WALKA, journal POWN de juillet 1943

WALKA, en Français "la lutte", est l'organe de la POWN (Organisation Polonaise de Lutte pour l'Indépendance) destiné à transmettre à l'émigration polonaise en France les informations et analyses du gouvernement polonais exilé à Londres. C'est une publication mensuelle rédigée nationalement et diffusée dans la plupart les colonies polonaises de France, là où la POWN est implantée.

Chaque mois les modèles parviennent à Montceau depuis Lyon par les agents de liaison; ils sont alors reproduits localement et imprimés à l'école du Magny sous la responsabilité de l'abbé Sobieski et de l'instituteur Chelminski. Ils sont ensuite répartis entre les sections du bassin minier et transportés vers les autres colonies voisines (Montchanin, Creusot, Gueugnon, Bourbon-Lancy). C'est l'une des tâches régulières des "groupes de 5" que de les diffuser soit dans les quartiers, soit au travail...

Les quelques numéros retrouvés l'ont été à la BNF ; le graphisme n'est donc probablement pas exactement celui des numéros montcelliens.

 

Vous retrouvez ci-dessous le numéro de juillet 43, suivi de sa traduction intégrale...

 

 (cliquer sur la page pour l'agrandir)


 

  

 

Traduction

 

 

LA GUERRE

La période des luttes préliminaires, précédant l'offensive finale contre la prison européenne d'Hitler et de Mussolini, a commencé. Le quartier général allemand est contraint à la défensive sur tous les fronts et la propagande allemande s'est mise à vanter la défensive qui serait maintenant le meilleur moyen de gagner la guerre. La conquête des îles italiennes situées entre Tunis et la Sicile a servi d'appui aux Alliés pour attaquer l'Italie. La concentration des armées anglaise, américaine et polonaise en Syrie, les rencontres de plus en plus fréquentes des commandants alliés avec des hommes d'état turcs indiquent qu'on est en train d'assister à l'ouverture du nouveau front des Balkans. Les bombardements dévastateurs des centres industriels allemands et de leurs sous-marins  font diminuer rapidement l'efficacité de la production allemande et paralysent le réseau de transport. L'atmosphère est à la tempête. Il serait tout de même erroné d'attendre une victoire finale rapide. La radio alliée ne cesse de nous avertir de ne pas nous laisser détourner par des actions préliminaires hâtives destinées à perturber les Allemands dans tous les endroits où ils résident, à provoquer du chaos au niveau du transport ou à disperser leurs forces dans toutes les directions possibles. Durant l'été, il y aura plusieurs opérations menées par les Alliées - et peut-être l'une d'elles aura t'elle lieu sur les côtes françaises – opérations que les Allemands vont décrire comme des actions ratées alors que ce seront des opérations de diversion, menées pour conduire les Allemands dans une direction souhaitée. C'est uniquement lorsque l'ennemi sera dispersé, qu'il aura utilisé ses forces humaines et ses moyens de lutte et qu'il sera tombé dans un état d'épuisement que l'offensive ultime aura lieu, l'offensive qui brisera la force de l'ennemi de manière définitive. C'est pourquoi nous ne devons pas nous laisser exciter et nous engager dans de quelconques interventions prématurées. Quand l'heure de libération de la Pologne sera venue, le gouvernement polonais nous adressera un appel et nous nous dresserons soudainement, comme une inondation  ou une tempête, dans tous les endroits où ils ne l'attendent pas, ensemble avec les autres nations opprimées, afin d'anéantir les tanks allemands et de ramener au pays l'étendard de la liberté.

 

ENCORE A PROPOS DE KATYN

La nation polonaise ne s’est pas laissé abuser par la propagande allemande concernant Katyn et Goebbels n’a pas réussi à susciter de sympathie pour l’Allemagne parmi les Polonais. On a bien compris dans notre pays qu’un criminel qui pointe le crime commis par un autre ne cesse pas pour autant d’être criminel. La presse nationale l’affirme clairement : dans l’affaire polonaise, les Allemands sont restés fidèles à l’esprit du pacte germano-soviétique du 28 septembre 1939 qui prévoyait la destruction, à tout jamais, de l’Etat polonais et de la nation polonaise, malgré le fait que les Soviétiques ont dénoncé ce pacte après avoir été attaqués par les Allemands. En laissant secrets, aux yeux du monde entier, ces horribles crimes contre la nation polonaise, les Allemands se sont comportés comme des complices fidèles (des Soviétiques) ; tant que cela les arrangeait, ils n’ont rien révélé de ce qui s’était passé sous l’occupation soviétique. Le gouvernement de la République de Pologne à Londres a les preuves que les Allemands détenaient l’information sur la tragédie de Katyń au moins un an avant d’en parler publiquement. Ils ont pourtant préféré se taire car à l’époque ils avaient l’espoir de conclure la paix avec la Russie. Ils n'ont commencé à s’indigner que lorsque cet espoir s’est envolé et qu'ils ont alors décidé de se présenter comme des défenseurs de la culture afin d’envisager la paix avec les états anglo-saxons. Quand cette tentative n’a pas non plus réussi, l’affaire de Katyn s’est retrouvée à la poubelle et le criminel allemand a recommencé, en redoublant d’énergie, à exterminer en Pologne l’intelligentsia, les ouvriers et les paysans, la jeunesse et les vieillards, les femmes et les enfants. C’est pour cette raison que la nation polonaise, dans le pays et hors de ses frontières, se prépare en silence et sans relâche à la vengeance qui sera aussi impitoyable que cruels et inhumains furent les crimes allemands. 

