Les KOCLEJDA, une famille engagée...

 

 

 

Les origines 

Idzi KOCLEJDA est né le 31 août 1894 à Podsamtsche, dans la Pologne alors occupée par l'Allemagne. A la sortie de l'école, il apprend le métier de tailleur d'habits. En 1914, il est mobilisé dans l'armée allemande et se retrouve dans une unité engagée contre les Français sur le front occidental. Il est blessé – ce qui lui vaut d'être décoré de la Croix-de-Fer. En 1917, il est fait prisonnier par les Américains qui viennent d'entrer en guerre ; il est alors envoyé dans un camp à Bordeaux. C'est là qu'il s'engage dans l'armée polonaise que le général Haller a formée en France en 1916 pour combattre aux côtés des armées alliées et affirmer la revendication nationale polonaise. Après l'armistice du 11 novembre 1918, il rentre avec l'armée Haller dans cette Pologne qui vient de recouvrer son indépendance et participe à la guerre contre les Bolcheviks. Signe du sentiment patriotique qui anime la famille, la Croix-de-Fer gagnée dans les tranchées allemandes va décorer le collier du chien…

 

 

- Sous l'uniforme allemand 1914-1917, Idzi est agenouillé à gauche - 

(remarquez le tapis protégeant le pantalon, signe que la photo est très posée)  

 

La situation économique dans le jeune état étant difficile, Idzi répond en 1925 aux recruteurs qui viennent chercher des travailleurs pour l'économie française. Au centre de regroupement de Toul, il reçoit un contrat de travail pour l'usine de machines agricoles Dollé, à Vesoul ; il y reste une année et part rejoindre son frère qui travaille comme mineur à Montceau. Il travaille lui-aussi quelques mois aux houillères de Blanzy, mais il cesse rapidement cette activité qui ne lui convient guère ; il passe ensuite à l'entreprise de robinetterie Munzing, mais reprend finalement son métier de tailleur d'habits, d'abord chez un artisan polonais déjà installé à Montceau. Il se met bientôt à son compte en louant un local au 27 de la rue du Plessis, à côté du café polonais Swedrowski (1). Son travail le met en contact avec les colonies polonaises des différents quartiers ; musicien – il pratique le violon -, il anime parfois les mariages avec son frère…

 

Fortune à Montceau-les-Mines 

Le 24 août 1929, âgé de 34 ans, il épouse une jeune fille de 15 ans et demi, Pelagia Wachowiak, fille d'un mineur polonais du quartier de la Sablière.  Elle est née le 21 septembre 1913 à Recklinghausen, dans le bassin de la Ruhr en Westphalie, où son père avait travaillé 14 ans avant de ré-émigrer vers la France.

 

- Un mariage apparemment joyeux à la Sablière -

 

Le couple Koclejda jouit rapidement d'une certaine prospérité ; Idzi taille les vestes pendant que Pelagia fabrique culottes et gilets et vend des articles de confection. Ils gagnent une nombreuse clientèle et l'atelier de la rue du Plessis occupera jusqu'à 9 employés. Un fils, Edmond, leur naît en 1930.  Dès 1932, le couple possède une vieille auto, qui va bientôt être remplacée par une rutilante Mona-4 Renault, achetée neuve en 1935 ; les Koclejda font partie de la bonne société polonaise du bassin minier, fréquentant ses notables : instituteurs, gérant de la banque PKO et autres commerçants (les bouchers Szymyzlik aux Gautherets, Markiewicz au Magny, Skorupka au Creusot, le boulanger Giezek des Gautherets, etc… ). Ils sont bon catholiques et les sociétés polonaises, sportives ou culturelles, font fréquemment appel à leur soutien.

