauver les sept hommes qui l'accompagnaient, ainsi que les munitions (4/8/1944). Est mort le 7/8/1944 lors d'une mission de ravitaillement pour le Bataillon…"

 

 

 

 

 

Exagération sans doute de ce type de littérature, la notation suivante au registre de main courante du commissariat de Montceau-les-Mines (2) donne une autre version de cet épisode où Roland Perrin eut certainement le bon réflexe d'appuyer sur l'accélérateur de son camion.

"Ce jour à 17h30, une trentaine (?) d'individus armés arrivés en camion ont dérobé 100 litres d'essence au puits Saint-Amédée et 150 litres au puits Laugerette. Des coups de feu ont été échangés avec les G.M.R. Aucun blessé de part et d'autre"  

(Les G.M.R. étaient les Groupes Mobiles de Réserve, les ancêtres des C.R.S.)

 

Et le 7 août, ce fut la néfaste opération de réquisition de vin, où Roland Perrin conduisait encore la camionette.

 

 

 

 

  1. Voir le livre de Gérard Soufflet, Maquisards russes en Bourgogne, histoire du détachement Léningrad, 1943-1944, éditions de l'Armançon, 2016 - voir ici.
  2. ADSL 2547W7

 

 

  

Aujourd'hui, au cimetière du Bois-Roulot à Montceau

 



03/04/2018
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