Bataille d'Autun - le rapport du lieutenant Orlowski

 

VIVE LES GUEULES NOIRES !   VIVE LES MONTCELLIENS !

 

Le rapport d'une compagnie FTP-MOI polonaise au terme de la bataille d'Autun

 

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 Plonka Orlowski.jpg

- Plonka et Orlowski au maquis -

 

Le lieutenant Julien Orlowski, dit "Jules"

 

 

Julien ORLOWSKI est né le 4 février 1920 en Pologne et a grandi dans le quartier des Baudras où habitaient ses parents. Son père était mineur au puits Laugerette, et c'est là qu'il se fit embaucher à 14 ans comme trieur de charbon.

Suivant la tradition familiale, orientée à gauche, Julien devint cadre des scouts-rouges après la création du mouvement en 1936.

Durant l'occupation, il faisait d'abord partie de la structure sédentaire FTP-MOI du quartier.

 

 Après les nombreuses arrestations au sein de son organisation en mars et avril 1944, il quitta son travail (rayé des effectifs de la mine le 5 mai 44) et gagna le maquis de  Mieczyslaw Bargiel ("Roger"), où son nom de guerre était "Jules". Sans doute membre du parti communiste clandestin, il fut désigné comme chef de la 2ème compagnie du bataillon Mickiewicz, au grade de lieutenant. C'est à ce titre qu'il était à sa tête lors de l'offensive contre Autun.

 

 

 

 Son rapport retrouvé aux archives nationales polonaises...

 

 7e Bataillon Mickiewicz

2e Compagnie

RAPPORT d’AUTUN

 

 Le jour où nous sommes partis en direction d'Autun, nous étions tous curieux et impatients, car même si personne ne nous avait dit pourquoi marcher sur Autun, chacun s’en doutait : on allait pour libérer la ville et chasser les Allemands.

 A 2 km d’Autun, nous avons tous été surpris : les Allemands ouvraient le feu avec des mortiers.

 Une légère confusion s'en suivit pendant un moment, puis, après un contact avec le commandement, à savoir CHARLOT ou ROGER, nous avons reçu l’ordre d’attaquer l’ennemi par le sud-est.

 

Deux pelotons se sont immédiatement dirigés dans cette direction et nous avons pris nos positions. Notre position s’étendait jusqu’à la route de FRAGNY.  Là, une autre surprise nous attendait : après qu'on ait ouvert le feu, on se mit à nous tirer dessus de deux endroits, ce qui nous surprit énormément car on ne s’attendait pas à avoir l’ennemi derrière nous.

 Cela a provoqué une légère confusion dans nos rangs ; des soldats pas assez disciplinés ont quitté leur poste et se sont retirés à l’arrière , où ils ont commencé à se regrouper.  Mécontentement dans nos rangs ; d’une part on craignait de tomber dans un piège, et en plus le temps était exécrable, nous étions tous trempés, sous une pluie battante. Il était impossible de faire revenir les hommes à leurs postes ; regroupés, ils ne voulaient pas bouger.

 

Un peu plus tard, une patrouille de deux personnes a été envoyée – les camarades SETNIK et FLORKOWSKI – . A leur retour peu après, ils ont rapporté ce qui suit : ils avaient été aperçus en arrivant vers la forêt, et on avait ouvert le feu dans leur direction ; ils avaient aperçu une auto immatriculée en français, rien de plus.

 

Nous avions aussi envoyé un agent de liaison vers le commandement, en demandant qu’il nous explique le positionnement de nos forces et en exigeant qu'il établisse une liaison avec nous.

 

Deuxième rapport de la patrouille des camarades SETNIK et FLORKOWSKI (Ils étaient repartis, en emportant cette fois des jumelles et un drapeau). Leur rapport était cette fois le suivant : "Nous sommes arrivés au premier poste de l’ennemi mystérieux mais il s’est avéré que c’étaient une unité venue du sud de la France – la Légion étrangère". Le camarade SETNIK a alors fait des signes avec le drapeau. Ils ont été aperçus par l'homme le plus proche, qui leur a permis de s’approcher. Ils ont ensuite demandé à voir le commandant, ce qui a été fait.

Ils ont parlé à ce commandant, lui ont expliqué nos positionns et ont demandé pourquoi on avait tiré dans cette direction. Il a répondu qu’il pensait que nous étions des Allemands ; ils se sont excusés de cette erreur et sont venus à proximité de notre premier poste ; à la suite de ça, nous avons coopéré.

 

Ayant appris ce ralliement, nos hommes ont repris confiance et sont revenus à leurs postes. Nous avons pu alors entrer en action ; nous avons observé et compris d’où tiraient les Allemands. Nous avons ouvert le feu, mais aussitôt, ont nous a tiré dessus avec des mortiers et  des mitrailleuses.

