Maurice Wietrzniak, lieutenant FTP du Vaucluse...

 

 

Le lecteur pourra se reporter au dossier sur la déportation des Juifs de Montceau-les-Mines et du Creusot ( ici ), rapprocher aussi son histoire familiale de celles des Westreich ( ici ) et des Pawlowski ().

 

 

 

 

Parmi les Juifs rescapés des rafles de 1942, le trajet de Maurice Wietrzniak est remarquable car, déjà presque adulte, il n'eut qu'une idée : mettre toutes ses forces dans la résistance contre les Nazis. Cette courte biographie va permettre de parcourir l'histoire d'une nouvelle famille juive polonaise, dont plusieurs membres, arrêtés par les policiers de Montceau et du Creusot, allaient être assassinés à Auschwitz…

 

 

Les origines

 

Maurice Wietrzniak est né à Metz, le 23 mai 1924, de parents tous deux Juifs originaires de la région de Lodz en Pologne.

 

Sa mère, Chaja Pulvermacher, était née le 15 août 1903 à Aleksandrow, dans la famille d'un couple très pratiquant (son père était rabbin), qui allait avoir neuf enfants. Au lendemain de la première guerre mondiale, certains partirent vers la France, leur point de chute étant la région de Metz où vivait une importante communauté juive, dont la langue Yiddish était proche de la leur.

En 1922, un drame conduisit les parents à les y rejoindre avec leurs deux derniers enfants, Chaja et son jeune frère Emmanuel né en 1906 : un mariage auquel ils assistaient fut attaqué par une bande de "hooligans" polonais qui assassinèrent et mutilèrent la jeune mariée. La terre de Pologne leur apparaissant désormais insupportable, ils partirent vers cette France dont leurs enfants exilés disaient tant de bien.

 

La famille ne devait pas restée toute entière à Metz, certains se dirigeant vers Paris, d'autres vers la Saône-et-Loire où l'importante émigration polonaise allait offrir une clientèle à leurs métiers d'artisans ou de commerçants : A Montceau s'installe ainsi la fille ainée Hella (née en 1893), qui avec son mari  Nathan Szteinberg vend tissus et confection sur les marchés ; elle réside près de la gare, au 2, rue Jean Jaurès, dans un bâtiment d'angle où vivent d'autres familles juives, au-dessus du "bar-hôtel marseillais". Son frère Hill est installé à proximité avec sa famille, au premier étage du 5, rue Ferrer, en face du commissariat de police et de la mairie. L'appartement abrite son atelier d'artisan-tailleur, car ses convictions socialistes lui font penser qu'une activité productive est plus honnête qu'un commerce. Après un passage à Paris où il s'est marié, leur frère Emmanuel mène, lui, une activité de marchand forain au Creusot, où il va acquérir une certaine aisance.

 

Le père de Maurice, Icyk Wiertzniak, est né le 23 octobre 1903 à Chmielnik, près de Lodz. Orphelin, il fut recueilli par un oncle qui lui fit apprendre le métier de menuisier-ébéniste. Ils habitaient près des Pulvermacher, et Icyk noua un amour de jeunesse avec Chaja, qui avait son âge. Au départ des Pulvermacher vers la France, il n'eut plus qu'une idée : les y rejoindre pour retrouver Chaja. Sans papiers ni argent, il grimpa dans un train de marchandises à destination de l'Allemagne. Là, il put se faire embaucher durant quelques mois chez un artisan-menuisier, le temps d'économiser le prix de son billet de train pour la France.

Aussitôt réunis à Metz, Icyk Wietrzniak et Chaja Pulvermacher se marièrent religieusement ; c'était en 1923. Ils célébrèrent leur mariage civil à Lunéville en 1925. Les enfants qui allaient leur naître furent successivement Maurice en 1924, Paulette en 1927 et Noël en 1934.

A Metz, la famille connaît une période heureuse, dans la proximité des grands parents. Le monde extérieur est cependant empreint d'hostilité : de la part des gamins qui souvent tracassent les vieux dans les rues à cause de leur façon de s'habiller, de la part aussi de la communauté juive locale qui tient les "Polaks" à distance.

Toute la famille est orientée à gauche ; Chaja racontait autour d'elle qu'en arrivant en France, elle avait embrassé la terre des droits de l'Homme ; Icyk était membre du Bund et participait au soutien à la République espagnole, incitant ses enfants à faire de même…Ceux-ci s'intègrent ainsi rapidement à la jeunesse française. Après son certificat d'étude, Maurice est envoyé à Paris suivre les cours d'une école technique d'électricité ; il y passe une année, logé chez un oncle.

  

 

A Montceau-les-Mines

 

Quand la guerre éclate et que l'évacuation de Metz se dessine, à l'automne 1939, la grand-mère n'a qu'une idée en tête : aller à Montceau où vivent déjà deux de ses enfants : sa fille Hella et son fils Hill, à proximité de son autre fils Emmanuel, installé au Creusot.