 

                                        (Cliquer sur les photos pour agrandir) 

 

-  Les autos 1932 et 1935 : la nouvelle Mona-4  - 

Edmond-Idzi-Pelagia - sa soeur Jeanne et son père Jan Wachowiak  

 

 

-  Mariage dans la "bonne société" polonaise, la fille du boucher Szymislik épouse un Français  - 

 

En 1938, le commerce est transféré dans un local plus vaste, au 17, rue de la République, la rue principale de Montceau. Ils disposent maintenant, en enfilade en partant de la rue, d'un espace de vente, d'un salon d'essayage, et enfin de l'atelier où s'alignent plusieurs machines-à-coudre. A cette époque culottes et gilets sont sous-traités à des ateliers extérieurs ; lors des pointes de travail, il est parfois fait appel aux tailleurs juifs polonais Pulwermacher ou Kanarek, installés aussi au centre-ville.

Les Koclejda achètent également une grosse bâtisse dans le quartier du Bois-Roulot, au 8 de la rue du Château, qui comprend un café et une salle de bal, établissements qui vont finalement être gérés par la sœur cadette de Pelagia et son mari (Jeanne et Michel Szewczak).

 

La guerre 

La guerre venue, les Koclejda comme les Wachowiak s'engagent immédiatement dans l'action patriotique. Répondant à la campagne du président du comité régional des associations polonaises, Stanislaw Rychlik - voir sa bio -, ils accueillent un aviateur polonais de la base de Lyon-Bron pour les fêtes de Noël 1939 - lien article. 

La défaite de juin 1940 consommée et alors que la ligne de démarcation s'abat sur la ville, ils font partie du premier cercle rassemblé par Stanislaw Rychlik pour accueillir les militaires polonais, soldats en débandade puis prisonniers évadés, qui cherchent une voie vers la zone libre. Preuve de la précocité de leur engagement, la famille a gardé en mémoire la prise en charge du général Duch à qui Pelagia fit passer la ligne de démarcation (2).  

D'abord improvisé ce travail de passeur pour le compte de l'armée polonaise se structure bientôt, largement porté par Pelagia et son cercle familial. Elle est intégrée dans une filière dont le correspondant amont se trouve dans la région de Toul (3) ; annoncés en général à l'avance par un courrier, les candidats au passage sont reçus au 17 rue de la République, hébergés au moins une nuit dans les chambres mansardées du 2ème étage, parfois équipés de nouveaux vêtements, voire dotés d'une petite somme d'argent. Ils sont ensuite confiés aux bons soins du passeur mobilisé pour l'occasion. Ce sera en général un Polonais du quartier voisin de la Sablière, connaissance du père, Jan Wachowiak ; ce sera parfois Jan lui-même, mais aussi à l'occasion Pelagia quand c'est nécessaire. La ligne passée, les fuyards sont dirigés vers le village du Mont-Saint-Vincent, en zone Sud, où ils peuvent prendre l'autocar pour Lyon ; ils sont alors pris en charge par les organisations qui gravitent autour du consulat polonais, le but visé par la plupart étant de gagner l'Angleterre.

Ce manège va durer jusqu'en 1943 et permettre le passage de centaines de gens. Les allées-et-venues qui en résultaient ont pu se faire sans encombre grâce à la complicité tacite des voisins immédiats du 19 rue de la République, la famille du vitrier-encadreur Moreau, qui partageait le même couloir d'accès. Cette activité de passeur va s'interrompre quelques mois après l'invasion de la zone non occupée (11 novembre 1942), la ligne de démarcation perdant alors sa justification. C'est durant cette période initiale de la guerre que les Koclejda se lient avec Ladislas Lach, organisateur de la POWN dans le Nord / Pas-de-Calais ; il fait de fréquents passages de la ligne à Montceau, avant de s'installer à Lyon en tant que membre de l'état-major de POWN-Monica zone Sud - voir sa biographie.

Par ces contacts avec les milieux officiels polonais de Lyon, les Koclejda apprennent l'existence du lycée polonais Cyprian-Norwid, ouvert en octobre 1940 en zone libre, à Villard-de-Lans - voir le site . Ils y inscrivent leur fils aîné Edmond, qui y entre pour l'année scolaire 1942-1943, le second fils, Pierre, né en 1938,  fréquentant l'école publique à Montceau.

