Boleslaw Maslankiewicz, cadre national des FTP-MOI polonais

 

Boleslaw Maslankiewicz est né le 7 août 1903 à Debice (voïvodie de Lodz), dans la partie de la Pologne sous occupation russe. Au printemps 1919, avec son père et l'un de ses frères, il émigre pour la France. Bolek travaille un an environ dans la sidérurgie à Pompey, en Lorraine. En mai 1920, il tente un retour en Pologne où il ne reste que huit mois, avant de revenir s'établir en Lorraine, dans un emploi de machiniste (conducteur de grue) aux aciéries de Longwy. C'est là qu'il a ses premiers contacts avec des militants communistes.

Il réside alors à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle) et s'y marie en 1925 avec une jeune Polonaise installée là. Un fils  leur naît en 1927.

En 1928, la famille s'installe dans la région parisienne, où Boleslaw est employé aux Grands Moulins de Paris, dans le 13ème arrondissement. Il est membre du syndicat de l'alimentation de la CGTU, dont il dirigera la section polonaise. A l'automne 1934, il entre au parti communiste français et figure bientôt à la direction de la section polonaise du rayon Paris-Sud ; deux ans plus tard, il en devient secrétaire. Mais la guerre civile éclatant en Espagne, le parti communiste le désigne pour partir dans l'encadrement des Brigades internationales.

 

 

Boleslaw Maslankiewicz,

commissaire politique

en Espagne, 1937 ou 1938

 

Il arrive là-bas le 12 novembre 1936. Il est affecté à la XIIIème brigade comme commissaire politique, d'abord au niveau d'une compagnie, la compagnie Mickiewicz du bataillon Czepaïev. Il participe aux batailles de Teruel, Malaga, Grenade, Cordoba et Brunete.

En décembre 1937, il devient  commissaire adjoint du camp d'instruction des brigades à Casa-Ibanez. En juin 38, il retourne à la XIIIème brigade (brigade Dabrowski) comme commissaire politique de bataillon, puis comme commissaire adjoint de la brigade, avec le grade de capitaine. Nommé commissaire du bataillon Mickewicz au moment de la contre offensive républicaine de l'Ebre, il est blessé gravement au crâne le 25 juillet 1938. Il est hospitalisé deux mois à Barcelone. Mal remis, il est rapatrié en France le 15 octobre 1938 afin de subir une opération chirurgicale destinée à sauver son oeil gauche.

La fonction qui était la sienne implique que Boleslaw Maslankiewicz relevait directement du Komintern, qui contrôlait totalement les brigades. Il fut donc très au fait de la liquidation du parti communiste polonais par l'internationale, qui s'achevait alors et avait des répercussions en Espagne.

A Paris, il reprend peu à peu ses fonctions au sein de la section polonaise de la MOI (Main d'œuvre immigrée, structure du parti communiste pour les étrangers), où il occupe un temps un poste de direction. On sait combien toute cette période août 39 – juin 1941 fut troublée pour le parti communiste français, dont l'appareil ne s'engagea dans la résistance contre l'occupant qu'après l'attaque allemande contre l'URSS, en juin 41.

La problématique était sans doute plus simple pour les Kominterniens polonais basés en France, qui se trouvaient surtout handicapés par la coupure momentanée de leurs relations avec le comité central du parti français. Le contact fut rétabli par Louis Gronowski, dirigeant de la MOI d'avant guerre, qui retrouva les liens avec le "centre" début août 1940. Dans son livre autobiographique (Le dernier grand soir, mémoire d'un Juif de Pologne, le Seuil, 1980), Louis Gronowski présente les choses ainsi : "Dès août 1940, muni de mon mandat, j'avais donc entrepris le rassemblement des immigrés en vue de la résistance aux occupants nazis. (…) Je pris contact avec les Polonais. Sur le conseil de Siwek-Diamant, je me rendis chez Maslankiewicz qui vivait à Gennevilliers dans une sorte de cage à lapins. Je lui demandai de réunir quelques camarades sûrs, et le jour convenu, il m'en présenta un groupe de cinq – un peu trop par rapport aux consignes reçues. (...) Les Polonais étaient dispersés dans la région parisienne ; on délimita des secteurs dont chacun fut pris en charge par l'un des camarades. Je rencontrai ce groupe encore deux ou trois fois puis une direction à trois fut désignée, et je n'eus plus de contacts qu'avec Maslankiewicz".