La famille Wietrzniak occupe bientôt un appartement voisin de celui de l'oncle Hill, au 1er étage du 5, rue Ferrer. Idzik, le père, trouve rapidement un travail dans son métier de menuisier, tandis que Maurice se fait d'abord embaucher à la mine, où il reste du 12 octobre au 11 décembre 1939. A 15 ans, le travail ne lui convient guère, et il reprend un temps ses études à l'EPS (Ecole Primaire Supérieure) de Montceau…

 

C'est dans cette période qu'il amorce sa vie résistante, d'abord en entrant en contact avec un réseau de passeurs de la ligne de démarcation pour lequel il fait quelques missions. Dans le dossier qu'il remit après la guerre à l'administration militaire (1), il spécifie aussi qu'en avril 1942, il entra en contact avec l'organisation communiste clandestine de Montceau et participa à ce qu'il appelle "l'équipe spéciale"… Deux circonstances l'amenèrent bientôt à quitter l'appartement familial et à se réfugier dans une ferme à bonne distance de Montceau : d'abord la police et la gendarmerie françaises menaient depuis l'assassinat d'un soldat allemand le 27 janvier 1942 une vague de répression sans merci contre les communistes du bassin minier et leurs sympathisants (2) ; de plus, sa jeune soeur Paulette allait être arrêtée à la sortie du cinéma après un tapage collectif contre les actualités de propagande vichyssoise et conduite quelques heures à la prison de Chalon, attirant par là l'attention sur la famille.

 

Caché à la campagne, Maurice échappe à la rafle  des Juifs de juillet 1942 (qui en principe ne le visait pas car, né à Metz, il avait la nationalité française). Prévenu de l'arrestation des parents par Paulette, dans la soirée du 13 juillet, il vient le lendemain matin les voir à la gare, alors qu'ils sont déjà installés dans le train qui va les conduire au camp de Pithiviers. Il échappe alors de justesse au zèle des policiers français…

 

Ce 14 juillet 1942, s'en vont ainsi 36 Juifs de Montceau et du Creusot, avec parmi eux six membres de la famille Pulvermacher : Emmanuel et Zysla, Hill et Pesa, Icyk Wietrzniak et Chaja. A Pithiviers, ils sont placés dans le "Convoi 6", qui partira vers Auschwitz, le matin du 17 juillet 1942… Seul Icyk survivra, par une circonstance incroyable : le fils de son éphémère patron menuisier allemand de 1922, qui servait parmi les gardiens du camp, le reconnut à la descente du train et lui sauva la vie.

 

Revenons à Montceau : La sœur aînée Hella n'a pas été arrêtée, car de nationalité française et trop âgée (elle a 49 ans, alors que la rafle vise les Juifs étrangers de 16 à 45 ans) ; elle recueille donc ses quatre neveux et nièces (Léon et Raymonde Pulvermacher, Paulette et Noël Wietrzniak, dont les âges allaient de 8 à 15 ans). Elle les hébergera jusqu'au 9 octobre, date à laquelle elle sera à son tour emmenée, les enfants réussissant alors à s'enfuir…

 

Maurice comprend qu'il n'a échappé à l'arrestation que miraculeusement ; il franchit alors la ligne de démarcation et part vers le département de la Dordogne où est réfugiée sa tante Esther Pulvermacher, sœur de sa mère Chaja. C'est ainsi qu'il arrive dans la petite ville du Buisson-de-Cadouin, entre Sarlat et Bergerac…

 

 

Dans les maquis du Sud de la France

 

Laissons-le raconter le reste de son histoire (1) …

 

 

Jusqu'en juillet 1942, je reste en Saône-et-Loire. Après la dislocation du réseau, rejoins le maquis de la Dordogne entre Belvès et le Buisson. Organise des maquis avec les réfractaires du STO, sabotages dans la région. Rejoins le Ventoux fin 1942 sous les ordres du colonel Beyne (capitaine à l'époque), résistance en ville (tracts et sabotage). Maquis de St-Saturnin-les-Apt en 1944. Nommé d'abord fourrier de compagnie puis chef de groupe. Plusieurs sorties avec le groupe à ( ? ).

Après l'attaque de St-Saturnin où le groupe se disloque, rejoins le Lubéron sous les ordres du commandant Jean-Pierre. Août 1944, adjoint au responsable militaire FTPF de Pertuis, participe à la libération de la ville, au nettoyage de la Durance, bagarres de Villelaure et Lauris. Commande une section à la bataille de Coustellet (19 août), légèrement blessé au bras. Un de mes groupes rentre le premier à Cavaillon. Libère Carpentras, commande le premier groupe de maquisards qui entre à Orange. A l'intégration des F.F.I. deviens lieutenant. Fais l'école des cadres Aix-en-Provence. 

 

Dans ce CV destiné à l'administration militaire, remarquons que pour expliquer son départ vers la Dordogne, Maurice omet l'indication pourtant majeure de la déportation de sa famille et des menaces qui pesaient sur lui en tant que juif…

 

Durant sa période de résistance, Maurice Wietrzniak porta successivement deux noms de guerre : Yvain, puis Willer.

 

Les deux documents ci-dessous attestent de ce parcours…

 

- Attestation d'un de ses chefs -

 

 - Citation pour attribution de la Croix de Guerre -

 

Maurice Wietrzniak est mort le 29 juillet 1974 et a été incinéré le 3 août au crématorium du Père-Lachaise....

  

 

(1)       Dossier pour "Homologation de grade F.F.I.", établi en 1949 et conservé au Service Historique de la Défense à Vincennes..

(2)       Voir article de Roger Marchandeau, La répression anti-communiste dans le bassin minier (1939-1944), dans la revue  "la Physiophile", n°156, Montceau-les-Mines, juin 2012

 

 

Sources : SHD + témoignages de sa sœur Paulette Wietrzniak et de son cousin Léon Pulvermacher.



 

 

 

 

 



25/05/2013
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