 

La Résistance 

Dès la nomination du chef régional de l'organisation POWN-Monica à Montceau, Jan Kulpinski, le 14 juillet 1942, les Koclejda sont intégrés à son dispositif, Idzi en tant que chef de la section Montceau-Centre et que membre de la direction régionale, sous le pseudo de "Bartosz" ou "Bartek", Pelagia en tant qu'agent de liaison avec le centre de Lyon, sous le pseudo de "Madeleine" (ses relations avec L. Lach ont pu faciliter son introduction).

Leur magasin, si commode d'accès et toujours très fréquenté, servait de boîte aux lettres entre les groupes résistants des quartiers. La famille se souvient des conciliabules tenus dans le salon d'essayage, où Idzi avait toujours à portée de main, rangées dans un petit meuble, quelques bouteilles du rhum et du marc de Bourgogne qu'il offrait à ses visiteurs.

 

 

                                            (Cliquer pour agrandir) 

 

Ajoutons que le contact était bon également avec une clientèle allemande qui venait volontiers faire ses achats dans ce magasin si sympathique où le patron parlait leur langue et avait reçu la Croix-de-Fer. Tirant partie de cette situation, Kulpinski avait chargé "Bartek" du renseignement… En sus, une jeune femme, membre de l'organisation, était employée comme interprète à la Kommandantur et venait compléter ses sources.

Durant l'été 1944, la POWN décide de former un maquis ; C'est "Bartek", nommé "fourrier", qui va être chargé de se procurer l'essentiel de l'armement. Le mouvement ne disposant alors que de rares armes récupérées les mois précédents, il se rend à Lyon avec le responsable militaire de l'organisation montcellienne, auprès de la direction POWN-Monica zone Sud, et obtient deux transports d'armes livrées depuis un dépôt polonais de Villeurbanne, qui seront convoyées à Montceau en camionnette par une équipe de résistants POWN de Lyon. Elles sont réparties entre les groupes et un reliquat est déposé au domicile de Jan Wachowiak, le père de Pelagia Koclejda, rue du Stade à la Sablière ; de là, il les transporte lui-même, dans une brouette recouverte d'un chargement de choux, jusqu'au dépôt principal installé dans une dépendance de la maison Koclejda du 8, rue du Château. Une fois le maquis installé au château de Marigny, c'est Idzi en personne qui convoie plusieurs dizaines de mitraillettes sur sa pétrolette !  On ne peut que souligner l'amateurisme de cette séquence, où tout semble reposer sur la bonne volonté de la famille Koclejda…

Autre épisode assez cocasse : quelques jours avant la libération de Montceau, Idzi Koclejda et son fils Edmond s'aperçoivent que des Allemands viennent d'abandonner une traction-avant sur le quai, le  long du canal du Centre. Pressés de fuir, à court d'essence, les occupants ont sauté dans un camion de troupes qui passait par là, abandonnant leurs armes dans la voiture (un fusil Mauser et deux pistolets). En quelques minutes, le père et le fils avaient poussé la traction dans leur garage, qui se trouvait à quelques dizaines de mètres… Débarrassée de sa peinture de camouflage, elle allait rejoindre le parc automobile de la POWN au moment de la libération de Montceau, le 6 septembre 1944.

La période qui suivit la libération fut marquée par la présence à Montceau du bureau de recrutement n°5 de l'Armée polonaise en France. Maquisards POWN, nouveaux engagés, "Malgré-nous" polonais extraits des camps de prisonniers allemands, ils furent des centaines à transiter par le casernement installé à l'école du quartier de la Sablière avant d'être envoyés vers l'armée du général Anders qui se battait en Italie. Les nourrir n'était pas mince affaire alors que le ravitaillement était contingenté ; encore une fois, Idzi Koclejda s'attela à la tâche avec son beau-frère Michel Szewczak et ils se mirent à battre les campagnes en quête de nourriture pour les soldats… Pelagia assurait alors la fonction de responsable du poste de la Croix-Rouge polonaise rattaché à ce détachement militaire.

