Résistance POWN

Après le "Noël des aviateurs" voir article ici, la communauté polonaise vit les mêmes événements que le reste de la population. L'armée polonaise en France est emportée dans la débâcle de l'armée française. Nombreux sont les soldats qui ne rentrent pas car tués, prisonniers, internés en Suisse où une armée polonaise s'est réfugiée, ou bien encore embarqués pour poursuivre le combat en Angleterre, comme en a donné l'ordre le général Sikorski qui a transporté à Londres son gouvernement.  Nombreux sont les soldats polonais isolés ou en petits groupes qui cherchent à gagner le Sud de la France pour, de là, gagner l'Angleterre.

Or l'occupation allemande se traduit dès juillet 1940 par la mise en place de la ligne de démarcation, qui coupe le bassin minier des campagnes environnantes du Charollais et des coteaux de la Saône. Immédiatement Stanislaw Rychlik et ses amis du mouvement associatif mettent en place un réseau d'hébergement temporaire et de passage de la ligne, lié aux filières polonaises vers l'Espagne. Il utilise les itinéraires du Mont-Saint-Vincent (village perché à 8 km au Sud-Est de Montceau) et du Baronnet (plus au Sud). Dès l'automne 1940, transitent ainsi un très grand nombre de personnes persécutées et de militaires en route pour Lyon, puis la frontière espagnole ; le mouvement est amorcé par les nombreux aviateurs qui avaient gardé un contact depuis Noël 1939. Et ceux qui ne passent pas directement utilisent les adresses de leurs connaissances montcelliennes pour faire passer leur courrier d'une zone à l'autre.

 

 

- Quelques acteurs des filières de passage de la ligne de démarcation -

 

 

Idzi Koclejda - tailleur

 

Roman Frondzy - mineur

Soeur Vincent

 

Pivot de cette filière polonaise, Stanislaw Rychlik  est très rapidement repéré par les autorités d'occupation, au départ à cause de ce volume de lettres qui lui arrivent par la Poste de Montceau ; il doit se réfugier en zone Sud et s'installe avec sa famille au Mont-Saint-Vincent, de l'autre côté de la ligne, où fonctionne un centre de démobilisation pour les militaires français arrivant de zone occupée. Les Polonais y sont accueillis et munis d'un titre de transport pour Lyon, où ils sont repris en charge. Un temps Stanislaw Rychlik va travailler directement à Lyon, mais il reste en contact avec le bassin minier occupé par l'intermédiaire de ses fils. En août 42, son fils aîné Stanislaw est arrêté lors d'une telle liaison. Après l'invasion de la zone "libre", le 11 novembre 1942, lui-même et son second fils Albin seront arrêtés par la Gestapo de Chalon, le 18 juin 1943. Tous trois seront déportés et Stanislaw Rychlik mourra lors de l'évacuation du camp de Dachau (marche de la mort), à la veille de sa libération - voir sa biographie.

 

Cependant durant l'été 42, Lyon avait envoyé un dirigeant à Montceau même,  en zone occupée, Jan Kulpinski au titre de chef régional du mouvement POWN, chargé d'en diriger les activités sur toute la zone de rayonnement de la communauté polonaise de Montceau (foyers polonais de la Saône-et-Loire occupée, plus la Machine dans la Nièvre) voir sa biographie.

C'est formellement le 14 juillet 1942 que Jan Kulpinski, connu sous le pseudo de "Yanik", fonde le mouvement POWN-Monica à Montceau-les-Mines (sous l'appellation de  Molodeczna). Il reprend les contacts de Stanislaw Rychlik et désigne Antoine Goszka, pseudo  « Tonio », mineur des Gautherets et ancien entraîneur sportif des "Strzelce", comme chef régional adjoint. Les directives proviennent de Bogdan Samborski « Marian », chef de la zone Sud de la POWN dont le groupe de commandement est installé à Lyon.

 

A la fin de l'année 1942, l'effectif du groupe est de 73 personnes (dont 5 femmes).

Durant l'année 43, un intense effort de recrutement et d'organisation est effectué, surtout parmi la jeunesse, et l'effectif atteint 316 membres (dont 18 femmes). Le mouvement est bien cloisonné par groupes de cinq, structurés en sections géographiques dans les différents quartiers du bassin minier de Montceau et dans les cités rattachées (Montchanin, le Creusot, Bourbon-Lancy, la Machine).