 

Ont été blessés : les camarade MARTOWSKI, adjoint du chef de compagnie, et FLORKOWSKI ; (…) le camarade FLORKOWSKI était chef de groupe. Les blessés ont été évacués vers l'arrière, après avoir reçu les premiers soins pour stopper leur hémorragie. 

 

S’agissant des blessés, rapport concernant un certain GRZYBEK Tadeusz, qui avait été envoyé vers le camarade MARTOWSKI, blessé à la poitrine. Le blessé nous a déclaré : j'étais déjà très affaibli, j’ai tendu ma carabine à GRZYBEK et je l’ai envoyé chercher une auto, mais il s’est éloigné et a disparu. Voyant qu’il perdait de plus en plus ses forces, le blessé a envoyé lui-même un infirmier qui, en vitesse, a fait venir une auto. Les blessés ont finalement été transportés à Montceau-les-Mines.

 

Après l’évacuation des blessés, le feu a repris contre nous, assez fortement. Plus d’un avait peur, mais heureusement le terrain jouait en notre faveur : il permettait de bien nous protéger et nous cachait convenablement. On a donc pu être à l'abri et assez rapidement nous avons compris la situation et nous nous sommes mis à tirer en alternance, de droite et de gauche, puis du centre, et ainsi de suite, ce qui a trompé l’ennemi.

 

L’après-midi enfin, nous avons pu souffler un peu car les chars sont arrivés et ont ouvert le feu sur la ville. A 5 heures, nous avons cessé le tir et nous nous sommes approchés de la ville ; le soir nous y sommes entrés, et nous nous sommes avancés jusqu’à la caserne. Nous avons sorti deux corps (des camarades français) et trois blessés graves, que nous avons installé hors de la ville, en nous retirant pour la nuit, par crainte d’un piège.

  

Le matin, à 5 h, nous sommes de nouveau rentrés dans la ville ; quelques feux timides du côté de la préfecture, qui ont rapidement cessé.

 

(Plus tard) nous nous préparions à défiler. C’était à côté de la place de la caserne ; et là un incident s’est produit : six Allemands, qui avaient quitté leur cachette, ont été capturés. Certains de nos hommes, et d’autres aussi, ne pouvant se retenir, ont ouvert le feu contre eux, les tuant sur place, et blessant quatre camarades. Cet incident est blâmable, car il est arrivé à un moment où dans la rue il y avait des civils mêlés à nos hommes. Cet incident a été filmé. Il sera un jour utilisé contre nous, car on a tiré sur des gens sans défense. Ils feront certainement de la propagande contre nous. Ne soyez pas étonnés par ce qui s'est produit, car plus d’un avait des frères ou des parents qui avaient été tués par les Allemands. Ce n'était donc que représailles contre ces crimes... Ils ont pourtant eu tort de ne pas maîtriser leurs émotions ; ils auraient dû montrer que nous étions plus civilisés, que nous avions des sentiments plus élevés.

  

Après cet incident, nous avons traversé la place devant la mairie. A cet endroit, un officier allait parler à tous les gens qui étaient rassemblés, je ne connais pas son nom. Il nous a sermonnés pour l'incident. Il a parlé aussi de la situation européenne et de nos missions, et puis nous avons chanté des chants de maquisards. Après le discours nous avons défilé à travers la ville d’Autun. La population civile nous applaudissait, en criant  VIVE LES GUEULES NOIRES… VIVE LES MONTCELLIENS [en français dans le texte].

 

 Le défilé terminé, nous sommes rentrés dans une caserne pour nous reposer, mais au bout d’un moment nous avons quitté la caserne car le bruit courait qu’elle serait minée.

 

Fin de mon rapport sur l'expédition d’Autun.

  

Lieutenant Orłowski

 

 

 

 

Autres articles de ce site concernant la libération d'Autun :

 

- Un résumé des faits : cliquer ici

- Le récit d'un combattant de la 1ère compagnie, sui se battit à Laizy : cliquer ici

- Le récit d'un combattant de la 3ème compagnie, Simon Bakowski, qui témoigne en particulier des circonstances dans lesquelles Edmond Maciejewski (ci-dessous à D) perdit sa jambe...    cliquer ici

- une page de photos inédites ECPAD : cliquer ici 

 

 

 

 Café des Alliés extrait-1.jpg
Photo de 1945, aux Baudras : au premier rang à Gauche, Julien Orlowski,

à Droite, Edmond Maciejewski, qui perdit une jambe à la bataille d'Autun.

 

  

 



29/10/2013
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