C'est ainsi que Maslankiewicz redevient membre du triangle national de direction de la section polonaise de la MOI, et le restera jusqu'à fin 1943.

Cette lourde responsabilité nationale le mène à plusieurs reprises dans les plus importantes colonies polonaises, mais c'est avec la Saône-et-Loire (Montceau-les-Mines) qu'il a le plus de contacts car il a été chargé, dès 1941 semble-t-il, de développer l'organisation dans cette région apparemment en retard ; il y recrute quelques jeunes, organisés d'abord en groupes de "sportifs", et en fait une base de repli pour les résistants MOI polonais recherchés dans le Nord / Pas-de-Calais, où la résistance armée a été plus précoce.

Les pseudos qu'il utilise alors sont "Bolek" et "Tadek".

Fin 1943, il échappe à une tentative d'arrestation et, par mesure de sécurité, doit quitter alors le triangle national de direction ; il est envoyé dans les maquis de Bourgogne, en charge des groupes de maquisards relevant de la MOI. Il participe à l'interrégion F.T.P.  centrée à Dijon et rayonne sur les départements de Saône-et-Loire, Côte d'Or, et Nièvre. Il supervise d'abord un petit groupe russo-polonais qui navigue aux confins de ces trois départements ; il poursuit surtout l'organisation du mouvement communiste polonais dans le bassin minier de Montceau : création des mouvements de femmes (Maria Konopnicka) et de jeunes (Grunwald), et surtout création, après le débarquement, d'une unité militaire polonaise bien différenciée, le bataillon Mickiewicz, qui devient le 9ème bataillon FTP de Saône-et-Loire. Il s'efforce de même de rassembler les "étrangers" présents dans différents autres maquis F.T.P. du secteur et prend finalement la tête d'une unité de maquisards soviétiques. A l'occasion de ce travail, il  assure un approvisionnement des groupes F.T.P.-MOI parisiens en armes parachutées pour les F.T.P. de Bourgogne.  

Ses fréquents séjours à Montceau-les-Mines, l'ont mis en relation avec une activiste du quartier de la Saule, Katarzyna Witucka, militante du groupe Maria Konopnicka et mère de trois filles, chez qui il avait pris l'habitude de loger. Il l'emmènera avec lui en Pologne après la guerre et l'y épousera.

La libération arrivée, le parti l'envoie dans le Nord de la France épauler Boleslaw Jelen pour garder le contrôle des unités F.T.P. polonaises alors immobilisées dans divers cantonnements. Au terme des tractations ayant amené à l'intégration groupée de ces unités au sein de la première armée française, on lui confie le commandement du 19ème Groupement d'Infanterie polonaise qu'il conduira jusqu'à la reddition allemande et les premiers mois d'occupation en Forêt-Noire.

Après la démobilisation de son unité en Pologne fin 1945, il entre au quartier général de la milice (Milicja Obywatelska), à Varsovie. En janvier 1947, il est nommé commandant de la Milice pour la voïvodie de Lublin. En 1950, il est muté au même poste pour la voïvodie de Zielona-Gora où il restera jusqu'en 1953. Dans le parti, il suivra une ligne des plus rigides et sera arrêté et emprisonné plusieurs mois en 1966 pour complot maoïste appuyé par l'ambassade d'Albanie.

Boleslaw Maslankiewicz est mort à Varsovie en décembre 1971.

 

 

 

 

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Voir interview de B. Maslankiewicz, dans le journal POLSKA ZBROJNA, n°256, du 25 novembre 1945. Cliquer ici

 

 

Boleslaw Maslankiewicz,

officier de la Milice,

en Pologne, années 50

 

 

 

 

Les chefs des 19ème et 29ème GIP (Jelen, Maslankiewicz, Gerhard, Chrost)

décorés à Tuttlingen (Allemagne occupée), début août 1945

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



10/02/2012
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