Les chefs de section sont les suivants :

La Saule :                                 Stanislaw Rychlik jusqu'à son arrestation,

La Lande :                                 Jan Ciborski, né en 1920, mineur

Cité Ste-Marguerite (la Sablière) :       Vincent Zyzniewski, né en 1903, mineur

Le Magny :                                Wladyslaw Wojcik, né en 1922, mineur

Les Gautherets :                       Henryk Suchinski, né en 1923, mineur,  puis Stefan Cichon (né en 1901),

Les Baudras, les Essarts,       Roman Frondzy, né en 1910, mineur, pseudo "Fijalkowski",

Blanzy                                      Franciszek Polakowski, né en 1909, pseudo "Franc"

Le Creusot                               Wladyslaw Rembowski,

La Machine                               Stanislaw Misiaczyk, né en 1894, mineur,

 

 

- La direction régionale clandestine POWN, juillet 1942 -

 

 

 

 Jan Kulpinski et Antoni Goszka (photo d'immédiat après-guerre)

 

 

Fonctionnent en outre une section de choc dirigée par Goszka, qui récupère quelques armes, une section de propagande dirigée par l'Abbé Andrzej Sobieski ("Filip") de la paroisse des Essarts et par l'instituteur Chelminski ("Jurek") du Magny, et une section de passeurs. Trois itinéraires sont utilisés par le Mont-Saint-Vincent (filière Rychlik), par Pouilloux au Sud et par Montchanin-le-Haut, plus au Nord, en contact avec l'agglomération creusotine. A l'hospice de vieillards Sainte-Marie, une religieuse, sœur Vincent prend en charge les personnes en transit. Elle leur fournit vêtements de rechange et lieux temporaires d'hébergement. Ces relais dans les cités continueront d'être utilisés après la levée de la ligne de démarcation, courant 43.

 

 

Des agents de liaison, en général féminins, assurent les contacts avec les sections et avec Lyon. Ce sont le plus souvent les institutrices des écoles polonaises ; citons Alina Lembowicz, intitutrice à Blanzy, qui fait le lien avec Montchanin et le Creusot, Wiktoria Poradzisz aux Gautherets, Jozefa Chelminska, Janina Dabrowski… mais aussi Helena Frondzy , pseudo "Japonka", qui est infirmière. La boîte aux lettres est installée chez l'artisan tailleur Idzi Koclejda, pseudo "Bartek" ou "Bartosz", dont le magasin se trouve dans la rue principale de Montceau (rue de la République). Son épouse, Pelagia, effectue de fréquentes missions à Lyon. Idzi Kocleja était chargé également de la collecte de renseignements ; il disposait pour cela d'une source au sein même de la Kommandantur en la personne de Wiktoria Kloska, interprète traductrice.

 

L'activité de l'organisation est d'abord focalisée sur la mobilisation de la population polonaise locale à la cause du Gouvernement polonais en exil à Londres, mais aussi au rejet de la collaboration et du travail volontaire en Allemagne, qui pouvaient tenter ceux des Polonais qui avaient vécu en Westphalie et parlaient couramment l'Allemand.  Dans ce but, des tracts et des journaux clandestins sont distribués en abondance, la nuit dans les quartiers ou bien subrepticement aux douches sur les puits. Les tracts sont conçus à Lyon, puis sont imprimés à l'école du Magny par l'instituteur Chelminski et l'abbé Sobieski. Le journal clandestin Walka (Combat) est diffusé mensuellement.

 

Le but ultime cependant est de préparer une force capable de passer à l'action contre les Allemands, le jour où le gouvernement de Londres et ses forces armées le décideront.

 

Dans les premiers mois de 44, une répression de grande ampleur menée par la police française (Sûreté de Dijon) frappe toutes les organisations du bassin minier. La POWN a 16 arrêtés, dont le chef régional-adjoint Antoni Goszka et plusieurs chefs de secteur W. Wojcik, J. Ciborski et H. Suchinski.

Certaines jeunes recrues des quartiers polonais prennent peur et partent se réfugier dans les maquis qui se mettent en place alors, principalement au maquis FTP de Collonge-en-Charollais. D'autres se retirent simplement de l'organisation POWN, dont l'effectif enregistré chute à 235 membres.