  

LA TERREUR ALLEMANDE augmente en France. Depuis plusieurs mois, les bourreaux de la Gestapo aidés par leurs larbins de la police française se sont mis à persécuter aussi les Polonais. Durant ces dernières semaines, de nombreuses arrestations ont encore eu lieu. Les barbares hitlériens ont tiré plusieurs balles sur un vieux prêtre polonais alors qu'ils l'emmenaient de son appartement. Parmi ceux qui ont été arrêtés récemment se trouvent cinq ouvriers, plusieurs étudiants, femmes et jeunes filles ainsi qu'un professeur handicapé et quelques ex-fonctionnaires. On les a arrêtés sans vraie raison, uniquement du fait qu'ils sont polonais. Le but de ces arrestations est de faire peur au peuple polonais vivant en France. Mais la terreur de l'ordre teutonique ne nous brisera pas. Les noms des agents de la Gestapo et de leurs serviteurs français ont été bien notés et sont gardés dans des endroits sécurisés. Le moment où ils se mettront à maudire leurs crimes – mais il sera trop tard - approche. Notre vengeance et leur châtiment seront sans pitié.

 

LA LUTTE CLANDESTINE

Le Gouvernement polonais considère que le service dans des organisations clandestines équivaut à la lutte armée sur le champ de bataille. Les membres des organisations  clandestines reçoivent des décorations militaires – la Croix des Vaillants ou Virtuti Militari - ; ils ont droit aux pensions d'invalide et les familles des martyrs de cette lutte ont droit de toucher la retraite. Le fait d'aligner les droits des soldats de l'armée clandestine sur ceux des soldats de l'armée régulière est une reconnaissance très directe des mérites et des dangers que les armées clandestines doivent affronter. L'importance de celles-ci dans la guerre moderne est énorme car l'ennemi peut bâtir un front de guerre contrer l'armée régulière mais l'armée clandestine agit de façon invisible partout : aux arrières de l'ennemi, contre ses réseaux de communication, dans les usines d'industrie militaire et parmi la population civile pour lui transmettre la vérité sur la guerre et pour lui faire craindre la possibilité d'une victoire allemande. On demande plus de courage au soldat clandestin qu'à celui portant l'uniforme car il lutte le plus souvent tout seul, habituellement sans arme et sans espoir de recevoir de l'aide. On lui demande aussi plus de sacrifices car, une fois capturé, le soldat de l'armée clandestine ne va pas dans un camp de prisonniers de guerre mais le plus souvent dans une prison barbare et parfois directement devant un peloton d'exécution. Plus qu'un soldat régulier, le soldat de la résistance qui lutte de manière clandestine doit savoir garder le silence et les secrets car il agit dans un environnement bavard où toute parole imprudente peut être entendue par un espion et provoquer des malheurs. Finalement, on exige du soldat clandestin une obéissance aveugle, beaucoup plus rigoureuse que de la part d'un soldat en uniforme, car dans une armée régulière on peut punir le coupable en le réprimandant devant le front ou en le mettant aux arrêts, tandis que dans l'armée clandestine il faut s'imposer une obéissance volontaire et la non-obéissance doit se terminer par la mort du coupable. La lutte clandestine demande donc autant ou même plus de courage, de sacrifice, de discipline, de discrétion et de prouesse que la lutte ouverte. Il n'est donc pas étonnant qu'on la considère comme un service armé.

 

DEPORTES

Les bourreaux hitlériens ont envoyé dans les départements du Nord et du Centre de la France environ 18 000 Polonais, bannis du pays. Il s'agit de vieux hommes, de femmes et d'enfants. Ils sont tous vêtus de loques, misérables et affamés. Ils restent derrière les barreaux, comme des animaux condamnés à mourir de faim.

 

 

Commentaires

 

Article sur la guerre : On y voit explicitée la position du gouvernement de Londres, qui désaprouve l'action militaire prématurée de la résistance dans les pays occupés. Cette position, partagée par la résistance gaulliste, sera accusée d'être attentiste par les communistes, pour qui l'action armée même suicidaire, vise d'abord à gagner la suprématie politique au sein de la résistance.

 

L'article sur la lutte clandestine va dans le même sens, en soulignant combien la mission du résistant est importante, et en l'intégrant de fait dans l'armée polonaise, que son action soit armée ou non...

 

Article sur Katyn : rappelons que c'est au printemps 1943 seulement que la propagande allemande révéla l'existence des charniers de Katyn, où les Soviétiques avaient enterré début 1940 après les avoir exécutés d'une balle dans la nuque, des milliers d'officiers et d'intellectuels polonais prisonniers depuis 1939. On voit combien le positionnement du gouvernement polonais de Londres est délicat, alors qu'Anglais et Américains privilégient l'alliance avec l'Union soviétique.



12/08/2012
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