 

  

 

Lendemains difficiles, plasticage du magasin… 

Les derniers mois de la guerre avaient vu se tendre les relations de la résistance fidèle au gouvernement de Londres avec le mouvement communiste. Déjà durant l'été 1944, plusieurs responsables de la POWN avaient reçu des menaces de mort, ou, pour certains, avaient été passé à tabac par des hommes de main. Idzi Koclejda ne connut que les menaces… Il n'était pas homme à s'effrayer et il se mit à utiliser la vitrine de son magasin, si bien situé rue de la République, pour afficher les positions de Londres et contester la main-mise des communistes sur la Pologne. Figuraient ainsi les cartes qui marquaient l'emprise soviétiques sur les territoires de l'Est quand un attentat à la grenade ravagea le magasin de tailleur et détruisit définitivement les vitrines. Cela se passait le 22 avril 1945…

 

 - Reproduit avec l'accord des AD S&L  (cote 1081W33) -

 

 

L'évolution des conditions économiques de l'après-guerre allaient être fatale au métier de tailleur d'habits ; les Koclejda durent fermer leur boutique et, après plusieurs années de grande difficulté matérielle, ils allèrent vivre leur retraite en région parisienne. Idzi mourut en 1990, Pelagia en 1993.

 

___________________ 

 

Notes :

 

1.  Le café Swedrowski déménagera lui aussi rue de la République, au n°18, en face de la boutique Koclejda. Un fils Swedrowski, François, sera tué au maquis FTP, le 25 juin 1944 - voir récit familial -.

 

2.  Extrait de la biographie du général Bronislaw Duch, en cours de publication par l'AERI (CD-Rom sur la Résistance polonaise) :

" En septembre 1939, il est nommé à l'état-major de la 39e Division d'infanterie de réserve. Il assure ensuite le commandement effectif de cette unité en raison de la maladie de son chef, le général Brunon Olbrycht. La 39e Division d'infanterie fait partie de l'Armée « Lublin ». Elle combat courageusement jusqu'au 26 septembre 1939, mais est contrainte de capituler. Bronislaw Duch évite toutefois la captivité en réussissant à passer dans un pays limitrophe puis à rejoindre la France. Sur place on lui confie, en janvier 1940, le commandement de la 1ère Division de grenadiers du général Maczek. Le 18 mai 1940, la 1ère Division de grenadiers est dirigée vers le front et mise à la disposition du 2e Groupe d'armées françaises et incorporée au 20e Corps d'armée. Dans ce cadre, il participe alors vaillamment, à la tête de son unité, à la défense de la Lorraine. Le 21 juin 1940, en conséquence de la reprise des négociations sur les conditions d'armistice par le maréchal Pétain avec les Allemands, le général Duch donne l'ordre de dissoudre la 1ère Division de grenadiers et de rejoindre, par petits groupes, la zone non occupée afin de s'embarquer vers la Grande Bretagne. Le général Duch arrive en Grande Bretagne en juillet 1940, où il est mis à la disposition du Commandant en chef jusqu'en mars 1941."   

 

 

Ce serait donc à l'occasion de ce repli de Lorraine vers Lyon que Bronislaw Duch,  utilisant des contacts dans la colonie polonaise de Montceau, aurait été guidé par Pelagia Koclejda. Un autre témoignage assure que dans la même période le général Maczek lui-même aurait été hébergé une nuit par la famille Rychlik…

 

3.  Photographie du contact-amont de la filière d'évacuation, conservée par la famille Koclejda. L'identité du personnage, et par là l'histoire de la filière, n'ont pas été mémorisées…

APPEL A NOS LECTEURS : AIDEZ-NOUS A IDENTIFIER CET HOMME . . .

 

 

 

Sources : Outre les archives habituellement consultées (AD71, SHD Vincennes et Caen, archives privées POWN), le texte doit beaucoup aux témoignages des deux fils d'Idzi et Pelagia Koclejda, Edmond – aujourd'hui décédé - et Pierre. Grand merci à eux… Les photos sont les leurs pour la plupart.



08/04/2013
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