Le 5 août 44, c'est au Creusot que l'organisation sera frappée par l'arrestation et la déportation de 4 membres.

 

Cependant en cette année 44, l'absence de dimension armée à l'action résistante du mouvement, sa position, qualifiée d'attentiste, sont l'objet d'une critique de plus en plus brutale de la résistance communiste  FTP-MOI, qui est implantée dans les mêmes quartiers et qui cherchera au contraire à multiplier les actions locales immédiates. Les résistants connus de POWN sont menacés alors que ses jeunes recrues ne sont pas insensibles au prestige que leurs copains enrôlés dans les FTP tirent des armes qu'ils peuvent montrer. Plus d'un à ce moment se met à participer à des actions soit spontanées, soit organisées par d'autres mouvements, polonais ou français : sabotages au travail, grèves de l'automne 43 aux mines de Montceau, sabotages de lignes téléphoniques au Creusot, incendies d'un wagon de paille allemand à Génelard, déraillements de trains de charbon…

 

La situation se clarifie après la signature de l'accord militaire du 28 mai 1944 entre Chaban-Delmas, délégué National des FFI pour la France et le colonel Zdrojewski, délégué du ministère de la Défense du Gouvernement polonais de Londres. L'instituteur Osuchowski ("Szymon"), qui a remplacé Goszka comme chef régional adjoint, est alors nommé responsable militaire et entre en contact avec l' état-major clandestin de l'AS en Saône-et-Loire, en vue de former un maquis. Cependant, encore non préparée, l'organisation POWN-Monica ne profite que peu de l'afflux des jeunes des quartiers dans les mouvements de résistance au lendemain du débarquement. Elle reçoit finalement deux transports d'armes du centre de Lyon, convoyés par de jeunes résistants issus du Lycée polonais de Villard-de-Lans. L'AS lui fournit le reste de l'armement, qui est livré par le groupe franc Edouard. Le maquis POWN-Monica s'installe en août aux abords du château de Marigny, à 5 km à l'Est de Montceau. Il est commandé par Stanislaw Kawa, pseudo "Topor", lieutenant de l'armée polonaise détaché en Saône-et-Loire, et prend le nom de bataillon Podhalanski. L'instituteur Strzelecki, lieutenant de réserve de l'armée polonaise, le seconde. Son effectif dépassera 200 hommes. Il est placé dans la ligne de commandement FFI, sous les ordres de Paul Mercier, pseudo "Benoy", responsable militaire de la région de Montceau-les-Mines. L'état-major FFI, qui n'arrive pas à prononcer son nom officiel, le nomme "bataillon Topor".

Avec d'autres unités FFI, toutes issues de l'AS, le bataillon prend part à la bataille de Galuzot, le 6 septembre 1944, qui marque la libération de Montceau-les-Mines (blocage de 2 trains allemands et d'un convoi routier en retraite, plusieurs centaines de prisonniers). Un combattant polonais mourra à cette occasion : Stefan Gajewski, du Creusot.

 

                                                                              cliquer pour agrandir

Enterrement de Stefan Gajewski,

cité Lapérouse au Creusot,  fin sept.1944

 

Après la Libération, le bataillon "Topor" cantonnera à l'école du quartier ouvrier de la Sablière. Un grand nombre des combattants, rejoints par de nouveaux volontaires, s'engageront alors dans l'armée polonaise. Ils partiront pour Marseille, puis Naples et participeront aux combats de l'armée Anders jusqu'à la fin de la guerre.

Quatre y trouveront la mort : Wladyslaw Pogorzelski et Boleslaw Paszek de Montceau, Zygmunt Urbanek de Saint-Vallier et Stanislaw Luckos de la Machine.

Resté à Montceau et avec l'appui de militants locaux, Stanislaw Kawa dirigera jusqu'en juin 1945, le Bureau de recrutement n°5, en charge en particulier de la sélection et de l'intégration dans l'armée polonaise de nombreux prisonniers de la Wehrmacht, polonais d'origine, présents dans les camps de Saône-et-Loire et dirigés eux aussi vers le front d'Italie.

Regroupés ensuite en Grande Bretagne, la plupart des engagés de l'armée Anders ne seront démobilisés qu'en 1947 ; ils reprendront alors leur métier de mineur et adopteront très vite la nationalité française.

 

 



13/10/2010
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